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Taïwan, refuge pour des Hongkongais qui ne croient plus en leur ville

| AFP | 197 | Aucun vote sur cette news
Leonardo Wong, ici à Kaohsiung le 13 novembre 2019, s'installe à Taïwan car il considère que Hong Kong n'est plus sûr
Leonardo Wong, ici à Kaohsiung le 13 novembre 2019, s'installe à Taïwan car il considère que Hong Kong n'est plus sûr ( Sam Yeh / AFP )

La contestation qui embrase Hong Kong depuis six mois a fini par convaincre de nombreux habitants de l'ex-colonie britannique de s'exiler à Taïwan pour fuir l'incertitude et se réinventer un avenir.

Pour sa tranquillité et sa douceur de vivre, l'île a toujours attiré les Hongkongais cherchant à échapper à la frénésie de leur mégapole ou à son marché immobilier hors de prix.

Mais l'exode vers Taïwan vient brusquement de s'accélérer. Le nombre de titres de séjour -court ou permanent- délivrés par les autorités taïwanaises à des Hongkongais a progressé de près de 30% à plus de 4.000 entre janvier et septembre, par rapport à la même période en 2018.

Et les investissements sur l'île en provenance de Hong Kong ont quasi doublé.

Leonardo Wong déménagera en janvier dans la grande ville de Kaohsiung (sud) avec pour ambition d'y ouvrir un restaurant.

"Hong Kong n'est plus sûre. On ne sait ce qu'elle sera demain", déplorait récemment le commerçant de 27 ans, alors en pleine recherche de pas de porte à Kaohsiung. "Il y a trop de forces extérieures en jeu qui peuvent changer la donne."

Visas d'investisseurs

"On a le sentiment que les choses ne peuvent plus redevenir comme avant. On ne voit pas ce que sera l'avenir" à Hong Kong.

De crainte d'un afflux de demandeurs de Chine continentale, les autorités taïwanaises ne reconnaissent pas le concept d'asile et n'accordent pas le statut de réfugiés.

Mais les Hongkongais peuvent demander à vivre sur l'île au travers de différents mécanismes, comme les visas d'investisseurs.

Ancien informaticien, Chow Chung-ming, ici à Kaohsiung le 13 novembre 2019, a quitté Hong Kong pour ouvrir un café pour chats à Taïwan
Ancien informaticien, Chow Chung-ming, ici à Kaohsiung le 13 novembre 2019, a quitté Hong Kong pour ouvrir un café pour chats à Taïwan ( Sam Yeh / AFP )

Ancien analyste de systèmes, Chow Chung-ming, 41 ans, a récemment obtenu un titre de résidence au travers d'un investissement de six millions de dollars (178.000 euros), une somme beaucoup moins importante que l'investissement demandé dans d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

Il s'est installé à Kaohsiung où il a réalisé en juillet un rêve d'enfant: ouvrir un café pour chats.

"A Taïwan, la liberté d'expression n'appartient pas au passé. Les gens peuvent élire leur président et leurs députés, autant de droits que les Hongkongais n'ont pas", déplore-t-il. "Et je crois qu'ils n'ont plus de chance de les avoir."

"Un pays, un système"

La contestation à Hong Kong était née en juin du rejet d'un projet de loi qui devait permettre d'autoriser les extraditions vers la Chine. Le texte a été enterré en septembre, mais les manifestants avaient déjà élargi leurs revendications, pour demander notamment des réformes démocratiques.

Beaucoup de Hongkongais dénoncent une emprise croissante de la Chine ainsi qu'un recul des libertés théoriquement garanties par le principe "Un pays, deux systèmes" qui avait présidé à la rétrocession de Hong Kong en 1997.

"Je crois que les libertés vont continuer de se réduire à Hong Kong, jusqu'à ce que ce ne soit plus qu'+Un pays, un système+" poursuit M. Chow.

Suki Lui, femme d'affaires de Hong Kong, ici le 29 novembre 2019 dans l'ex-colonie britannique, veut s'installer à Taïwan pour offrir un meilleur avenir à sa fille de deux ans
Suki Lui, femme d'affaires de Hong Kong, ici le 29 novembre 2019 dans l'ex-colonie britannique, veut s'installer à Taïwan pour offrir un meilleur avenir à sa fille de deux ans ( Philip FONG / AFP )

Certains parlent déjà d'une "troisième vague" d'émigration hongkongaise, après les départs qui avaient précédé la rétrocession, et ceux, moins nombreux, qui avaient suivi l'échec du "Mouvement des parapluies" en 2014.

Suki Lui, une femme d'affaires de 37 ans, a été une participante assidue aux manifestations pro-démocratie depuis juin. Elle compte désormais partir à Taïwan, pour offrir un meilleur avenir à sa fille de deux ans.

"J'ai connu tellement de hauts et de bas sur le plan émotionnel que j'ai le sentiment de ne plus pouvoir en encaisser davantage", explique-t-elle.

Toujours l'ombre de Pékin

A Taïwan, les Hongkongais retrouvent cependant un contexte sur lequel plane aussi l'ombre de Pékin, qui voit l'île comme une partie de son territoire, comme une province rebelle appelée à rentrer un jour dans le giron chinois.

Les Taïwanais voteront en janvier pour une présidentielle clé au cours de laquelle ils devront choisir de confirmer, ou non, Tsai Ing-wen, qui mène depuis quatre ans à l'égard de la Chine une politique beaucoup moins accommodante que celle que devrait conduire le Kuomintang s'il parvenait à revenir aux affaires.

Des policiers courent vers des manifestants à Hong Kong le 1er décembre 2019
Des policiers courent vers des manifestants à Hong Kong le 1er décembre 2019 ( NICOLAS ASFOURI / AFP )

Mme Tsai a présenté ce scrutin comme "un combat pour la liberté et la démocratie."

"Je ne peux pas encore voter, mais j'espère que les Taïwanais éliront quelqu'un qui peut protéger Taïwan", dit M. Chow.

Phoenix Law, 30 ans, dit avoir été attirée par Taïwan en raison de ses libertés.

"Si les gens ici n'acceptent pas ce que fait la présidente, ils peuvent résister", explique celle qui s'est installée à Taïwan en septembre.

"J'espère que les Taïwanais sont en état d'alerte vu ce qui se passe à Hong Kong. On ne peut pas faire confiance au parti communiste chinois. Ce qu'il dit peut paraître bien, mais ce ne sont que des mensonges."

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