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Le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994: des chercheurs chargés de faire parler les archives

| AFP | 209 | Aucun vote sur cette news
Des crânes de victimes du génocide rwandais de 1994 exposés au mémorial du génocide, le 22 mars 2019 à Kigali
Des crânes de victimes du génocide rwandais de 1994 exposés au mémorial du génocide, le 22 mars 2019 à Kigali ( Jacques NKINZINGABO / AFP/Archives )

"Des centaines de cartons", de douloureuses interrogations, un lourd passif d'espoirs déçus et un début de polémique: une commission de chercheurs - mais sans spécialiste du Rwanda - a été chargée par Emmanuel Macron d'étudier le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 en accédant aux archives françaises, suscitant un accueil prudent parmi des experts.

Les zones d'ombres sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide - qui fit au moins 800.000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés - restent une source récurrente de polémique en France.

Parmi les points les plus disputés: l'ampleur de l'assistance militaire apportée par la France au régime du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 ou les circonstances de l'attentat qui coûta la vie à ce même président le 6 avril 1994 et déclencha le génocide.

"C'est une bonne nouvelle que le président de la République décide enfin d'ouvrir les archives, maintenant il va falloir voir dans le concret des choses", a commenté à l'AFP Alain Gauthier, président du Collectif Parties Civiles Rwanda qui traque les Rwandais résidant en France impliqués dans le génocide, joint à Kigali où il participe à une conférence et aux cérémonies de commémoration du 25e anniversaire du génocide dimanche.

Un visiteur regarde les photos de victimes du génocide de 1994 au Rwanda, le 29 avril 2018 au Mémorial du génocide à Kigali
Un visiteur regarde les photos de victimes du génocide de 1994 au Rwanda, le 29 avril 2018 au Mémorial du génocide à Kigali ( Yasuyoshi CHIBA / AFP )

André Guichaoua, professeur à l'Université Paris I, estime lui que les "conditions proposées permettent à des spécialistes des archives de faire leur travail de manière professionnelle, sans avoir à être accusés de non objectivité et d'ambition personnelle".

"L'objectif de la commission est d'analyser le rôle de la France dans le conflit rwandais (...) les accusations de complicité de génocide peuvent être la conclusion, mais devront être alors prouvées dans un cadre judiciaire", a-t-il relevé.

Pas de spécialistes du Rwanda

Présidée par l'historien et spécialiste de la question des génocides Vincent Duclert, cette commission devra publier son rapport dans deux ans, "avec une note intermédiaire au bout d'un an".

La commission est composée de neuf chercheurs et historiens français (5 femmes et 4 hommes dont M. Duclert), notamment des spécialistes de la Shoah, du génocide arménien et de l'histoire contemporaine mais... aucun spécialiste du Rwanda, ce qui n'a pas manqué de déclencher une polémique.

"Personnellement, j'ai du mal à comprendre cette décision, et que certaines personnes qui connaissent bien les dossiers aient pu être écartées...", commente M. Gauthier.

Une femme s'effondre pendant une cérémonie marquant le 20ème anniversaire du génocide au Rwanda, le 7 avril 2014 à Kigali
Une femme s'effondre pendant une cérémonie marquant le 20ème anniversaire du génocide au Rwanda, le 7 avril 2014 à Kigali ( Simon MAINA / AFP/Archives )

Un "choix" assumé par l'Elysée "car il s'agit d'analyser un contexte français de prise de décision", et "de ne pas reproduire au sein de la commission des blocages tels que nous les connaissons aujourd'hui" ou de "lieu d'affrontement de différentes thèses (sur le génocide)", a expliqué une source à l'Elysée.

"Le sujet de l'engagement de la France au Rwanda a fait l'objet de plusieurs tentatives d'analyse et d'élucidation (...) qui sont toutes allées dans le même sens de la recherche de la transparence et de la vérité, mais elles n'ont pas pu aller au bout du questionnement qui était posé pour différentes raisons de fond et de méthode", a précisé cette source.

Selon la présidence française, les chercheurs auront accès à "l'ensemble des fonds d'archives français relatifs au génocide, sur la période 1990 – 1994", selon l'Elysée.

Archives Mitterrand

Il s'agit des archives du ministère des Affaires étrangères, des Armées, des services secrets et des archives présidentielles, soit des "milliers" de documents et "plusieurs centaines de cartons", selon une source à l'Elysée.

La gardienne des archives de la présidence de François Mitterrand, clé de compréhension essentielle au vu du rôle central du président d'alors, ne voit "pas d'obstacle particulier" à leur consultation et "envisagera avec bienveillance" les demandes en ce sens de la commission annoncée vendredi par l'Elysée, a-t-elle dit l'AFP.

Les experts qui travaillent sur ces thèmes soulignent d'une même voix qu'il se sont pas "naïfs" et savent que beaucoup de documents ont été "expurgés", voire détruits.

"Il ne faut pas que ce soit de la poudre aux yeux", prévient vendredi M. Gauthier. Echaudé par de précédents "effets d'annonces", il dit espérer ardemment "que l'on donnera à cette commission les pleins pouvoirs pour accéder à (...) toutes les archives, à celles qui n'ont pas encore été ouvertes et à tout ce qui n'est pas encore connu".

Malgré cette annonce d'importance vendredi, plusieurs experts redisent leur déception que le président français ait décliné l'invitation de son homologue rwandais Paul Kagame d'assister aux cérémonies de commémoration à Kigali.

"On aurait aimer que la France lors de la 25e commémoration puisse envoyer une délégation autre que quelques parlementaires...", estime M. Gauthier. "Le président de la République se dédouane et se retranche un petit peu derrière cette décision de réouvrir les archives".

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