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Nigeria: une autre humanitaire du CICR tuée par Boko Haram

| AFP | 178 | Aucun vote sur cette news
Un homme brandit le 16 octobre 2018 une pancarte où l'on peut lire
Un homme brandit le 16 octobre 2018 une pancarte où l'on peut lire "Alice Nggadah doit être sauvéee", allusion à Alice Loksha Nggadah, l'une des trois otages de Boko Haram ( Mudashiru ATANDA / AFP )

Une deuxième employée de la Croix-Rouge internationale enlevée par Boko Haram a été tuée par le groupe jihadiste dans le nord-est du Nigeria en l'espace d'un mois, "un acte de cruauté abject", s'est indigné mardi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Trois humanitaires nigérianes avaient été enlevées le 1er mars dans une attaque visant la ville de Rann (extrême nord-est), au cours de laquelle trois autres travailleurs humanitaires et huit soldats nigérians avaient été tués.

Deux des femmes kidnappées, Hauwa Liman et Saifura Khorsa, travaillaient pour le CICR. La troisième, Alice Loksha, travaillait pour l'Unicef.

Les membres de
Les membres de "Bring Back Our Girls" participent le 16 octobre 2018 à Abuja à une manifestation en faveur des trois femmes humanitaires enlevéees par Boko Haram ( Mudashiru ATANDA / AFP )

Le ministre de l'Information, Lai Mohammed, a annoncé mardi matin la mort de Hauwa Liman, une sage-femme de 24 ans. Condamnant un meurtre "ignoble, inhumain et impie", il a appelé à la libération de deux femmes encore aux mains de Boko Haram: Alice Loksha et une jeune fille de quinze ans.

Le CICR a confirmé quelques heures plus tard avoir "des informations selon lesquelles Hauwa Mohammed Liman a été tuée par ses ravisseurs dans un acte de cruauté abject".

"Nous avons appelé à la clémence et à la fin de ces meurtres insensés. Comment est-il possible que deux professionnelles de la santé aient été tuées l'une après l'autre? Rien ne peut justifier cela", a réagi la directrice régionale du CICR pour l'Afrique.

Hauwa Liman était "une femme sociable, dynamique et enthousiaste, très aimée de sa famille et ses amis (...) dévouée à son travail", a ajouté le CICR.

"Nous espérons sincèrement que cette série de tristes événements et que la mort douloureuse de certains de leurs employés ne décourageront pas le CICR de travailler au Nigeria", a déclaré mardi soir le président nigérian Muhammadu Buhari sur son compte Twitter.

Ce meurtre est un coup dur pour le chef d'Etat nigérian, qui avait fait campagne en 2015 sur la promesse d'éradiquer l'insurrection jihadiste dans le nord-est du pays et qui est candidat à sa propre succession pour la prochaine présidentielle prévue en févier prochain.

"Aujourd'hui, je me suis entretenu avec Mohammed Liman, le père d'Hauwa (...)", a-t-il raconté sur Twitter. "Le gouvernement fédéral a fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver la vie d'Hauwa. C'est tragique et regrettable que tous nos efforts aient été vains".

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a "condamné fermement ce meurtre". Il "exprime son inquiétude pour la sécurité des otages - encore entre les mains du groupe - et demande leur libération immédiate", dans un communiqué signé de son porte-parole.

L'organisation humanitaire avait annoncé en septembre avoir reçu une vidéo du meurtre de Saifura Khorsa, l'une des trois otages du groupe Etat islamique d'Afrique de l'Ouest (ISWAP), une faction de Boko Haram soutenue par l'EI.

L'ISWAP menaçait dans cette vidéo de tuer les deux autres otages si ses revendications n'étaient pas satisfaites, de même que Leah Sharibu, une collégienne de quinze ans enlevée par Boko Haram avec plus de cent de ses camarades, dans une école à Dapchi (Etat de Yobe, nord-est) en février 2018.

- "Demander justice" -

L'ultimatum fixé aux autorités nigérianes a expiré lundi, mais le ministre de l'Information a assuré que le gouvernement avait toujours laissé la porte ouverte aux négociations.

Mardi, des dizaines de personnes se sont rassemblées à Abuja, en hommage à la jeune femme assassinée, sous la houlette d'Ezekwesili Obiageli, candidate à la présidentielle de février et figure du mouvement #BringBackOurGirls,, créé en 2014 après le premier enlèvement de masse par Boko Haram en avril 2014.

Plus de 200 lycéennes avaient alors été enlevées, au pic de l'insurrection, provoquant l'indignation du monde entier pour réclamer leur libération. Une partie d'entre elles a pu être libérée ou retrouvée depuis, mais 112 sont toujours captives.

Plusieurs manifestants, en larmes, arboraient des pancartes reprenant les derniers mots de Hauwa Liman au téléphone avec son frère, quelques minutes avant son enlèvement : "Nous étions là pour les plus vulnérables et maintenant nous sommes les plus vulnérables".

Mais la marche, qui devait s'achever devant le palais présidentiel, a été empêchée par la police qui a formé un barrage humain sur la route.

Les Nations unies estiment que les violences entre Boko Haram et l'armée nigériane ont fait plus de 27.000 morts depuis 2009 et près de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Les jihadistes pratiquent les enlèvements contre rançon pour financer leurs opérations ou échanger avec le gouvernement nigérian leurs captifs contre des membres de leur groupe faits prisonniers.

Les autorités affirment que les islamistes sont gravement affaiblis mais l'ISWAP a procédé ces derniers mois à une série d'attaques contre des bases militaires dans l'Etat de Borno et celui, voisin, de Yobe.

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