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Devant l'ONU, Abbas appelle à l'aide internationale pour la paix au Proche-Orient

| AFP | 246 | 5 par 1 internautes
Le président palestinien Mahmoud Abbas s'adresse devant le conseil de sécurité de l'ONU, le 20 février 2018 à New  York
Le président palestinien Mahmoud Abbas s'adresse devant le conseil de sécurité de l'ONU, le 20 février 2018 à New York ( TIMOTHY A. CLARY / AFP )

Le président palestinien Mahmoud Abbas, brouillé avec les Etats-Unis, a réclamé mardi au Conseil de sécurité de l'ONU la "création d'un mécanisme multilatéral" pour régler la question palestinienne via "une conférence internationale" à la mi-2018.

Ce faisant, le dirigeant a rejeté une médiation unique des Etats-Unis dans le processus de paix au Proche-Orient, dans l'impasse depuis des années.

"Il est essentiel de créer un mécanisme multilatéral grâce à une conférence internationale" pour avoir la paix au Proche-Orient, a-t-il dit, sans préciser où elle pourrait se tenir.

"Aidez-nous!", a imploré le président palestinien aux 15 membres du Conseil de sécurité. Mahmoud Abbas a ensuite quitté la salle sous les applaudissements, n'assistant ni à l'allocution de l'ambassadrice américaine Nikki Haley, ni à celle de son homologue israélien, Danny Danon.

Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU s'adresse  devant le conseil de sécurité de l'ONU le 20 février 2018 à New York, assise devant Jared Kushner le gendre du président Trump
Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU s'adresse devant le conseil de sécurité de l'ONU le 20 février 2018 à New York, assise devant Jared Kushner le gendre du président Trump ( TIMOTHY A. CLARY / AFP )

Son départ a été déploré par les deux diplomates. "Nous n'allons pas vous courir après !", a répondu Nikki Haley lors de son intervention, en évoquant de manière vague une réflexion américaine en cours pour une paix au Proche-Orient.

Lors de sa longue et rare intervention empreinte de solennité et de fermeté devant la plus haute instance de l'ONU, le président palestinien a demandé aux pays n'ayant pas reconnu l'Etat de Palestine de le faire. Sur les 193 nations membres des Nations Unies, 138 Etats l'ont fait, a-t-il rappelé.

"Nous reviendrons au Conseil de sécurité et demanderons à avoir cette protection" d'une reconnaissance pleine et entière d'un Etat. "Reconnaître l'Etat de Palestine ne va pas contre des négociations" mais les favorise, a-t-il insisté.

- Veto américain -

La Palestine est depuis 2012 "Etat observateur non membre" de l'ONU, ce qui lui a permis d'intégrer des agences onusiennes et de rejoindre la Cour pénale internationale (CPI). Un statut de membre passe par une recommandation du Conseil de sécurité à l'Assemblée générale de l'ONU, sans veto des Etats-Unis, premier soutien d'Israël.

En restant mesuré dans l'expression à l'égard de Washington, le président palestinien a aussi dénoncé les décisions unilatérales comme la reconnaissance fin 2017 des Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, sous le regard fixe de Nikki Haley, les bras croisés.

"Nous voulons que Jérusalem soit ouverte aux trois religions monothéistes", a souligné Mahmoud Abbas, en réclamant que Jérusalem soit aussi la capitale du futur Etat palestinien.

M. Abbas rejette une médiation unique de l'administration américaine depuis cette décision américaine sur Jérusalem, dont il a demandé mardi "la suspension".

"Cette décision ne changera pas", lui a répondu sèchement l'ambassadrice américaine . Elle a reproché à l'ONU de passer "trop de temps" à parler du Proche-Orient et de mettre en cause systématiquement la responsabilité d'Israël, "le pays le plus démocratique du Moyen-Orient", dans l'absence de progrès.

En décembre, les Palestiniens avaient bénéficié de l'unanimité du Conseil de sécurité moins une voix - un veto de Washington - pour condamner la décision américaine de reconnaissance de Jérusalem. Cette condamnation avait ensuite été approuvée majoritairement par l'Assemblée générale de l'ONU.

L'ambassadeur israélien a rejeté en bloc le discours du président palestinien. "Vous ne faites pas partie de la solution mais du problème". "Lorsque nous tendons la main, Mahmoud Abbas tend le poing", a-t-il résumé.

- Mirage et désert -

L'administration Trump affirme travailler sur un plan de paix pour le Proche-Orient mais ce dernier semble toujours dans les limbes. "Ils sont en pleine discussion interne", explique un diplomate, qui doute que Washington sache déjà où en venir.

Jared Kushner, gendre du président Donald Trump et au rôle d'intermédiaire au Moyen-Orient, avait fait le déplacement à New York pour assister à la réunion du Conseil de sécurité.

Le "compromis" envisagé par l'administration américaine contient "beaucoup de potentiel" pour améliorer la vie des Palestiniens, a assuré Nikki Haley, sans élaborer.

"Nous n'avons jamais refusé le dialogue", a affirmé le président palestinien, en estimant que "Israël s'est détourné de la solution à deux Etats". "Le gouvernement de Donald Trump n'a pas éclairci sa position. Est-il favorable à un Etat ou deux Etats?", a-t-il demandé. "L'occupation israélienne qui était autrefois temporaire est devenue permanente", a-t-il déploré.

"Quatre-vingt-six résolutions de l'ONU sont restées lettre morte", a-t-il également asséné.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a renouvelé ses mises en garde contre la création d'une "réalité irréversible à un Etat" au lieu de la solution préconisée jusqu'à présent de deux Etats vivant côte à côte. "Il n'y a pas de plan B", a-t-il martelé, une position reprise par la Russie.

"Si on n'y prend pas garde, cette solution (de deux Etats) disparaitra comme un mirage dans le désert", a abondé l'ambassadeur français, François Delattre.

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