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"Rencontrer Staline", fresque patriotique pour le grand écran russe

| AFP | 100 | Aucun vote sur cette news
Tournage du film
Tournage du film "Rencontrer Staline" à Voskressensk, près de Moscou, le 28 juillet 2017 ( MAXIM ZMEYEV / AFP )

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, un ingénieur soviétique de génie veut rencontrer Staline et le convaincre qu'il a conçu le tank idéal: cette histoire édifiante est la nouvelle fresque patriotique destinée au cinéma russe.

"L'idée est venue du ministère de la Culture, qui s'occupe activement de raconter l'histoire des héros du passé de notre pays", explique à l'AFP le réalisateur Kim Droujinine, qui promet un film du genre "road-movie sur un tank".

C'est dans une clairière à une soixantaine de kilomètres au sud de Moscou, au milieu d'une forêt de bouleaux, que le réalisateur tourne plusieurs scènes de ce film d'action au budget modeste mais aux grandes ambitions, qui doit sortir dans les salles au printemps 2018.

Le projet, dont le nom provisoire est "Rencontrer Staline", s'inspire d'un épisode peu connu de l'histoire de l'URSS: le voyage de Kharkiv à Moscou de l'ingénieur Mikhaïl Kochkine, qui voulait convaincre Joseph Staline de la supériorité du T-34, le prototype de tank qu'il avait construit.

L'ingénieur et son équipe ont fait plus de 2.000 kilomètres à travers l'Union soviétique à bord de deux T-34 au printemps 1940, quelques mois à peine avant l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie.

Ce périple, qui coûtera finalement la vie à Mikhaïl Kochkine, mort quelques mois plus tard d'une pneumonie contractée sur le chemin du retour, a eu un rôle essentiel dans la survie de l'URSS face à la Wehrmacht et à ses Panzers.

Tournage du film
Tournage du film "Rencontrer Staline" à Voskressensk, près de Moscou, le 28 juillet 2017 ( MAXIM ZMEYEV / AFP )

Parfois qualifié de "meilleur char au monde", associant puissance de feu, mobilité et protection, le T-34 a été produit en masse dès 1941 et largement utilisé par les généraux soviétiques dans leurs opérations, au point de devenir un symbole de la victoire.

"C'est une histoire tragique. Celle d'un constructeur qui a lancé la production de son tank au prix de sa vie", résume Kim Droujinine, qui a décidé de s'éloigner de la réalité historique pour faire un film "dans le style des vieux films soviétiques d'aventure", susceptible de plaire aux jeunes.

- 'Entretenir le patriotisme' -

Staline, dont la figure fait encore débat dans la société russe, certains y voyant avant tout le dirigeant victorieux de l'Allemagne nazie et moteur de l'industrialisation du pays, d'autres un tyran ayant conduit à la mort de millions de personnes, doit avoir une scène à la toute fin du film.

Au tournage du film
Au tournage du film "Rencontrer Staline" à Voskressensk, près de Moscou, le 28 juillet 2017 ( MAXIM ZMEYEV / AFP )

"Staline, c'est l'aboutissement du film, la finalité, la récompense que l'on doit atteindre, comme dans les contes de fées", lance Kim Droujinine.

Le ministère de la Culture, qui a participé à la rédaction du scénario, a financé la production à hauteur de 60 millions de roubles (860.000 euros), une somme encore insuffisante pour boucler le budget.

L'Etat avait déjà en partie financé la production précédente de ce réalisateur de 32 ans, "Les 28 de Panfilov", un film d'action qui racontait le courage de soldats soviétiques qui n'avaient pas hésité à se sacrifier pour empêcher les troupes nazies de marcher sur Moscou à l'hiver 1941.

Ce film, lui aussi à haute teneur patriotique, avait soulevé une polémique chez certains historiens qui avaient émis des doutes sur la véracité de cet épisode de bravoure glorifié à l'époque soviétique.

Kim Droujinine (d), réalisateur du film
Kim Droujinine (d), réalisateur du film "Rencontrer Staline" à Voskressensk, près de Moscou, le 28 juillet 2017 ( MAXIM ZMEYEV / AFP )

"Si nous participons à quelque chose d'utile, alors c'est fantastique. Mais nous ne faisons pas de la propagande. Nous racontons des histoires intéressantes sur notre pays", assure Kim Droujinine, qui est par ailleurs convaincu qu'"il n'y a rien de mal dans la propagande si elle inculque de bonnes valeurs morales".

"Quand j'ai lu le scénario (de +Rencontrer Staline+) et que j'ai vu que c'était une commande du ministère de la Culture, j'ai tout de suite compris qu'il était destiné à entretenir le patriotisme", se félicite pour sa part l'acteur Dmitri Podnozov, qui joue le rôle d'un membre de l'équipe de l'ingénieur Kochkine.

Les autorités ont, selon l'acteur, "peur que la jeunesse descende dans la rue, et suive certains personnages dont nous n'avons pas besoin", en référence à l'opposant Alexeï Navalny, qui a organisé en mars et juin deux manifestations antigouvernementales d'ampleur très suivies par les jeunes générations.

Pour le ministère de la Culture, "mieux vaut se souvenir du passé et regarder des films sur les cosmonautes et sur les exploits que nous avons accomplis", ajoute-t-il.

Ces dernières années, la Russie a renoué avec la tradition des films patriotiques de l'époque soviétique: en 2015, "La bataille de Sébastopol" a rapporté plus de 6,5 millions d'euros, et "Stalingrad" a raflé près de 23,5 millions d'euros.

"Les 28 de Panfilov" a pour sa part rapporté 5,5 millions d'euros et attiré 1,7 million de Russes dans les salles obscures, malgré les critiques souvent défavorables.

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