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Violences faites aux femmes: une plateforme en ligne pour signaler les faits

| AFP | 213 | Aucun vote sur cette news
Une femme lève le poing lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 24 novembre 2018 à Marseille
Une femme lève le poing lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 24 novembre 2018 à Marseille ( BORIS HORVAT / AFP/Archives )

"Faire le premier pas": depuis mardi, une plateforme internet permet aux femmes de signaler par "chat" à des policiers ou gendarmes les violences sexuelles et sexistes qu'elles ont subies, un dispositif dont le gouvernement espère qu'il libérera la parole.

Ce "portail de signalement" en ligne, accessible par ordinateur, tablette ou smartphone, repose sur 36 policiers et gendarmes, mobilisés 24 heures sur 24, sept jours sur sept, depuis Guyancourt (Yvelines) et Rennes.

L'idée est d'"écouter, conseiller" et "accompagner" les femmes vers le dépôt d'une plainte, mais aussi de permettre aux témoins de signaler des faits dont ils auraient connaissance, ont expliqué les quatre membres du gouvernement qui se sont déplacés mardi au commissariat de Guyancourt pour son lancement officiel.

"Le but, c'est d'abord d'écouter - enfin de lire - la victime, puis de qualifier les faits pour l'enjoindre à porter plainte", a expliqué la capitaine de police Sandrine Masson, qui dirige la plateforme, lors d'une rencontre avec l'AFP en amont de sa mise en place.

"Si elle n'est pas prête ou ne souhaite pas le faire, nous l'orientons vers les pôles psycho-sociaux des commissariats ou vers des associations d'aide aux victimes", a-t-elle ajouté.

Au cours de leur formation, les policiers et gendarmes et la psychologue de la plateforme ont simulé diverses situations à partir de cas repérés sur les réseaux sociaux et forums, effectué des stages en centre d'appel d'urgence et rencontré de nombreux magistrats, associations et psychiatres.

"Seules 10% des victimes de violences sexuelles et sexistes déposent plainte. Le silence, la peur... Ça ne peut pas durer !", a souligné le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui participait à cette inauguration avec son secrétaire d'État, Laurent Nuñez.

"Il n'est pas toujours facile pour les victimes de parler", car "la honte fait partie de la stratégie de l'agresseur", a observé de son côté la secrétaire d'État à l'Égalité femmes/hommes, Marlène Schiappa.

"Contenir l'angoisse"

La plateforme doit donc contribuer à un "mouvement de libération" de la parole des victimes, lequel n'est cependant "pas suffisant", a-t-elle noté, appelant les témoins à se manifester.

"Quand vous avez connaissance d'une violence sexiste ou sexuelle, votre devoir de citoyen, c'est d'appeler la police ou la gendarmerie, ou désormais de vous connecter à cette plateforme", a-t-elle insisté.

Depuis le début du mouvement #MeToo en octobre 2017, le nombre de victimes de violences sexuelles (dont les viols) enregistrées sur une année par les forces de sécurité a augmenté de 23%.

Le site internet, accessible via service-public.fr ou www.signalement-violences-sexuelles-sexistes.gouv.fr, peut aider certaines femmes à "faire le premier pas sans être obligées de se confronter à un regard, à une démarche physique", mais aussi à obtenir des conseils pour recueillir des preuves en vue de faire condamner leur agresseur, a relevé la ministre de la Justice, Nicole Belloubet.

Pour aider les policiers, Camille Pougny, psychologue de la plateforme, s'est appuyé sur son expérience dans une association: "J'ai pu voir combien c'était dur pour elles d'arriver au commissariat". La plateforme aura vocation "à faciliter cette arrivée et contenir leur angoisse", explique-t-elle.

La plupart des signalements feront l'objet d'une fiche de renseignement communiquée au commissariat le plus proche du code postal indiqué (seule donnée obligatoire à fournir) pour qu'une enquête soit ouverte.

La plateforme n'a pas vocation à servir de procédure d'urgence, mais une patrouille de police pourra être envoyée si nécessaire ou si par exemple les signalements de harcèlement dans l'espace public se répètent dans certaines zones.

Cent trente femmes sont mortes l'an dernier en France sous les coups de leur compagnon, ex-conjoint ou petit ami, contre 123 en 2016, selon les chiffres dévoilés par le ministère de l'Intérieur lundi, au lendemain de la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes.

Le gouvernement souligne également que 93.000 femmes déclarent avoir déjà été victimes d'un viol ou d'une tentative de viol.

Samedi, quelque 50.000 personnes - selon les organisatrices - ont défilé contre ces violences dans une cinquantaine de villes en France, dont 30.000 à Paris (12.000 selon la préfecture de police).

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