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Washington s'oppose à Moscou dans la course à la présidence d'Interpol

| AFP | 554 | 5 par 1 internautes
Alexandre Prokoptchouk (à gauche), candidat russe à la présidence d'Interpol, et Meng Hongwei, ancien patron de cette organisation, photographiés à Singapour le 4 juillet 2017
Alexandre Prokoptchouk (à gauche), candidat russe à la présidence d'Interpol, et Meng Hongwei, ancien patron de cette organisation, photographiés à Singapour le 4 juillet 2017 ( ROSLAN RAHMAN / AFP/Archives )

La course à la présidence d'Interpol a tourné mardi au bras de fer entre les Etats-Unis et la Russie, Washington apportant "fermement" son soutien au concurrent du candidat russe, tandis que Moscou dénonçait une "politisation inadmissible".

La police mondiale est privée de président depuis la "démission" subite de son ancien patron, Meng Hongwei, accusé de corruption en Chine et qui a mystérieusement disparu début octobre au cours d'un voyage dans son pays.

Réunis en assemblée générale depuis dimanche à Dubaï, les délégués d'Interpol doivent élire mercredi son remplaçant et deux candidats sont en lice: l'actuel président par intérim, le Sud-Coréen Kim Jong-yang, et un haut fonctionnaire russe, Alexandre Prokoptchouk.

Les Etats-Unis, par la voix de leur secrétaire d'Etat Mike Pompeo, ont indiqué mardi qu'ils "soutenaient fermement" le Sud-Coréen.

"Nous encourageons toutes les nations et organisations faisant partie d'Interpol et respectant l'Etat de droit à choisir un chef intègre. Nous pensons que ce sera le cas de M. Kim", a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

Bien que le poste de président soit plus honorifique qu'opérationnel, la candidature d'Alexandre Prokoptchouk, général russe de 56 ans, a fait bondir les critiques de Moscou, qui craignent que l'organisation internationale ne devienne un outil au service du Kremlin.

Les mises en garde se multiplient ainsi depuis que le quotidien The Times a affirmé dimanche, citant des sources britanniques, que M. Prokoptchouk était le favori du scrutin.

Quatre sénateurs américains ont notamment appelé, dans une lettre ouverte rendue publique lundi, les délégués des 192 pays membres d'Interpol à rejeter sa candidature.

"Les événements récents ont montré que le gouvernement russe abusait des procédures d'Interpol pour harceler ses opposants politiques", a appuyé mardi sur Twitter le porte-parole du Conseil national de sécurité américain Garrett Marquis.

- "Tentacules criminelles" -

Parmi les autres opposants les plus résolus à la candidature russe figure le financier britannique William Browder, l'ex-patron du juriste Sergueï Magnitski, mort dans une prison russe en 2009, dont la Russie tente d'obtenir l'extradition depuis des années et qui a brièvement été arrêté cette année en Espagne à cause d'un mandat d'arrêt émis par Interpol.

La Russie va "étendre ses tentacules criminelles à chaque coin de la planète" si M. Prokoptchouk est élu président, a dénoncé M. Browder sur Twitter.

Avec Mikhaïl Khodorkovski, oligarque devenu un opposant en exil, il a annoncé mardi à Londres son intention d'enclencher une procédure pour faire "suspendre" la Russie d'Interpol.

"Je crains sérieusement que si M. Prokoptchouk est élu président d'Interpol, alors, sur ordre du Kremlin, il sera prêt à faire absolument n'importe quoi", a déclaré M. Khodorkovski.

L'opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny, a quant à lui affirmé sur Twitter que son équipe avait "souffert d'abus d'Interpol à cause de persécutions politiques par la Russie. Je ne pense pas qu'un président russe aidera à réduire ces violations".

L'Ukraine et la Lituanie ont pour leur part menacé de se retirer d'Interpol en cas d'élection du général russe.

- Notices rouges -

Cette levée de boucliers a provoqué une vive réaction de Moscou, qui a assuré mardi que M. Prokoptchouk, s'il était élu, travaillerait "exclusivement dans les intérêts de la communauté policière internationale".

Le ministère russe de l'Intérieur a par ailleurs souligné son "expérience" et qualifié les réactions d'hostilité à sa candidature de "politisation inadmissible".

Selon sa biographie sur le site internet du ministère russe de l'Intérieur, qu'il a rejoint dans les années 1990, Alexandre Prokoptchouk a obtenu en 2003 le grade de général de police et commencé à travailler avec Interpol en 2006, d'abord en tant que responsable adjoint du bureau russe de l'organisation.

Ce polyglotte a également été chargé de la coopération avec Europol, l'agence européenne de police criminelle, puis nommé au comité exécutif d'Interpol en 2014, avant d'en être élu vice-président en novembre 2016.

Le candidat élu devra terminer le mandat de quatre ans que M. Meng devait achever en 2020, mais le véritable patron d'Interpol est dans les faits son secrétaire général. Celui-ci est jusqu'à l'année prochaine l'Allemand Jürgen Stock, qui rappelait début novembre que le poste de président était "essentiellement honorifique".

Pour autant, Andreï Soldatov, le rédacteur en chef du site internet Agentura.ru, spécialisé dans les affaires de renseignement, se dit persuadé que "l'usage des notices rouges" (qui relaient les mandats d'arrêt des pays membres) pour des poursuites de nature politique "augmentera" en cas d'élection de M. Prokoptchouk.

"Interpol est un système que la Russie a commencé à bien utiliser pour ses objectifs. Cela crée des problèmes (aux personnes placées sur notice rouge, ndlr), elles sont arrêtées à la frontière, elles perdent quelques jours", a-t-il encore dit à l'AFP.

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