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Vingt-cinq ans de réclusion criminelle requis contre le "tireur de Libé"

| AFP | 286 | Aucun vote sur cette news
Croquis d'audience du procès d'Abdelhakim Dekhar, jugé aux assises pour tentatives d'assassinat en 2013 à Paris, le 17 novembre 2017
Croquis d'audience du procès d'Abdelhakim Dekhar, jugé aux assises pour tentatives d'assassinat en 2013 à Paris, le 17 novembre 2017 ( Benoit PEYRUCQ / AFP/Archives )

Une peine de 25 ans de réclusion criminelle a été requise vendredi contre Abdelhakim Dekhar, "le tireur de Libé" jugé pour tentatives d'assassinat et séquestration, qui a agi par "dépit social", par "rancœur" envers la société, selon l'accusation.

Jugé depuis une semaine, Abdelhakim Dekhar avait été qualifié d'"ennemi public numéro un" pendant cinq jours de traque, en novembre 2013 à Paris. Son périple armé avait démarré à BFMTV, puis Abdelhakim Dekhar avait grièvement blessé un assistant photographe à Libération, avant de tirer à la Société générale.

L'avocat général Bernard Farret a demandé que sa peine soit assortie d'une période de sûreté des deux tiers.

Pour l'accusation, il y a bien eu une tentative d'homicide volontaire avec préméditation contre Philippe Antoine, alors rédacteur en chef à BFMTV, et contre César Sébastien, l'assistant photographe blessé à Libération.

Le parcours d'Abdelhakim Dekhar
Le parcours d'Abdelhakim Dekhar ( Sabrina BLANCHARD / AFP )

A BFMTV, il avait menacé M. Antoine avec un fusil à pompe. Il aurait alors dit "La prochaine fois, je ne vous raterai pas", avant de prendre la fuite en laissant deux cartouches à terre.

Trois jours après, il avait grièvement blessé par balle César Sébastien, alors âgé de 23 ans, dans le hall de Libération. Il a été touché par une balle dans le dos, qui a traversé son corps en passant à 2mm du cœur.

Il s'était ensuite rendu dans le quartier d'affaires de la Défense, où il avait tiré sur une porte d'entrée de l'immeuble de la Société générale, non loin de deux salariées. Il avait enfin pris un automobiliste en otage.

"Le principal mobile, c'est tuer par dépit social", a dit l'avocat général Bernard Farret dans son réquisitoire. Il y a chez M. Dekhar "un ressentiment contre la société, l'Etat, le capitalisme", "un désir de vengeance".

"Il n'est pas dans le remord. Il est resté dans la revendication, la rancœur", a mis en avant le magistrat.

Abdelhakim Dekhar, un homme de 52 ans qui se présente comme un "intellectuel", s'est plusieurs fois emporté en parlant politique pendant son procès, évoquant aussi bien la colonisation de l'Algérie que la crise de la sidérurgie dans l'est de la France, les banlieues etc...

- "Suicide par intermédiaire" -

Mais dès le premier jour, il a raconté son "désespoir" et expliqué avoir "voulu scénariser son suicide". Il était "dans un projet de suicide par intermédiaire": il voulait que "la police le tue". Il souhaitait "une mort romantique".

"M. Dekhar n'a jamais eu l'intention de tuer quelqu'un", a plaidé son avocat, Me Hugo Lévy. "Pour condamner quelqu'un pour tentative d'assassinat, il faut des certitudes. (...) Vous n'avez à titre de preuve que des hypothèses", a-t-il dit à la cour. A Libération, il n'aurait pas eu l'intention de blesser mais aurait tiré dans "la confusion et la panique".

L'accusé a été décrit au long du procès comme un homme violent, "un menteur pathologique". "Le problème de M. Dekhar, c'est qu'il n'a pas accepté de ne pas avoir réussi sa scolarité. Il s'est présenté comme ingénieur, alors qu'il était agent d'entretien", a déclaré l'avocat général.

Abdelhakim Dekhar a déjà été condamné aux assises, en 1998, dans un dossier criminel majeur lié aux milieux de l'ultragauche. Il était soupçonné d'être "le troisième homme" de l'équipée de deux membres de cette mouvance, Florence Rey et Audry Maupin, qui s'était achevée par une fusillade au cours de laquelle trois policiers, un chauffeur de taxi et Maupin avaient été tués en 1994.

Il avait été condamné à quatre ans de prison pour "association de malfaiteurs".

Pour l'avocat général, il s'est "réinséré jusqu'en 2013, mais il a suffi de problèmes familiaux et d'un coup de mou pour qu'il retombe". "Et il a commis des faits encore plus graves" que ceux pour lesquels il était jugé en 1998, a-t-il déclaré.

Bernard Farret a par ailleurs requis de la prison avec sursis contre Sébastien Lemoine, qui était avec M. Dekhar quand il a jeté le fusil à la poubelle, avant de le dénoncer le 20 novembre 2013.

Le verdict sera rendu vendredi soir.

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