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Yémen: l'ONU obtient une trêve dans des régions menacées par la famine

| AFP | 522 | Aucun vote sur cette news
Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yémani (g), et le négociateur en chef des Houthis, Mohammed Abdelsalam, échangent une poignée de mains à l'issue de consultations sur la paix au Yémen à Stockholm, le 13 décembre 2018
Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yémani (g), et le négociateur en chef des Houthis, Mohammed Abdelsalam, échangent une poignée de mains à l'issue de consultations sur la paix au Yémen à Stockholm, le 13 décembre 2018 ( Jonathan NACKSTRAND / AFP )

L'ONU a obtenu jeudi une trève dans plusieurs régions dévastées du Yémen, pays au bord de la famine, à l'issue de consultations de paix en Suède qui ont permis un accord âprement négocié entre belligérants.

Le secrétaire général, Antonio Guterres, et son envoyé spécial Martin Griffiths, cherchent une solution durable après quatre ans de guerre qui ont fait environ 10.000 morts et menacent jusqu'à 20 millions de personnes de famine, selon l'ONU.

Les médiateurs, qui ne nourrissaient que de maigres espoirs d'obtenir une percée, ont indiqué que les deux camps devaient se revoir fin janvier pour tenter de définir un cadre de négociation en vue d'un règlement politique.

En attendant, ces accords vont "améliorer la vie de millions de Yéménites", s'est félicité Antonio Guterres.

Le Conseil de sécurité tiendra vendredi matin à New York une réunion pour entendre un compte-rendu de ces pourparlers à Rimbo près de Stockholm, a annoncé jeudi soir l'ONU. Il devrait adopter la semaine prochaine une résolution pour entériner leur résultat, selon des sources diplomatiques.

Un "cessez-le-feu" doit entrer en vigueur "dans les prochains jours" à Hodeida (ouest), port de la mer Rouge par où entre l'essentiel de l'aide dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, et où sévit selon l'ONU "la pire crise humanitaire du monde", prévoit l'accord.

Les forces gouvernementales, soutenues par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite sunnite, et les combattants Houthis appuyés par l'Iran chiite, doivent se retirer de la ville et du port. Celui-ci est contrôlé par les insurgés et subit les assauts de la coalition progouvernementale.

L'ONU jouera un "rôle-clé" dans le contrôle du port, a précisé M. Guterres lors d'une cérémonie en présence des deux délégations. Et selon une source onusienne, 30 observateurs de l'ONU pourraient être déployés dans la ville.

Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yémani, et le négociateur en chef des Houthis, Mohammed Abdelsalam, ont échangé à l'issue de la cérémonie une poignée de mains à forte portée symbolique.

M. al-Yémani a toutefois prévenu que l'accord sur le retrait de Hodeida restait "hypothétique" jusqu'à sa mise en oeuvre. "On attend de voir", a-t-il dit à l'AFP.

"Je n'arrive pas à y croire", a réagi Manal Qaed, une jeune journaliste venue de Hodeida couvrir les négociations. "Chaque jour j'appelle mon mari et mon fils de 11 ans de peur qu'il ne leur soit arrivé quelque chose", raconte-t-elle à l'AFP.

Points de blocage

Mais "il reste des questions en suspens", a averti M. Guterres.

Aucun accord n'a en effet été trouvé sur le redressement de l'économie yéménite ni sur la réouverture de l'aéroport de la capitale Sanaa. Contrôlé par les rebelles et fermé depuis trois ans, il fait de facto l'objet d'un blocus par la coalition progouvernementale, qui reste maître du ciel.

A Sanaa le 13 décembre 2018, des Yéménites brandissent leurs armes en soutien aux Houthis
A Sanaa le 13 décembre 2018, des Yéménites brandissent leurs armes en soutien aux Houthis ( Mohammed HUWAIS / AFP )

Un responsable yéménite a indiqué jeudi que la Banque centrale du Yémen attendait une injection de trois milliards de dollars de la part du Koweït et des Émirats arabes unis, qui doit contribuer à raviver une économie en ruine.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a salué l'accord conclu en Suède, qualifié de "premier pas crucial". "La paix est possible", a-t-il ajouté.

L'Arabie saoudite a apporté son "soutien déterminé" à l'accord, "un pas majeur" pour "parvenir à une solution politique", selon l'ambassadeur saoudien aux États-Unis, Khaled ben Salmane, frère du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le ministre d'État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, autre pilier de la coalition anti-rebelles, a attribué les progrès réalisés à "la pression militaire" exercée sur les Houthis.

Camouflet au Sénat

L'Iran a salué jeudi les avancées "prometteuses" obtenues en Suède, espérant que des négociations futures permettent de parvenir à un accord final.

Mais pour l'ONG Mercy Corps au Yémen, les accords annoncés jeudi soir "ne constituent qu'un petit pas". Ils seront jugés "à l'aune des actions prises sur le terrain, pas par des déclarations dans une salle de conférence".

Alors que les Houthis ne s'étaient pas rendus à des négociations prévues à Genève en septembre, leur présence en Suède a été favorisée par deux mesures de confiance: l'évacuation début décembre vers Oman de 50 rebelles blessés, et un accord d'échange de prisonniers ouvrant la voie à la libération de 15.000 combattants des deux camps.

Les images de dévastation provoquées par les raids aériens de la coalition et celles de la crise humanitaire ont par ailleurs convaincu les grandes puissances de la nécessité d'accélérer un règlement du conflit.

À Washington, le Sénat américain a asséné jeudi un dur camouflet au président Donald Trump en approuvant une résolution qui interdit tout soutien militaire à l'Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

Cette résolution ne pourra pas être débattue à la Chambre des représentants avant janvier, et sera de toutes façons bloquée par un veto de Donald Trump, qui entretient de bonnes relations avec l'allié stratégique saoudien. Mais son approbation au Sénat témoigne de la colère des sénateurs, républicains comme démocrates, face à Ryad, provoquée par ce conflit meurtrier, ainsi que par le meurtre début octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à l'intérieur du consulat de son pays à Istanbul.

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