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Nom de la Macédoine: après le référendum, bataille incertaine au Parlement

| AFP | 373 | Aucun vote sur cette news
Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev dépose son bulletin pour le référendum du 30 septembre 2018 sur le nouveau nom de son pays.
Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev dépose son bulletin pour le référendum du 30 septembre 2018 sur le nouveau nom de son pays. ( DIMITAR DILKOFF / AFP )

Pouvoir et opposition ont crié victoire lundi au lendemain du référendum sur le nouveau nom de la Macédoine, avec un "oui" gagnant mais aussi une abstention massive qui fait peser l'incertitude quant à une ratification au Parlement.

L'accord de juin entre les Premiers ministres macédonien Zoran Zaev et grec Alexis Tsipras prévoit de baptiser "République de Macédoine du nord" ce petit pays pauvre des Balkans.

Il vise à clore le conflit avec Athènes qui accuse son voisin d'usurper son patrimoine historique et lui bloque la route vers l'Union européenne et l'Otan.

Selon les résultats définitifs, 91,46% des électeurs qui se sont déplacés ont voté oui, contre 5,65% au non.

Mais la forte abstention --près des deux tiers des 1,8 million de citoyens inscrits n'ont pas pris part à ce référendum-- ébranle la légitimité du scrutin, sur laquelle comptait s'appuyer le social-démocrate Zoran Zaev pour trouver au Parlement la majorité des deux-tiers requise.

Macédoine
Macédoine ( Kun TIAN / AFP )

Avec ses alliés des partis de la minorité albanaise (20 à 25% des 2,1 millions d'habitants), il lui manque onze élus.

Dans la perspective de cette bataille au Parlement, chacun offre ses lectures contradictoires de la souveraineté populaire.

- Chacun sa souveraineté populaire -

"Plus de 90% du total des votes sont pour le oui, donc désormais c'est au tour du Parlement de confirmer la volonté de la majorité", a déclaré à l'AFP Zoran Zaev.

Le patron de l'opposition de droite (VMRO-DPMNE), Hristijan Mickoski, lui a répondu que "le gouvernement avait perdu sa légitimité". Il a estimé que "la seule chose qu'il (restait) à faire était de respecter la volonté du peuple" qui résiderait à ses yeux dans la masse de ceux qui, comme lui, ont répondu aux appels au boycottage.

La statue d'Alexandre le Grand à Skopje le 30 septembre 2018, jour du référendum sur le nouveau nom de la Macédoine
La statue d'Alexandre le Grand à Skopje le 30 septembre 2018, jour du référendum sur le nouveau nom de la Macédoine ( DIMITAR DILKOFF / AFP )

"Plus de 600.000 citoyens ont voté Oui", se réjouissait lundi le quotidien progouvernemental Sloboden Pecat. "Echec du référendum, la Macédoine se dirige vers de nouvelles élections", riposte son concurrent Vecer, favorable à l'opposition.

Pour les opposants, le scrutin est invalidé par une disposition constitutionnelle qui exige un quorum de 50% pour les référendums contraignants. Mais Zoran Zaev objecte que le référendum était consultatif et que cette barre n'a pas à être atteinte.

"La décision du peuple est contraignante", a répliqué le président Gjorge Ivanov, proche de la droite et dont le rôle est honorifique. Mais à ses yeux, "le peuple a rejeté l'accord" avec la Grèce.

Selon l'analyste politique Albert Musliu, du fait de l'appel au boycottage, il n'était pas possible d'espérer plus de "700.000 votants, au maximum", contrat quasiment rempli. Les quelque 610.000 "oui" représenteraient donc "la force politique la plus importante dans l'histoire des élections macédoniennes", renchérit son confrère Petar Arsovski.

"Tout le monde sait que les listes ne sont pas à jour", que le chiffre d'1,8 million de votants est "gonflé" quand la réalité se situerait entre 1,4 et 1,5 million en raison d'une émigration de masse, dit l'universitaire français spécialiste des Balkans, Loïc Tregoures. Aucun recensement n'a été effectué depuis 2002.

- Vers des élections -

Des partisans du boycott du référendum sur le nouveau nom de la Macédoine le 30 septembre 2018 à Skopje
Des partisans du boycott du référendum sur le nouveau nom de la Macédoine le 30 septembre 2018 à Skopje ( Armend NIMANI / AFP )

Convaincre onze députés de droite de faire défection semble compliqué, même si le VMRO-DPMNE est divisé.

La ministre de la Défense Radmila Sekerinska a expliqué lundi que son gouvernement se donnait une semaine pour les trouver, faute de quoi seront "organisées des élections parlementaires anticipées".

Une issue probable pour le commentateur politique Aco Abranov: "Zaev ne va pas réussir au Parlement et nous aurons bientôt des élections (...)".

Les Occidentaux ont répété qu'il n'y avait pas de plan B.

La Commission européenne a appelé les responsables macédoniens à "agir dans le cadre de leurs responsabilités constitutionnelles au-delà des lignes partisanes". "La porte de l'Otan est ouverte, mais toutes les procédures nationales doivent être achevées", a tweeté le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt a qualifié le référendum de "pas positif pour la Macédoine", bien que "bien que la participation ait été en-dessous des attentes". "Les électeurs en Macédoine ont clairement exprimé leur désir de faire partie de la communauté euro-atlantique", a-t-il estimé, appelant le Premier ministre Zaev et son gouvernement à travailler avec le parlement pour construire un consensus sur l'avenir du pays".

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a jugé "important" le taux majoritaire "écrasant" de ceux qui ont voté en faveur de l'accord et "exhorté toutes les forces politiques du pays à donner une suite" à ce référendum.

Athènes a répété que son veto ne serait levé qu'une fois la question réglée. La Grèce a accueilli avec circonspection ce que le journal Ethnos a décrit comme une "victoire à la Pyrrhus".

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