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Syrie: l'alliance Moscou-Ankara résiste au test d'Idleb, pour le moment

| AFP | 262 | 4 par 1 internautes
Des soldats russes et syriens au point de passage d'Abu ad Duhur, dans la province d'Idleb en Syrie, le 20 août 2018
Des soldats russes et syriens au point de passage d'Abu ad Duhur, dans la province d'Idleb en Syrie, le 20 août 2018 ( George OURFALIAN / AFP/Archives )

La Turquie et la Russie mènent d'intenses négociations pour éviter que la province syrienne d'Idleb ne sonne le glas de leur coopération en Syrie, mais les analystes estiment que le sort à long terme de la région peut encore provoquer une rupture.

Malgré leur soutien de parties adverses dans le conflit, les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan travaillent ensemble depuis fin 2016 pour aboutir à une solution en Syrie.

Cette alliance est désormais confrontée à un test difficile: le sort de la province d'Idleb, frontalière de la Turquie, dernier fief insurgé du pays, et que le président syrien Bachar al-Assad, soutenu par Moscou, souhaite reprendre.

Au cours des dernières années, la population d'Idleb a significativement augmenté, le régime y envoyant rebelles et civils après leur évacuation des bastions repris au terme de sièges et d'assauts meurtriers.

Une offensive de Damas y semble désormais imminente et pose la question du mélange explosif dans la province entre populations déplacées, rebelles modérés et islamistes radicaux.

Idleb est actuellement dominée à 60% par Hayat Tahrir al-Cham (HTS, formé de membres de l'ex-branche d'Al-Qaïda).

- L'"espoir" d'un accord -

La province d'Idleb : dernier bastion insurgé en Syrie
La province d'Idleb : dernier bastion insurgé en Syrie ( Thomas SAINT-CRICQ / AFP )

Après une grave crise diplomatique fin 2015, Moscou et Ankara ont nettement renforcé leur coopération, à la fois en Syrie, où la Turquie soutient les rebelles, et dans les secteurs de l'énergie, du commerce et de la défense.

Cette alliance revêt une importance capitale pour la Turquie, au moment où elle traverse de fortes tensions avec les Etats-Unis.

"Un espoir subsiste à Moscou de trouver un accord avec Ankara qui pourrait permettre au régime syrien de prendre le contrôle d'Idleb sans nouvelle rupture avec la Turquie", affirme à l'AFP Kerim Has, spécialiste des relations entre les deux pays, basé à Moscou.

Selon lui, Moscou surveille les tensions entre Ankara et Washington et pourrait lancer une opération à Idleb au "moment où les autorités turques auront le plus besoin du soutien du Kremlin".

En visite à Moscou vendredi, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a mis en garde contre une possible "catastrophe" en cas de "solution militaire" à Idleb, qui compte selon lui 3,5 millions d'habitants.

Ankara craint notamment un nouvel afflux de réfugiés alors qu'elle accueille déjà plus de 3 millions de Syriens.

Mais M. Cavusoglu a aussi souligné l'importance que les "groupes radicaux, les terroristes, soient mis hors d'état de nuire". Les analystes ont compris cela comme un potentiel soutien turc à une intervention limitée.

Signe de l'importance de cette visite, M. Cavusoglu a également été reçu par M. Poutine lui-même. Celui-ci a loué la coopération "de plus en plus profonde" entre Ankara et Moscou en Syrie.

Le ministre turc lui a assuré que "son cher ami M. Erdogan" l'attendait pour un dîner à Istanbul.

- "Offensive limitée" -

"La Russie et la Turquie tentent de trouver un accord avec des termes acceptables pour les deux parties", explique à l'AFP Timur Akhmetov, expert du Conseil russe des affaires étrangères, basé à Ankara.

Lui prédit une "offensive limitée" de la Russie et du régime syrien contre les groupes liés au Front al-Nosra, surtout ceux qui ont irrité Moscou en lançant des attaques contre la base aérienne russe de Hmeimim, coeur de ses opérations en Syrie.

"La Russie tente de convaincre la Turquie de faire contribuer l'opposition à l'offensive et que ces groupes soient en échange épargnés par les attaques aériennes", ajoute M. Akhmetov.

Le ministre des affaires étrangères russe Sergeï Lavrov (à droite) et son homologue turc Mevlüt Cavusoglu à Moscou le 24 août 2018
Le ministre des affaires étrangères russe Sergeï Lavrov (à droite) et son homologue turc Mevlüt Cavusoglu à Moscou le 24 août 2018 ( Kirill KUDRYAVTSEV / AFP/Archives )

Or, comme cela a souvent été le cas pour Idleb, une offensive limitée ne ferait que repousser temporairement la vraie question: qui contrôlera la province sur le long-terme, voire après la fin du conflit ?

Même si la Russie peut s'accorder sur un compromis, il n'est pas garanti que Damas et son autre principal allié Téhéran, ne suivent la ligne dictée par Moscou.

"Russes et Turcs vont être sous forte pression pour trouver un accord durable (...), acceptable pour le régime", estime Elizabeth Teoman, analyste à l'Institute for study of war (ISW).

Pour Mme Teoman, M. Erdogan pourrait envisager une potentielle offensive limitée.

Mais elle met en garde: si elle ne voit pas de "point de rupture imminent" entre Ankara et Moscou, "les aspirations de la Turquie sont en contradiction directe avec les objectifs de M. Assad d'écraser les vestiges de la rébellion syrienne".

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