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Affaire ukrainienne: un ambassadeur dit avoir "suivi les ordres" de Trump

| AFP | 668 | 3.50 par 4 internautes
Gordon Sondland devant la Chambre des représentants, le 20 novembre 2019 à Washington
Gordon Sondland devant la Chambre des représentants, le 20 novembre 2019 à Washington ( Andrew CABALLERO-REYNOLDS / AFP )

Gordon Sondland, un diplomate proche de Donald Trump, a directement impliqué mercredi le président des Etats-Unis dans l'affaire ukrainienne, renforçant encore un peu les soupçons qui lui valent une procédure explosive de destitution.

Les démocrates ont estimé que l'audition publique au Congrès de l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne était à ce jour la plus accablante dans leur enquête pour mettre en accusation le locataire de la Maison Blanche.

Gordon Sondland a en effet déclaré que le milliardaire républicain avait bien conditionné une rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky au lancement, par Kiev, d'enquêtes contre les démocrates américains.

Et il a assuré avoir acquis la conviction qu'une aide militaire cruciale à l'Ukraine dépendait également de ces enquêtes.

Mais les républicains n'ont retenu qu'un bref passage de ce témoignage très attendu: quand Gordon Sondland a reconnu que Donald Trump ne lui avait "jamais" dit personnellement que l'aide était liée aux investigations.

"C'était fantastique", a lancé le président américain, après avoir dans un premier temps tenté de minimiser sa proximité avec l'ambassadeur. "Je pense qu'ils doivent mettre fin maintenant" à cette "chasse aux sorcières", a-t-il martelé.

"Complètement blanchi"

Procédure de destitution américaine
Procédure de destitution américaine ( Gal ROMA / AFP )

La Maison Blanche a même estimé que Gordon Sondland avait "complètement blanchi le président Trump".

En réalité, cet homme d'affaires nommé ambassadeur après avoir financé la campagne Trump, devenu un acteur central de l'affaire ukrainienne, a clairement expliqué que le 45e président des Etats-Unis était à l'origine des pressions sur l'Ukraine.

"Nous avons suivi les ordres du président", a dit Gordon Sondland, qui s'est entretenu directement avec lui une demi-douzaine de fois du dossier ukrainien entre fin mai et début septembre. Il a assuré que c'était à sa "demande expresse" que les diplomates chargés du dossier ukrainien avaient accepté, malgré leurs réserves, de travailler avec son avocat personnel Rudy Giuliani.

Or, l'avocat a d'emblée fait pression pour que Kiev enquête sur les démocrates américains et sur le groupe gazier Burisma, qui avait alors, dans son conseil d'administration, Hunter Biden, fils de Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump à la présidentielle de 2020. Des demandes ensuite formulées par le président dans son coup de fil controversé du 25 juillet avec son homologue ukrainien.

Pendant la soirée, lors d'un débat entre prétendants à la nomination démocrate, l'ancien vice-président Biden n'a pas répondu clairement à une question sur les intérêts de son fils, mais a assuré: "Donald Trump ne veut pas que je devienne le candidat".

L'opposition tente de prouver que l'ex-magnat de l'immobilier a abusé de son pouvoir pour exercer un chantage sur l'Ukraine en conditionnant une invitation au président Zelensky et l'aide militaire au lancement de ces enquêtes, avec des arrières-pensées électoralistes.

"Y a-t-il eu un +donnant-donnant+?", a demandé Gordon Sondland devant des élus de la Chambre des représentants. S'agissant d'une rencontre Trump-Zelensky à la Maison Blanche, "la réponse est oui", a-t-il affirmé sans détours.

"2+2=4"

Gordon Sondland à son arrivée au Congrès américain, le 20 novembre 2019 à Washington
Gordon Sondland à son arrivée au Congrès américain, le 20 novembre 2019 à Washington ( Doug Mills / POOL/AFP )

S'agissant d'une importante aide militaire suspendue par la présidence contre l'avis unanime de tous les diplomates, l'ambassadeur a aussi reconnu avoir dit à des responsables ukrainiens que son dégel était conditionné à l'ouverture de ces enquêtes chères à Donald Trump.

"En l'absence d'explication crédible pour sa suspension, je suis parvenu à la conclusion que la reprise de l'aide sécuritaire n'interviendrait pas tant qu'il n'y aurait pas une déclaration publique de l'Ukraine s'engageant à mener les enquêtes", a-t-il témoigné. Il s'agissait d'une "déduction" partant du principe que "2+2=4".

Pressé par les élus des deux bords, il a maintenu que le président Trump ne lui avait "jamais dit directement que l'aide était conditionnée" aux enquêtes.

Mais ses multiples conversations avec le locataire de la Maison Blanche ne lui ont pas non plus fait changer d'avis. "J'étais absolument convaincu" d'un tel lien, a-t-il martelé, estimant que cette condition était "claire pour tout le monde".

Il a aussi directement impliqué deux piliers du trumpisme, le vice-président Mike Pence et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui, a-t-il dit, n'ont pas tenté de le contredire lorsqu'il a évoqué avec eux sa "déduction logique" d'un lien aide-enquêtes.

Les équipes des deux hommes ont aussitôt démenti qu'ils en aient jamais parlé avec Gordon Sondland.

Dans un autre témoignage dans la soirée, une responsable du Pentagone, Laura Cooper, a dévoilé pour la première fois que l'Ukraine s'était inquiétée du sort de l'aide militaire gelée dès le 25 juillet, jour de l'appel Trump-Zelensky, et non en août comme on le pensait jusqu'ici.

La Chambre des représentants doit interroger jeudi en public Fiona Hill, une ex-responsable du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, et David Holmes, un employé de l'ambassade des Etats-Unis à Kiev.

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