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Des milliers de Vénézuéliens appellent l'armée à se rebeller contre Maduro

| AFP | 887 | 1 par 1 internautes
L'opposant Juan Guaido, autoproclamé président, lors d'une manifestation à Caracas le 30 janvier 2019
L'opposant Juan Guaido, autoproclamé président, lors d'une manifestation à Caracas le 30 janvier 2019 ( Luis ROBAYO / AFP )

Des milliers d'opposants vénézuéliens, menés par le président autoproclamé Juan Guaido, ont manifesté mercredi pour convaincre l'armée de tourner le dos au président Nicolas Maduro qui tente, lui, de serrer les rangs.

"Ne tirez pas contre un peuple qui se bat aussi pour sa famille", a lancé à l'appel des militaires Juan Guaido, député de 35 ans et chef du Parlement contrôlé par l'opposition, lors d'un rassemblement à Caracas.

Portant une blouse médicale qu'on lui a offerte, Guaido a défilé au côté de patients et infirmiers. "Nous avons retrouvé une majorité puissante qui peut changer le pays", en plein naufrage économique, s'est-il félicité.

Manifestation de l'opposition à Caracas
Manifestation de l'opposition à Caracas ( Yuri CORTEZ / AFP )

"Guaido est arrivé et l'espoir est revenu", chantaient ses partisans, tapant sur des casseroles et faisant sonner des cornes de brume.

Peu avant cette mobilisation, Juan Guaido a été encouragé par téléphone par Donald Trump, les deux hommes se mettant "d'accord pour rester en contact régulier afin de soutenir le retour vers la stabilité du Venezuela".

"Le combat pour la liberté a commencé!", a tweeté le président américain.

De quoi prêter le flanc aux accusations de Nicolas Maduro, qui crie au coup d'Etat orchestré par Washington.

"Marionnette des +gringos+"

Le président vénézuélien fait le
Le président vénézuélien fait le "V" de la victoire en compagnie de militaires, le 30 janvier 2019 à Caracas. AFP PHOTO - Venezuelan Presidency / Marcelo GARCIA ( Marcelo GARCIA / Venezuelan Presidency/AFP )

Supervisant des manoeuvres militaires à Caracas, le dirigeant socialiste a appelé l'armée à l'unité face aux appels à la rébellion des Etats-Unis et de Juan Guaido, qui leur a promis l'amnistie.

"Vous voulez que gouverne une marionnette des +gringos+ au Venezuela?", a-t-il lancé ensuite dans un meeting face à des jeunes Vénézuéliens, qui lui ont répondu en choeur: "Nooooooon!"

La pression diplomatique des Etats-Unis se fait chaque jour plus insistante: premiers à accepter Juan Guaido comme président, ils martèlent que "toutes les options sont sur la table", y compris une intervention militaire.

Washington se dit aussi prêt à livrer 20 millions de dollars en aliments et médicaments, frappés de pénuries dans le pays pétrolier, mais cela passe par le feu vert de l'armée.

Que les militaires "laissent entrer l'aide humanitaire et se mettent du côté du peuple", plaidait auprès de l'AFP Jaime Regalado, venu avec un drapeau vénézuélien sur la place Altamira, à Caracas.

"Nous travaillons pour qu'arrive le plus tôt possible l'aide humanitaire, une coalition internationale va être constituée pour gérer l'urgence", a annoncé Juan Guaido, mais Nicolas Maduro y voit le premier pas vers une intervention militaire américaine.

"Fin de l'usurpation"

Le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido, à l'Assemblée nationale à Caracas, le 29 janvier 2019
Le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido, à l'Assemblée nationale à Caracas, le 29 janvier 2019 ( Yuri CORTEZ / AFP )

M. Guaido exige la mise en place d'un gouvernement de transition puis des élections libres, soutenu en ce sens par les Etats-Unis ainsi qu'une grande partie de l'Amérique latine et de l'Europe.

La dernière présidentielle a eu lieu "il y a dix mois" et si les "impérialistes" en veulent une nouvelle "ils n'ont qu'à attendre 2025", soit la fin du mandat actuel, a rétorqué Nicolas Maduro à l'agence publique russe RIA Novosti.

Mais "ce serait très bien d'organiser des élections législatives plus tôt", a-t-il déclaré.

M. Maduro se dit "prêt à discuter avec Donald Trump" et à "s'asseoir à la table des négociations avec l'opposition". Juan Guaido a répondu mercredi y être ouvert, seulement si cela permet "la fin de l'usurpation" du pouvoir par le socialiste.

Dans un entretien au quotidien allemand Bild mercredi, l'opposant, désormais frappé par une interdiction de sortie du pays, réclame "plus de sanctions" de la part de l'Union européenne contre la "dictature" de Maduro.

L'UE a déclaré samedi qu'elle "prendrait des mesures" si des élections n'étaient pas convoquées "dans les prochains jours", y compris concernant "la reconnaissance du leadership" dans le pays.

Six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Portugal), ont même donné jusqu'à dimanche à M. Maduro pour le faire, faute de quoi ils reconnaîtront son adversaire.

Des personnes passent devant une affiche sur laquelle est inscrit
Des personnes passent devant une affiche sur laquelle est inscrit "La patrie pour toujours", le 30 janvier 2019 à Caracas ( Juan BARRETO / AFP )

Des législatives anticipées ne répondent pas à la demande européenne, a jugé mercredi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se réuniront jeudi "pour vérifier les suites à donner à la non-réponse du président Maduro".

Soucieux de trouver une solution pacifique, l'Uruguay et le Mexique ont annoncé l'organisation d'une conférence des pays "neutres" à Montevideo le 7 février.

De son côté, la Colombie, en pointe de la pression diplomatique, a interdit l'entrée à plus de 200 personnes, qualifiées de collaborateurs de la "dictature" de Nicolas Maduro.

Manifestations des deux camps samedi

Le risque de troubles civils est élevé dans ce pays pétrolier de 32 millions d'habitants, un des plus violents au monde.

Portrait mural de l'ancien président du Venezuela Hugo Chavez, mentor de l'actuel chef de l'Etat Nicolas Maduro, dans une rue de Caracas le 29 janvier 2019
Portrait mural de l'ancien président du Venezuela Hugo Chavez, mentor de l'actuel chef de l'Etat Nicolas Maduro, dans une rue de Caracas le 29 janvier 2019 ( Juan BARRETO / AFP )

Neuf jours de mobilisations se sont soldés par une quarantaine de morts et plus de 850 arrestations, selon l'ONU.

Si Washington veut la "guerre, ce qui va arriver ce sont des morts, la misère et la faim", avertit Marlene Vargas, chaviste convaincue de 52 ans, promettant de "défendre bec et ongles" son président.

Dans cette ambiance tendue, deux journalistes français étaient mercredi en détention depuis 24 heures tandis que deux reporters chiliens étaient sur le point d'être expulsés après 14 heures de détention.

Des manifestations des deux camps sont prévues samedi: "Nous allons nous échauffer dans la défense de la patrie, pour nous préparer à de nouvelles batailles et de nouvelles victoires", a clamé le numéro deux du chavisme, Diosdado Cabello.

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