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En avion ou en bateau, les habitants d'Abaco fuient leur île dévastée par Dorian

| AFP | 412 | 1 par 1 internautes
Des habitants de l'île d'Abaco attendent d'être évacués par bateau au port de Marsh Harbour, le 7 septembre 2019
Des habitants de l'île d'Abaco attendent d'être évacués par bateau au port de Marsh Harbour, le 7 septembre 2019 ( Brendan Smialowski / AFP )

"Ici, nous allons mourir": comme des centaines d'autres habitants, Miralda Smith tente de quitter l'île d'Abaco dévastée, près d'une semaine après le passage de l'ouragan Dorian sur les Bahamas.

Cette Haïtienne, qui vit depuis trois ans à Abaco, dans le nord de l'archipel, est arrivée samedi avant l'aube au port de commerce de Marsh Harbour, principale ville de l'île. Depuis, elle attend son tour avec plusieurs centaines de personnes, après avoir passé les inspections de l'armée qui sécurise le site.

"Je veux juste quitter l'île. On n'a pas d'eau, pas d'électricité. On est en train de mourir, c'est vraiment catastrophique", souffle-t-elle, dans l'espoir de retrouver son mari bahaméen à Nassau, la capitale du pays des Caraïbes.

Assis sur leurs valises ou à même le sol, certains se protègent du soleil avec des draps ou des toiles de plastique. Ils font la queue depuis un hangar au toit arraché et jusque sur le quai, où leurs bagages sont passés au crible par les militaires, puis chargés en palettes entourées de film plastique.

Ensuite, c'est encore l'attente jusqu'à ce qu'un navire accoste. Un ferry est parti pour Nassau samedi matin avec 200 personnes pour une traversée de sept heures. Un autre, plus gros, devait suivre dans l'après-midi. Des bateaux de croisière touristiques contribuent aussi à évacuer les rescapés.

The Mudd

Ceux qui fuient sont en majorité des Haïtiens qui habitaient le bidonville tout proche surnommé The Mudd, totalement balayé par les vents.

Une femme porte un sac le 7 septembre 2019 dans le bidonville
Une femme porte un sac le 7 septembre 2019 dans le bidonville "The Mudd", balayé par l'ouragan Dorian sur l'île d'Abaco aux Bahamas ( Brendan Smialowski / AFP )

Les maisons de tôle ont été soufflées, les voitures retournées et plusieurs dizaines de conteneurs maritimes gisent éventrés ou pliés par la force de Dorian, qui les a emportés sur plusieurs centaines de mètres.

Ilfraed Othello contemple de loin les débris de sa maison. "Je ne veux pas marcher par là-bas, il y a des morts partout", explique cet homme de 61 ans, qui s'est réfugié chez des amis pendant l'ouragan, n'emportant que son passeport et sa bible. "J'espère partir par bateau ou par avion, cela ne fait aucun sens de rester ici".

A l'aéroport aussi, c'est la cohue.

Une centaine de personnes attendent, dans des conditions difficiles, de s'enregistrer à l'intérieur du terminal, pour pouvoir prendre l'un des vols d'évacuation pour Nassau opérés par la compagnie nationale. Ils dorment par terre, sur des chaises ou sur des fauteuils, tandis que les enfants jouent.

A l'extérieur, il y a au moins autant de monde.

"Nous allons faire partir tout le monde de cette île, mais nous devons coopérer, cela va bien se passer", assure un responsable de l'aéroport en distribuant des bouteilles d'eau.

"Nous devons reconstruire"

Les femmes seules avec enfants, les personnes âgées, les blessés ou encore les malades sont prioritaires.

Arrivée tôt samedi matin avec son mari et leur fils de 8 ans, Tanya McDermott se dit prête à "attendre toute la journée s'il le faut". "La situation est critique", assure cette femme d'une trentaine d'années dont la maison a subi les dégâts de l'ouragan et n'a plus d'eau courante.

Des rescapés attendent d'évacuer, le 7 septembre 2019 au port de Marsh Harbour, aux Bahamas
Des rescapés attendent d'évacuer, le 7 septembre 2019 au port de Marsh Harbour, aux Bahamas ( Brendan Smialowski / AFP )

"Cela fait près d'une semaine et les gens sont toujours là, sans nourriture, sans eau. Ce n'est pas juste", déplore aussi Chamika Durosier, une autre jeune femme qui attend de s'envoler à bord d'un avion privé. "Il y a encore des cadavres, les conditions sanitaires ne sont pas réunies pour rester ici".

La piste d'aéroport est praticable, mais les bâtiments ont souffert et plusieurs hangars ont été soufflés. Sur le parking, des voitures sont garées au milieu des palmiers déracinés et des mares d'eau croupie.

Tout le monde ne veut toutefois pas quitter Marsh Harbour.

Située en face du bidonville The Mudd, la maison de Kelly Louis-Pierre, en béton, a été relativement épargnée. Il veut donc rester avec sa femme et leurs sept enfants.

"Après l'ouragan, nous avons besoin de travail, de recommencer de zéro. J'ai une maison où vivre et nous devons reconstruire cet endroit", dit ce maçon de 54 ans.

Pour lui, c'est l'occasion de tourner une page. "Je pense que The Mudd va disparaître. Il faudra tout nettoyer pour que les promoteurs investissent", lance-t-il avec un peu d'espoir.

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