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Pierre-René Lemas, préfet de gauche devenu patron du bras financier de l'État

| AFP | 351 | Aucun vote sur cette news
Pierre-René Lemas, le 15 janvier 2015 à Paris
Pierre-René Lemas, le 15 janvier 2015 à Paris ( Joël SAGET / AFP/Archives )

Pierre-René Lemas, qui quittera prochainement la tête de la Caisse des dépôts (CDC), laisse derrière lui une longue carrière de grand commis de l'État qui l'a mené de la "préfectorale" en Dordogne jusqu'au secrétariat de l'Élysée sous la présidence Hollande.

Nommé en mai 2014 par François Hollande à la tête de la Caisse des dépôts, le mandat de M. Lemas courait en théorie jusqu'à 2019.

Âgé de 66 ans, celui-ci a toutefois atteint l'âge légal de la retraite pour les préfets et cèdera ses fonctions dans un futur proche, a annoncé mardi en fin de journée l'Élysée, qui doit encore faire connaître le nom de son successeur.

D'ici là, il assurera son propre intérim à la tête de la puissante institution financière.

Depuis sa nomination, M. Lemas a lancé un vaste plan de simplification de l'organisation de la Caisse, doublé d'une stratégie de développement du groupe bicentenaire axé sur les nouvelles technologies et l'international.

Avant d'occuper cette fonction, M. Lemas a été secrétaire général de l’Élysée sous le mandat de François Hollande, de 2012 à 2014, et est l'un des tout derniers proches conseillers de l'ex-président encore en poste.

- Son "truc" ? Le service de l'État -

Né le 23 février 1951 à Alger dans une famille de "gaullistes de gauche" avec un grand-père secrétaire de mairie et un père avocat, il étudie au sein de l'Institut d'études politiques de Paris, avant d'intégrer l'Ena au sein de la célèbre promotion Voltaire (1980) à l'instar d'un certain… François Hollande et de Jean-Pierre Jouyet, son prédécesseur à la direction de la CDC.

Il y côtoie aussi Ségolène Royal, Michel Sapin, Renaud Donnedieu de Vabres ou encore Dominique de Villepin.

"Je fais partie du groupe des très vieux amis, on est toujours resté liés", confiait-il en 2014 à l'AFP à propos de ses anciens camarades.

Mais à la différence de beaucoup de ces derniers, il n'a pas embrassé la carrière politique: "Je ne me suis même pas posé la question: le service de l'État a toujours été mon truc, je voulais être préfet", expliquait-il aussi.

Après l'Ena, il débute ainsi sa carrière dans la "préfectorale" comme sous-préfet en Dordogne, puis dans le Val-de-Marne (1981).

Sa grande passion devient bientôt la décentralisation, qu'il découvre en 1983 au cabinet de Gaston Defferre (Intérieur) et dont il ne cessera plus de s'occuper, notamment avec Pierre Joxe à l'Intérieur en 1984 puis en 1989. Il poursuit une carrière administrative dans de nombreux cabinets où il occupe des postes de premier plan.

M. Lemas s'enorgueillit ainsi d'avoir piloté toutes les lois de décentralisation, sans exception, même la loi Pasqua.

- "De gauche depuis toujours" -

Derrière une grande affabilité, un sourire facile et de fines lunettes, se cache une forte personnalité et un travailleur acharné qui ne veut rien laisser lui échapper, exigeant que la moindre note passe entre ses mains.

S'il n'a jamais adhéré au PS, M. Lemas se revendique néanmoins "de gauche depuis toujours".

Un engagement qui se révèle être à double tranchant. Classé préfet de gauche, il est "débarqué deux fois, comme préfet de l'Aisne (1992-1994) pendant la cohabitation sous Édouard Balladur, puis comme préfet de Moselle en juin 2007 pour avoir refusé la politique du chiffre", rappelait-il aussi.

Préfet de Corse du Sud (2003-2006), il s'y est aussi illustré en refusant d'intervenir pour un permis de construire en zone protégée demandé par l'acteur et ami de Nicolas Sarkozy, Jean Reno, un "geste jugé inamical par le président" Sarkozy.

Par la suite, dans ses fonctions de secrétaire général de l’Élysée, il s'est montré très discret. "Un cabinet, cela n'existe pas, un conseiller cela n'existe pas. Celui qui existe, c'est le président. Le suffrage universel décide si le gouvernement est à droite ou à gauche, ensuite c'est le gouvernement qui choisit les cabinets", confiait-il au moment de sa prise de fonction.

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