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Un système financier mondial tout aussi fragile qu'il y a dix ans ?

| Boursier | 93 | Aucun vote sur cette news

Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers faisait faillite...Le début d'une des plus grandes crises financières de l'histoire

Un système financier mondial tout aussi fragile qu'il y a dix ans ?
Credits Reuters

10 ans déjà! Il y a une décennie, le système financier mondial entrait dans une des plus graves crises de son histoire. La chute de Lehman Brothers n'était alors que le prémice à de longues années de convalescence pour les établissements bancaires, de création d'autorités chargées de mieux surveiller le système ou encore de nouvelles lois censées mieux protéger le contribuable. Mais concrètement, avons-nous tiré les leçons du passé ?

Si l'effondrement de Lehman a en effet entraîné de nombreux changements positifs, il n'empêchera pas les prochaines crises. Ainsi, les spécialistes sont nombreux à penser que le système financier mondial est tout aussi fragile qu'il y a dix ans. C'est notamment le cas de David Lafferty, directeur de la stratégie de marché chez Natixis Investment Managers.

Des progrès mais...

"Sans aucun doute, les politiques du monde entier ont fait des progrès, en particulier dans le domaine de la vulnérabilité des banques. Bien que le risque de concentration parmi les grandes banques mondiales ait en fait augmenté depuis la crise, de manière générale, les risques liés à l'endettement et au trading ont reculé, tandis que les ratios de fonds propres et de capital ont augmenté. Les grandes faillites bancaires représentent néanmoins toujours un risque, en particulier dans la périphérie européenne et les marchés émergents, mais la réduction progressive du risque porté par les banques devrait rendre le système moins vulnérable à la contagion lors de la prochaine crise de type Lehman".

Sur le front monétaire, les progrès semblent avoir été moins importants. "Outre la Fed, les autres grandes banques centrales restent aujourd'hui en mode 'crise', incapables de relever leurs taux ou de sortir de leurs importants programmes d'assouplissement quantitatif. Les bilans sont gonflés à hauteur de 15 billions de dollars, avec encore près de 8.000 milliards de dollars d'obligations souveraines à rendement négatif. De quoi réduire la puissance de frappe des grandes banques centrales lors de la prochaine récession ou crise. En fin de compte, il pourrait s'avérer heureux que les banques aient accru leur capacité à absorber les pertes, car les banques centrales ont certainement moins de pouvoir pour les protéger".

Les investisseurs ont changé

Quant aux investisseurs, ils ont changé, tout comme les marchés. "La faillite de Lehman étant tout autant une crise de crédit que de liquidité, les investisseurs ont demandé une meilleure protection et une plus grande liquidité de leurs investissements. Wall Street, les gestionnaires d'actifs et les banques mondiales ont été plus que disposés à développer de nouveaux produits et stratégies promettant de réduire la volatilité, de gérer l'exposition à la baisse du marché ou de réduire la corrélation avec des marchés en fort recul. Les actifs de ces produits atteignent désormais des milliers de milliards et incluent toutes les stratégies qui utilisent la volatilité comme un moyen de réduire l'exposition ou comme instrument pour jouer la baisse des marchés...

Le thème commun de ces stratégies, à un degré ou à un autre, est de réduire le risque face à la chute des marchés, ce qui pourrait in fine aggraver la tendance baissière via des ventes massives, comme on l'a vu lors de la crise de volatilité de février. Bien que nous estimions que ces stratégies jouent un rôle important dans l'adaptation des portefeuilles de clients, elles représentent une tragédie moderne où les demandes des investisseurs pour une meilleure protection à la baisse créent en réalité davantage de pression à la vente et de volatilité lorsque la crise survient".

A quand la prochaine crise?

In fine, tous les acteurs peuvent espérer que le système sera plus flexible et donc moins fragile lors de la prochaine crise. Or, David Lafferty estime que sur ce point, "nous ne pouvons que conclure que les choses ont très peu changé depuis l'époque de Lehman. Alors que les consommateurs ne sont pas dans une situation plus défavorable, les niveaux de dette des entreprises et des Etats ont uniquement augmenté depuis la crise grâce à des taux d'intérêt artificiellement bas. Les banques ont trouvé une certaine religion en ce qui concerne la constitution de fonds propres, mais une grande partie de l'effet de levier s'est simplement déplacée vers les marchés obligataires. Pendant ce temps, les investisseurs ' traditionnels' qui étaient prêts à attraper le couteau tombant sont rares, remplacés par des quants et des algos qui vendront (ou prendront des positions courtes) au premier signe de trouble..."

Des propos à rapprocher de l'ancien directeur du Fonds monétaire international. Dans un entretien accordé à l'AFP en début de semaine, Dominique Strauss-Kahn estimait que le monde était moins bien préparé à une crise du même type. "Nous avons fait quelques progrès, notamment dans les ratios de capitalisation des banques. Mais c'est très insuffisant. Imaginez que demain la Deutsche Bank ait des difficultés, ce n'est pas les 8% de capital dont elle dispose qui vont résoudre le problème. En vérité, on est moins bien préparé".

A quand la prochaine crise ?

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