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Pakistan: chute du Premier ministre, "disqualifié" pour corruption

| AFP | 316 | Aucun vote sur cette news
Le Premier ministre Nawaz Sharif, le 15 juin 2017 à Islamabad
Le Premier ministre Nawaz Sharif, le 15 juin 2017 à Islamabad ( AAMIR QURESHI / AFP/Archives )

La Cour suprême du Pakistan a rendu vendredi un arrêt "disqualifiant" pour corruption le Premier ministre Nawaz Sharif, provoquant sa chute et celle de son gouvernement et ouvrant une période d'incertitude politique pour le pays.

M. Sharif "est disqualifié en tant que député au Parlement et a donc cessé d'occuper le poste de Premier ministre", a déclaré le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte réunie au siège de la Cour pour entendre ce jugement très attendu.

Cette décision fait suite à la découverte par une commission d'enquête d'une "importante disparité" entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie, apparue au grand jour l'an dernier dans le cadre du scandale des Panama Papers.

Scènes de liesse dans l'opposition après la
Scènes de liesse dans l'opposition après la "disqualification" du Premier ministre Nawaz Sharif et sa destitution de fait suite à une affaire de corruption, le 28 juillet 2017 à Islamabad ( AAMIR QURESHI / AFP )

Les Sharif sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vérité sur des sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings off-shore, notamment de luxueux appartements londoniens. Leurs partisans assurent que les fonds sont légaux et viennent d'entreprises familiales basées au Pakistan et dans le Golfe.

Trois des quatre enfants du chef du gouvernement sont mis en cause, ses fils Hasan et Hussein et sa fille Maryam Nawaz, jusqu'ici pressentie comme son héritière en politique à un an des prochaines élections législatives.

L'arrêt, rendu en fin de matinée dans une Islamabad placée sous haute sécurité, a immédiatement provoqué des scènes de liesse des partisans de l'opposition descendus dans la rue à Islamabad et dans d'autres villes du pays.

L'ancienne star du cricket Imran Khan, chef de l'opposition et en pointe dans l'offensive contre M. Sharif, s'est félicité de la sentence, estimant que "la démocratie du Pakistan sort renforcée" de ces développements et annonçant un grand rassemblement dimanche, au cours duquel il dévoilera son "futur plan d'action".

"Aujourd'hui n'est qu'un début. Les autres puissants corrompus devront aussi rendre des comptes", a-t-il ajouté. "Je veux dire à la nation que c'est une immense victoire pour elle".

Le jugement ordonne aussi à l'autorité anti-corruption de lancer une nouvelle enquête qui pourrait se traduire par des poursuites judiciaires contre les Sharif.

Le parti du Premier ministre, le PML-N, a confirmé peu après que M. Sharif avait quitté son poste en dépit de ses "fortes réserves" à l'encontre de la sentence. Son départ entraîne automatiquement celui de son gouvernement.

"Pas un centime de corruption n'a été prouvé dans cette décision contre Nawaz Sharif et le peuple pakistanais le sait aussi", a déploré Maryam Aurangzeb, qui y officiait en tant que ministre de l'Information. "Nous allons étudier la décision en détail et élaborer un plan d'action pour l'avenir", a-t-elle noté

"Si Dieu le veut, Nawaz Sharif sera réélu une quatrième fois", a-t-elle ajouté.

- Succession incertaine -

L'incertitude plane désormais sur l'identité du successeur de M. Sharif. Le PML-N n'a aucun dauphin attitré pour le moment et les prochaines élections législatives ne sont théoriquement prévues qu'en 2018.

Hasan Askari, analyste spécialiste de sécurité, déclare toutefois ne pas s'attendre à "des bouleversements internes". "Après ce jugement, le parti au pouvoir va élire un nouveau chef qui deviendra Premier ministre, puis nous verrons comment les choses se passent".

L'analyste politique Farooq Moin est du même avis: "Je pense qu'il y a de grandes chances que le parti (de M. Sharif) PML-N forme un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre, avec le soutien de ses partenaires de coalition, puisqu'ils ont toujours la majorité au Parlement".

C’est la seconde fois dans l’histoire du Pakistan qu’un Premier ministre en poste est démis par une intervention de la Cour suprême, la première fois remontant à 2012.

M. Sharif, surnommé le "lion du Pendjab" n’aura ainsi mené à terme aucun de ses trois mandats comme chef du gouvernement. Il avait déjà été contraint à la démission en raison d'accusations de corruption en 1993. Son deuxième mandat, démarré en 1997, avait lui aussi tourné court en 1999 à la suite d'un coup d'Etat militaire et M. Sharif avait été contraint à plusieurs années d'exil en Arabie saoudite.

A Peshawar, grande ville de l'Ouest du pays, des centaines de partisans d'Imran Khan et d'autres partis d'opposition sont descendus en jubilant dans la rue, dansant, jouant du tambour et distribuant des douceurs pour célébrer le jugement, a constaté l'AFP. Certains criaient des slogans comme "Va-t-en Nawaz" ou "Responsabilité pour tous".

A l'inverse, à Lahore, fief de la famille Sharif, des manifestants ont protesté ponctuellement contre la sentence, bloquant des rues et brûlant des pneus.

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