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Partition de l'Inde: 70 ans après, les collecteurs de mémoire luttent contre le temps

| AFP | 167 | Aucun vote sur cette news
Sushwant Kaur, 78 ans, (d), assise à côté de son fils Jaswinder Singh (g), montre la photo de son défunt père, Sulkhan Singh, le 5 juillet 2017 à Amritsar, en Inde
Sushwant Kaur, 78 ans, (d), assise à côté de son fils Jaswinder Singh (g), montre la photo de son défunt père, Sulkhan Singh, le 5 juillet 2017 à Amritsar, en Inde ( NARINDER NANU / AFP )

Dans son vaste salon de Karachi, la septuagénaire Jamshed Jahan Ara évoque d'une voix parfois chevrotante le dangereux périple de sa famille à bord d'un train surpeuplé, depuis Delhi pour le Pakistan, lors de la Partition de 1947. Face à elle, une caméra tourne.

À l'équipe de jeunes gens attentifs venue l'interviewer, elle raconte comment son père avait demandé à son fils d'abattre les femmes de la famille si le convoi était attaqué. Et la question d'enfant qui avait alors jailli d'elle: "Pourquoi Neeam me tuerait ? Je n'ai rien fait de mal".

En Inde comme au Pakistan, des organisations sont lancées dans une course contre la montre pour enregistrer les récits des derniers témoins d'une des plus grandes migrations humaines de tous les temps. Et transmettre cette mémoire aux nouvelles générations.

Il y a soixante-dix ans, le démantèlement de l'empire britannique des Indes donnait naissance --dans la douleur-- à deux États distincts et jetait des millions d'hindous, musulmans et sikhs sur la route pour gagner leur nouvelle patrie.

La Partition fut dantesque: 6.000 kilomètres de frontières tracées à la hâte en cinq semaines, autour de quinze millions de déplacés, des villages et des convois massacrés jusqu'à la dernière âme, des dizaines de milliers de femmes violées et kidnappées, et 200.000 à deux millions de morts, selon les estimations.

Mais derrière ces chiffres vertigineux de la grande Histoire se cachent des histoires sans majuscules, celles vécues à hauteur d'hommes et de femmes.

Dans un local de Karachi, tentaculaire mégalopole du sud du Pakistan, des étudiants et volontaires retranscrivent et archivent les fragments d'histoire orale collectés à travers le pays par l'organisation Citizen Archives of Pakistan.

"L'Histoire a depuis toujours été limitée aux gouvernants ou aux vainqueurs, mais l'Histoire est plus large que ça. Ce sont des personnes qui sont affectées. Ce sont des cultures qui sont affectées", explique Aliya Tayyabi, sa directrice.

- La parole se libère -

Avec le passage du temps, la parole s'est libérée.

Pendant des décennies, les survivants ont profondément enfoui les scènes de violence inouïes auxquelles ils ont parfois assisté. D'un côté comme de l'autre, on voulait oublier ce champ de cendres sur lequel deux nations avaient germé.

Sushwant Kaur, 78 ans, a ainsi longtemps peiné à raconter à ses enfants la terreur des quatre journées de fuite de sa famille pour gagner le côté indien, trois robes enfilées sur elle pour tout bagage. Ce n'est qu'avec l'arrivée de ses petits-enfants que les mots ont pu enfin sortir.

Rencontrée par l'AFP dans sa maison d'Amritsar, dans le nord de l'Inde, elle décrit désormais ses souvenirs avec netteté. Une mère demandant à son fils de la noyer dans une rivière. Un point d'eau où flottaient des cadavres mais où il fallait boire. Ou cette femme coupant le cordon ombilical de son nouveau-né avec un bout de canne à sucre.

"Je me sens beaucoup plus légère à l'intérieur de mon être d'avoir sorti tout ça", témoigne-t-elle, sa canne posée à côté d'elle.

Ce sont des expériences comme la sienne que, depuis quelques années, des organismes comme Citizen Archives of Pakistan, le musée de la Partition d'Amritsar ou 1947 Partition Archive se hâtent d'enregistrer et numériser.

"Cette génération est en train de nous quitter", constate Mallika Ahluwalia, directrice du tout nouveau musée de la Partition, "poussée par un sentiment d'urgence".

- 'Énergie' -

Au-delà des fins d'archivage historique, ces projets d'histoire orale cherchent aussi à transmettre l'héritage et les enseignements de la Partition.

Au Pendjab, théâtre des pires violences de 1947, le musée de la Partition a ainsi enrôlé une dizaine de lycéens d'Amritsar pour un mois de stage. Consigne leur a été donnée de trouver chacun trois témoignages au sein de leur entourage, dans cette région où presque chaque famille a été affectée.

En interviewant des survivants, "les images se formaient devant mes yeux. C'était une expérience douloureuse, je pouvais presque ressentir la douleur qu'ils ont traversée à cette époque", relate Aniket Bhatia, 16 ans.

Sa camarade Rahat Sandhu a fondu en larmes en recueillant le récit d'un rescapé: sa petite sœur, bébé, a dû être abandonnée sur le bord de la route, faute de forces pour la porter.

"Le type d'énergie qu'ils mettent dans leurs mots, le type de lien qui se forme pendant ces moments, pour un quart d'heure, c'est indescriptible", dit-elle.

Si la Partition et son cortège d'horreurs resteront comme des pages noires de l'Histoire, scindant un sous-continent indien dont la discorde perdure à ce jour, quelques perles de lumière s'y nichent aussi.

"Tellement de gens qui ont réussi à traverser (la frontière) y sont parvenus grâce à la bonté d'un ami, d'un voisin, d'un collègue et dans certains cas même d'un étranger", déclare Mallika Ahluwalia.

Et la dernière salle du musée s'appelle la "galerie de l'espoir".

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