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La monnaie virtuelle Libra, un pari de long terme mais prometteur pour Facebook

| AFP | 476 | Aucun vote sur cette news
Le logo de la cryptomonnaie Libra
Le logo de la cryptomonnaie Libra ( Handout / Libra Press/AFP )

L'entrée de Facebook dans l'univers nébuleux des cryptomonnaies pourrait, en cas de succès, constituer un tournant majeur pour le réseau social tant critiqué, qui a besoin de se diversifier au-delà de son modèle économique fondé sur la publicité et les données personnelles.

Avec Libra, Facebook entend créer en 2020 une "devise et une infrastructure financière mondiales simples", dont la gouvernance et la gestion seront confiées à un consortium composé, outre le réseau social, d'autres entreprises présentes notamment dans les services financiers (Visa, Mastercard, PayPal...).

Libra ne sera pas l'apanage du réseau social mais elle ouvre une mine d'opportunités pour Facebook: nouveaux usagers et annonceurs publicitaires mais aussi nouveaux services "monétisables", selon plusieurs analystes.

S'attaquer à un univers aussi sulfureux que les cryptomonnaies peut néanmoins sembler osé pour un groupe qui souffre déjà lui-même d'une grave crise de confiance, entre gestion des données personnelles, piratages et accusations de monopole.

"C'est une initiative majeure de la part de Facebook, qui peut potentiellement placer l'entreprise au centre de nouveaux segments, au-delà de la publicité, comme le commerce et les services financiers", estiment les analystes de SunTrust.

Le réseau social ne gagnera pas d'argent directement avec Libra, mais "nous voyons de façon certaine un intérêt de long terme pour Facebook", avance d'ailleurs Tomer Barel, vice-président en charge des opérations de Calibra, le porte-monnaie virtuel de la cryptomonnaie, qui sera directement intégré aux messageries Messenger et WhatsApp.

Calibra sera aussi le nom de la filiale du réseau social dédiée à cette activité.

Facebook n'appliquera pas de frais sur les transactions par exemple et les informations collectées par Calibra ne serviront pas à cibler la publicité, a assuré le groupe.

L'idée de Facebook est d'abord de faire adopter la monnaie à grande échelle, première étape d'autres produits financiers créés à partir du système Libra: une fois la monnaie bien établie, le groupe "explorera des façons de gagner de l'argent, dit-il.

Cela "pourrait se révéler être l'une des initiatives les plus importantes de l'histoire de Facebook, pour ce qui est de renforcer l'usage (de ses différentes plateformes) et de (trouver de nouvelles) sources de revenus", pense-t-on aussi chez RBC Capital Markets.

"Aucune autre entreprise ne pouvait apporter à la fois un tel nombre d'utilisateurs", d'annonceurs et de tels moyens financiers, le tout avec un nom aussi connu que Facebook, selon les analystes de SunTrust.

Libra a "clairement le potentiel pour se déployer rapidement à grande échelle, en se démarquant des autres cryptomonnaies" et des spéculations, pensent les analystes d'ING.

Force de frappe

Facebook peut en effet compter sur sa force de frappe pour faire connaître cette monnaie virtuelle et espérer la faire adopter en masse: environ 2,4 milliards d'usagers sur sa plateforme principale, tandis que quelque 2,7 milliards de personnes utilisent Facebook, Instagram, WhatsApp ou Messenger au moins une fois par mois et 2,1 milliards au moins une fois par jour.

Des millions d'entreprises et de commerçants y sont aussi présents, via leurs pages et/ou comme annonceurs.

Mais la croissance de Facebook, tant en termes d'usagers que de revenus, ralentit, faute de place pour la publicité et parce que le réseau commence à avoir fait le plein d'abonnés, surtout dans les pays les plus riches. Les scandales quasi permanents entourant sa gestion des données personnelles ont achevé depuis un an de convaincre le géant qu'il était temps de trouver de nouveaux relais.

D'où l'annonce en mars du patron Mark Zuckerberg d'opérer, sur plusieurs années, un virage stratégique vers les messageries instantanées et... les paiements électroniques.

Libra pourrait servir par exemple à vendre directement en ligne une poussette d'occasion sur Facebook Marketplace, un t-shirt tendance via le compte Instagram d'un "influenceur" ou à acheter un jeu vidéo en ligne.

Mais les cryptomonnaies, comme le bitcoin, n'ont pas très bonne presse en raison de leur volatilité, de piratages de plateformes d'échanges ou de leur usage par des criminels.

Facebook a donc joué la prudence en confiant la gouvernance à un consortium indépendant à but non lucratif, l'association Libra, qui devra assurer sa stabilité.

Libra n'en interroge pas moins du côté des Etats car cette monnaie hybride pose un certain nombre de questions, en matière de régulation justement.

Cela ne doit pas se transformer en projet de "monnaie souveraine", a mis en garde mardi le ministre français des Finances Bruno Le Maire, jugeant nécessaire que le géant américain présente des "garanties" à ce sujet tandis que le gouverneur de la Banque d'Angleterre a mis en garde: si le projet de Facebook s'avère être un succès, "il deviendra instantanément systémique et devra être soumis aux meilleures normes de régulation".

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