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Au Zénith d'Amiens transformé en salle d'audience, 800 ex-Goodyear contestent leurs licenciements

| AFP | 579 | Aucun vote sur cette news
Le conseil des Prud'hommes réuni jeudi 4 octobre 2018 au Parc des expositions et des congrès d'Amiens
Le conseil des Prud'hommes réuni jeudi 4 octobre 2018 au Parc des expositions et des congrès d'Amiens ( FRANCOIS LO PRESTI / AFP )

Ce fut pour eux une "catastrophe sociale": l'avocat de quelque 800 ex-salariés de l'usine Goodyear à Amiens-Nord s'est efforcé jeudi de démontrer que leurs licenciements en 2014 par l'entreprise de pneumatiques était sans cause sérieuse, devant les prud'hommes délocalisés au parc des expositions pour cette audience hors normes.

Au cours de sa plaidoirie, débutée à 9h30 et terminée à 13h30, Me Fiodor Rilov a tenté de démontrer que les licenciements des 832 demandeurs étaient abusifs au vu des résultats du groupe américain auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France.

"Explosion de la profitabilité", "rentabilité record", "chiffres en augmentation" : celui que l'on surnomme "l'avocat rouge" a martelé - citant un rapport de Goodyear au gendarme de la Bourse américaine - que le groupe avait enregistré alors un résultat net de 2,5 milliards de dollars après impôts, "la somme la plus colossale jamais affichée par Goodyear depuis sa création".

D'ex-salariés de Goodyear manifestent jeudi 4 octobre 2018 à Amiens, avant le début du procès
D'ex-salariés de Goodyear manifestent jeudi 4 octobre 2018 à Amiens, avant le début du procès ( FRANCOIS LO PRESTI / AFP )

En janvier 2014, Goodyear Amiens-Nord avait annoncé la fermeture de l'usine, entraînant la disparition de 1.143 emplois, symbole de la désindustrialisation de la France dans ses bastions ouvriers. Sept de ces anciens salariés ont été définitivement condamnés en janvier par la cour de cassation à des peines de prison avec sursis pour avoir séquestré deux ex-dirigeants de l'usine, après l'annonce de la fermeture.

"Grâce à cette action de fermeture, nous allons améliorer notre résultat d'exploitation dans la zone Europe à hauteur de 75 millions (de dollars) par an", a-t-il traduit d'un document de la direction de l'époque, au centre de la scène éclairée du Zénith où environ 400 personnes assistaient à l'audience.

"Il n'est pas autorisé de licencier pour améliorer son résultat, c'est interdit !" s'est emporté l'avocat figure de proue des combats contre les grandes multinationales, face aux quatre conseillers prud'hommaux - deux côté employeurs et deux côté salariés - réfutant toute "menace sur la compétitivité."

Militants CGT et ex-salariés, parfois accompagnés de leur famille, avaient commencé à arriver dès 7h30, portant pour certains des T-shirts où l'on pouvait lire "Goodyear Amiens, patrons voyous", "Nous sommes tous Goodyear", "Non aux licenciements".

"Au bout de deux heures, il avait déjà tout dit sur notre souffrance, notre injustice. Le plus dur maintenant ce sera d'entendre cet après-midi l’avocat de Goodyear raconter des mensonges", a réagi Bernard, 49 ans, ancien opérateur tourisme pendant 25 ans.

Les avocats de la direction auront également quatre heures pour se défendre. Le jugement devrait être mis en délibéré au premier trimestre 2019.

Selon la préfecture de la Somme, 640 emplois ont été déjà créés dans le cadre de la convention de revitalisation de Goodyear-Amiens Nord sur les 914 emplois programmés, précisant que des actions de revitalisation ont été financées à hauteur de 5,9 millions d'euros par Goodyear Dunlop Tires France.

La direction de l'entreprise affirme que 346 personnes ont retrouvé un travail, 102 créé leur entreprise, 188 pris leur retraite et 189 "quitté le congé de reclassement" après une "formation qualifiante".

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