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Syrie: l'affaire du cimentier Lafarge

| AFP | 372 | Aucun vote sur cette news
Lafarge, dont trois responsables, dont l'ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen, est soupçonné d'avoir financé indirectement des organisations jihadistes en Syrie
Lafarge, dont trois responsables, dont l'ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen, est soupçonné d'avoir financé indirectement des organisations jihadistes en Syrie ( Thomas SAMSON / AFP/Archives )

Le cimentier français Lafarge, dont trois responsables, dont l'ex-PDG Bruno Lafont, ont été mis en examen, est soupçonné d'avoir financé indirectement des organisations jihadistes en Syrie, y compris l'organisation Etat islamique (EI), pour s'y maintenir malgré la guerre.

- "Arrangements troubles" -

Le 21 juin 2016, Le Monde révèle que le cimentier Lafarge a tenté, en 2013 et 2014, de faire fonctionner "coûte que coûte" son usine en Syrie, "au prix d'arrangements troubles et inavouables avec les groupes armés environnants", dont l'EI.

Le journal cite des courriels envoyés par la direction de Lafarge, révélant des arrangements avec l'EI pour pouvoir poursuivre la production jusqu'au 19 septembre 2014, date à laquelle l'EI s'est emparé du site et le cimentier a annoncé l'arrêt de toute activité.

Le groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim pour devenir un géant des matériaux de construction, confirme avoir exploité une cimenterie "entre 2010 et 2014" sans s'exprimer sur les allégations d'arrangements avec l'EI. Il indique que "la priorité absolue de Lafarge a toujours été d'assurer la sécurité et la sûreté de son personnel".

Située à 150 km au nord-est d'Alep, la cimenterie avait été rachetée par Lafarge en 2007.

- Plaintes -

En septembre 2016, le ministère de l'Économie dépose plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au service national de douane judiciaire (SNDJ).

La plainte porte sur une interdiction d'acheter du pétrole en Syrie, édictée par l'Union européenne dans le cadre d'une série de sanctions contre le régime de Bachar al-Assad.

En novembre, Lafarge est visé par une autre plainte déposée par deux ONG: l'association Sherpa, qui représente 11 anciens employés syriens, et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l'Homme (ECCHR). Elles l'accusent d'avoir financé l'EI pour maintenir l'activité de sa cimenterie.

- Enquête -

Le 9 juin 2017, une information judiciaire est ouverte, visant notamment les chefs de "financement d'une entreprise terroriste" et de "mise en danger de la vie d'autrui". Elle est confiée à deux juges d'instruction du pôle financier et un du pôle antiterroriste.

Le service national de douane judiciaire entend début 2017 plusieurs responsables du cimentier et de sa filiale syrienne.

Dans son rapport, le SNDJ conclut que Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, a "effectué des paiements aux groupes jihadistes" pour que la cimenterie continue à fonctionner. La direction française de Lafarge "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", ajoute-t-il.

Du 18 au 20 septembre, trois ex-salariés syriens de la cimenterie, un informaticien, un ingénieur et un employé chargé des emballages, venus spécialement de Syrie pour répondre à la convocation des magistrats français, sont entendus à Paris.

Le 25 septembre, un collectif de défense des chrétiens d'Orient dépose plainte pour "complicité de crimes contre l'humanité" contre le cimentier.

- Mises en examen -

Les 14 et 15 novembre, une perquisition est menée au siège parisien de Lafarge, ainsi que chez GBL à Bruxelles, un des actionnaires du cimentier.

Le 1er décembre, deux anciens directeurs de la filiale syrienne, Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, et le directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, sont mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie d'autrui". Ils sont placés sous contrôle judiciaire.

Le 6 décembre, Bruno Lafont, l'ex-directeur général Eric Olsen, DRH à l'époque des faits, et l'ex-directeur général adjoint opérationnel, Christian Herrault, sont placés en garde à vue, puis mis en examen le lendemain et le surlendemain.

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