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Yémen: l'ex-président Saleh se tourne vers Ryad, les Houthis "trahis"

| AFP | 501 | 5 par 1 internautes
Combattants Houthis devant la mosquée al-Saleh à Sanaa le 30 novembre 2017
Combattants Houthis devant la mosquée al-Saleh à Sanaa le 30 novembre 2017 ( MOHAMMED HUWAIS / AFP/Archives )

L'alliance entre les deux composantes de la rébellion yéménite semble avoir volé en éclats, des affrontements meurtriers les opposant dans la capitale et l'ex-président Ali Abdallah Saleh se disant prêt à "tourner la page" avec l'Arabie saoudite au grand dam des Houthis chiites.

De violents affrontements se sont poursuivis samedi à Sanaa entre les partisans de M. Saleh et les Houthis qui ont dénoncé un "coup de force" et une "grande trahison" de leur allié.

A la tête du Yémen pendant plus de 30 ans et chassé du pouvoir en 2012 à la suite d'importantes manifestations, Ali Abdallah Saleh s'est déclaré samedi matin ouvert à des discussions avec l'Arabie saoudite si le blocus qu'elle impose au Yémen est levé.

Les forces de M. Saleh, alliées au mouvement rebelle pro-iranien des Houthis, affrontent depuis mars 2015 une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite et qui est intervenue au Yémen pour soutenir le successeur de M. Saleh, le président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Samedi, les deux groupes se sont affrontés pour le contrôle de positions-clés à Sanaa, y compris des ministères et l'aéroport international, selon des sources sécuritaires et des témoins. En fin de journée, la capitale avait l'allure d'une "ville fantôme", selon un habitant.

Ces violences pourraient entraîner l'ouverture d'un nouveau front dans ce pays pauvre de la péninsule arabique, ravagé par la guerre et qui connaît la "pire crise humanitaire" de la planète, selon les Nations unies.

"J'appelle nos frères dans les pays voisins (...) à arrêter leur agression et à lever le blocus (...) et nous tournerons la page", a dit M. Saleh à la télévision, en référence à l'Arabie saoudite.

Ryad a renforcé le blocus autour du Yémen après un tir de missile des Houthis le 4 novembre vers la capitale saoudienne.

"Nous promettons à nos frères et voisins que dès qu'un cessez-le-feu sera en place et que le blocus sera levé, nous dialoguerons directement via l'autorité légitime représentée par notre Parlement", a ajouté M. Saleh.

Cette initiative a été accueillie favorablement par l'Arabie saoudite qui était en froid avec M. Saleh depuis 2012 et qui accuse les Houthis d'être armés par son grand rival régional l'Iran, malgré les démentis de Téhéran.

La coalition sous commandement saoudien a encouragé la démarche de l'ex-président, affirmant qu'elle "libérera le Yémen" des "milices loyales à l'Iran".

Aux Emirats arabes unis, autre pays-clé de la coalition, le ministre d'Etat aux Affaires étrangères Anwar Gargash a parlé du "soulèvement de Sanaa" qui pourrait ramener "le peuple yéménite à son environnement arabe".

Comme Ryad, Abou Dhabi est farouchement hostile à "l'expansionnisme iranien" au Moyen-Orient.

Même son de cloche pour le gouvernement Hadi qui apparaît favorable à la démarche de Saleh et sa dissociation des Houthis, qu'il accuse de servir les intérêts de l'Iran au Yémen.

- 'Coup de force' -

Photo prise le 2 décembre d'un point de contrôle établi par les Houthis dans la capitale yéménite Sanaa, théâtre d'accrochages meurtriers avec les partisans de l'ex-président Ali Abdallah Saleh.
Photo prise le 2 décembre d'un point de contrôle établi par les Houthis dans la capitale yéménite Sanaa, théâtre d'accrochages meurtriers avec les partisans de l'ex-président Ali Abdallah Saleh. ( Mohammed HUWAIS / AFP )

Mais un porte-parole des Houthis a dénoncé le discours de M. Saleh comme "un coup de force contre notre alliance et notre partenariat (...) et révèle l'imposture de ceux qui affirment lutter contre l'agression" saoudienne.

Leur chef, Abdelmalek al-Houthi, 38 ans, a enfoncé le clou, qualifiant la démarche de l'ex-président de "grande trahison" et affirmant que M. Saleh et la coalition sous commandement saoudien ne formaient désormais qu'un "seul front".

Le chef des Houthis a confirmé un bilan de 40 morts ou blessés dans les combats à Sanaa, tandis que des sources sécuritaires ont cité un chiffre d'au moins 60.

L'émissaire de l'ONU au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, s'est dit "profondément inquiet" de la situation, appelant à la "retenue" et à épargner les civils.

Pendant ses 33 ans au pouvoir, M. Saleh, 75 ans, a combattu à six reprises les Houthis, issus de l'importante minorité zaïdite (branche du chiisme) très présente dans le nord du Yémen.

Les deux camps étaient officiellement alliés depuis qu'ils s'étaient emparés de Sanaa en septembre 2014, poussant le gouvernement Hadi à prendre la fuite.

Ils dirigeaient jusqu'ici un gouvernement parallèle dans la capitale, tout en étant en désaccord depuis plusieurs mois sur le partage du pouvoir.

M. Saleh, redoutable tacticien, a dû quitter le pouvoir en 2012 à la suite d'importantes manifestations et rêve de prendre une revanche sur tous ceux qui ont contribué à sa chute il y a cinq ans.

Le conflit au Yémen a fait plus de 8.750 morts et 50.600 blessés, dont de nombreux civils, depuis mars 2015. Sept millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

Samedi, les responsables de plusieurs agences de l'ONU -- OMS, HCR, Unicef, PNUD et PAM --, ont appelé la coalition conduite par l'Arabie Saoudite à lever "d'urgence" et "complètement" le blocus imposé au Yémen.

La levée partielle du blocus a certes permis de "fournir une aide vitale aux personnes dans une situation désespérée" mais "étant donné l'ampleur de la crise humanitaire (...) cela ne fait que ralentir la course vers une tragédie humanitaire menaçant les vies de millions de personnes, cela ne l'empêche pas", soulignent-ils dans un communiqué.

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