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Syrie: compte à rebours pour Idleb, après l'échec à Téhéran

| AFP | 396 | 3 par 1 internautes
Photo fournie par la présidence turque montrant les présidents russe Vladimir Poutine, iranien Hassan Rohani et turc Recep Tayyip Erdogan au sommet tripartite à Téhéran, le 7 septembre 2018
Photo fournie par la présidence turque montrant les présidents russe Vladimir Poutine, iranien Hassan Rohani et turc Recep Tayyip Erdogan au sommet tripartite à Téhéran, le 7 septembre 2018 ( - / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP )

Dernier grand bastion insurgé en Syrie, la province d'Idleb --trois millions d'habitants et plusieurs dizaines de milliers de combattants, jihadistes en majorité--, attend son sort au lendemain de l'échec d'un sommet à Téhéran, faisant craindre une nouvelle catastrophe humanitaire.

Iran, Russie et Turquie ont échoué vendredi à surmonter leurs divergences, tout en convenant de continuer à "coopérer" en vue d'une solution pour éviter les pertes civiles dans cette région du nord-ouest de la Syrie, autour de laquelle le pouvoir de Bachar al-Assad amasse des troupes en vue d'un assaut qui semble imminent.

Des frappes aériennes russes ont visé vendredi des positions de Hayat Tahrir al-Cham, l'organisation jihadiste créée par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda qui domine Idleb, ou encore celle d'Ahrar al-Cham, un puissant groupe rebelle islamiste, faisant cinq morts, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dès jeudi, des centaines de civils ont commencé à fuir la zone en prévision d'un assaut des troupes gouvernementales.

Idleb : risque d'une catastrophe humanitaire
Idleb : risque d'une catastrophe humanitaire ( Thomas SAINT-CRICQ / AFP )

Conquis en 2015 par les insurgés, Idleb est leur dernier grand bastion. C'est là qu'ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils évacués d'autres places fortes de l'opposition repris par les forces loyalistes à travers le pays.

Les frappes russes ont eu lieu alors que se tenait à Téhéran le sommet entre le président iranien Hassan Rohani et ses homologues russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan, et quelques heures avant une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU convoquée par Washington sur la situation à Idleb.

- Erdogan contre un "massacre" -

Un sommet marqué par une joute verbale entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine, le premier plaidant à cor et à cri pour un accord de "cessez-le-feu" et mettant en garde contre un "massacre" en cas d'assaut des troupes loyalistes, soutenues par Téhéran et Moscou.

M. Poutine a rejeté la proposition arguant "qu'il n'y (avait) pas de représentants des groupes armés autour de cette table" habilités à négocier un cessez-le-feu.

Globalement, les trois pays ont semblé camper sur leurs positions, Téhéran et Moscou insistant sur la nécessité de combattre "le terrorisme", et le droit de Damas de récupérer l'intégralité de son territoire, et la Turquie, qui soutient les rebelles et accueille des réfugiés syriens en masse sur son territoire, mettant en garde contre un "massacre" à venir.

Syrie : les maîtres du jeu
Syrie : les maîtres du jeu ( Sophie RAMIS / AFP )

"Combattre le terrorisme à Idleb est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie, mais ce combat ne doit pas faire souffrir les civils ou entraîner une politique de la terre brûlée", a déclaré le président iranien Hassan Rohani en accueillant ses hôtes.

"Le gouvernement syrien a le droit de prendre sous son contrôle la totalité de son territoire national, et doit le faire", a fait valoir M. Poutine.

- Poutine pour l'assaut -

Huit ONG internationales actives en Syrie ont appelé les "dirigeants mondiaux" réunis à Téhéran et New York à "travailler ensemble pour éviter" que survienne "la pire catastrophe humanitaire en sept ans de guerre en Syrie", qui a déjà fait plus de 350.000 morts et des millions de réfugiés.

Téhéran, Moscou, et Ankara pilotent le processus d'Astana, série de discussions de paix lancée après l'intervention militaire russe de 2015, qui a totalement changé la donne dans cette guerre en remettant en selle le président Bachar Al-Assad. Le processus d'Astana a éclipsé les négociations de Genève dirigées par l'ONU.

Avant le sommet, certains médias avaient évoqué la possibilité d'un accord entre les trois dirigeants sur Idleb. Mais le communiqué final de la rencontre se borne à dire que les trois présidents "ont décidé de régler" la question d'Idleb "dans l'esprit de coopération qui caractérise le [processus] d'Astana".

- "Routes d'évacuation" -

"Nous avons discuté de mesures concrètes pour une stabilisation par étapes dans la zone de désescalade d'Idleb, qui prévoient notamment la possibilité pour ceux qui sont prêts au dialogue de passer un accord", a néanmoins déclaré M. Poutine à l'issue du sommet en faisant référence aux combattants insurgés qui seraient prêts à abandonner les armes.

Si MM. Erdogan et Rohani ont plaidé pour la nécessité de protéger les civils, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a plaidé pour des mesures concrètes vendredi devant le Conseil de sécurité réuni à New York pour discuter d'Idleb.

"Il faut des routes d'évacuation dans toutes les directions, est, nord, sud", a-t-il déclaré.

Déterminé à reprendre l'ensemble du territoire, le pouvoir de Damas a massé des renforts aux abords de la province, frontalière de la Turquie et dominée par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), mais qui accueille aussi d'importantes factions rebelles.

Près de la moitié des quelque trois millions d'habitants de la province d'Idleb et des quelques poches insurgées des provinces voisines de Hama, Alep ou Lattaquié sont des déplacés, selon l'ONU.

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