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Affrontement Trump-Merkel au sommet de l'Otan

| AFP | 679 | Aucun vote sur cette news
La chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Donald Trump et le Premier ministre grec Alexis Tsipras au sommet de l'Otal à Bruxelles le 11 juillet 2018
La chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Donald Trump et le Premier ministre grec Alexis Tsipras au sommet de l'Otal à Bruxelles le 11 juillet 2018 ( LUDOVIC MARIN / POOL/AFP )

Dès le premier jour, Donald Trump a donné le ton d'un sommet de l'Otan sous tension: le président américain s'en en pris mercredi avec une virulence inédite à l'Allemagne, accusée de ne pas tenir ses engagements et d'enrichir la Russie.

Le locataire de la Maison Blanche américain a ouvert les hostilités avant même le début du sommet: "L'Allemagne est complètement contrôlée par la Russie (...) elle est prisonnière de la Russie", a-t-il lancé dans une salve d'une rare violence dans ce genre de rendez-vous entre alliés.

"Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela? Ce n'est pas juste", a-t-il encore asséné lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, qui a tenté en vain de l'apaiser.

Sans le citer, la chancelière allemande Angela Merkel a rétorqué en soulignant que l'Allemagne menait ses propres politiques et prenait ses décisions de façon "indépendante".

"J'ai moi-même vécu dans une partie de l'Allemagne occupée par l'Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd'hui unis, dans la liberté", a-t-elle pris soin de souligner.

La chancelière et le président, qui se sont ignorés pendant la traversée du hall du nouveau siège de l'Alliance jusqu'au podium pour la traditionnelle photo de famille, devaient se retrouver pour un face-à-face dans l'après-midi.

Le sommet a débuté officiellement par une première réunion à 29 consacrée à l'augmentation des dépenses militaires.

Le président américain a dénoncé à plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l'Allemagne. Il exige son abandon.

Dépenses militaires des Etats de l'Otan
Dépenses militaires des Etats de l'Otan ( Gillian HANDYSIDE / AFP )

Sa critique lui permet d'enfoncer un coin dans l'unité des Européens car Nord Stream 2 les divise.

Ce projet "est un exemple de pays européens qui fournissent des fonds à la Russie et lui donnent des moyens qui peuvent être utilisés contre la sécurité de la Pologne", a ainsi réagi le chef de la diplomatie polonaise Jacek Czaputowicz à son arrivée au siège de l'Otan.

Les pays de l'UE importent deux tiers de leurs besoins de consommation. En 2017, ceci a représenté une facture totale de 75 milliards d'euros, selon les statistiques européennes. A ce jour, la moitié du gaz acheté est russe, mais les Européens cherchent à briser cette dépendance.

Les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de conquête de marchés pour leur gaz naturel. Ils ont exporté 17,2 milliards de m3 en 2017, dont 2,2% par méthaniers vers les terminaux de l'Union européenne.

Le dossier sera discuté jeudi à Bruxelles lors d'un conseil Energie UE-USA auquel va participer le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

- "Langage très direct" -

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg lors d'une conférence de presse, le 10 juillet 2018 à Bruxelles
Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg lors d'une conférence de presse, le 10 juillet 2018 à Bruxelles ( Emmanuel DUNAND / AFP )

M. Trump s'en est aussi pris plus généralement aux membres de l'Otan qui "ne payent pas ce qu'ils devraient" pour leurs dépenses militaires.

Le chef de l'Otan a reconnu que le président américain avait utilisé un "langage très direct" mais a assuré que les Alliés étaient d'accord sur les dossier cruciaux: la nécessité de renforcer la résilience de l'Organisation, la lutte antiterroriste et le partage plus équitable du fardeau financier.

Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, a interpellé M. Trump mardi pour lui dire combien ses critiques presque quotidiennes étaient déplaisantes et l'a invité à "mieux considérer" ses alliés "car l'Amérique n'en a pas tant que ça".

Il lui a également rappelé que l'Europe avait été "la première à réagir" après les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain.

- L'Allemagne doit payer -

Les Alliés se sont engagés en 2014 à consacrer 2% de leur PIB à leur défense en 2024, mais une quinzaine d'Etats membres, dont l'Allemagne, le Canada, l'Italie, la Belgique et l'Espagne sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole, ce qui exaspère Donald Trump.

Sa tirade contre Berlin mercredi matin s'est inscrite dans cette logique: "l'Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème".

Les Alliés souhaitent aussi avoir des éclaircissements sur les intentions du président américain avant son sommet avec son homologue russe lundi à Helsinki.

"Nous serons en mesure de discuter avec lui de la relation entre l'Otan et la Russie. Il est important que l'Otan reste unie", a plaidé M. Stoltenberg.

Toutes les décisions qui seront prises durant le sommet visent à renforcer la capacité de dissuasion de l'Alliance, selon le patron de l'Otan. "Les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c'est dans leur intérêt", a-t-il estimé.

Dans le cadre de l'initiative américaine "4x30", les membres de l'Otan vont s'engager à être en mesure en 2030 de déployer sous 30 jours 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles et 30 navires de combat pour pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie, identifiée comme un potentiel agresseur.

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