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Les projecteurs braqués sur l'Iran à l'ONU

| AFP | 137 | 5 par 1 internautes
Les présidents français Emmanuel Macron (g) et iranien Hassan Rohani (d), lors d'une rencontre à New York, le 18 septembre 2017
Les présidents français Emmanuel Macron (g) et iranien Hassan Rohani (d), lors d'une rencontre à New York, le 18 septembre 2017 ( LUDOVIC MARIN / AFP )

L'accord nucléaire iranien est encore sous les projecteurs de l'ONU mercredi, avec la réplique attendue de l'Iran au virulent discours de Donald Trump, et une réunion qui mettra pour la première fois les chefs de la diplomatie américaine et iranienne autour de la même table.

Le président iranien Hassan Rohani doit prendre la parole en fin de matinée devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, et donnera le ton au lendemain d'une diatribe du président américain contre l'Iran "Etat voyou" et "dictature corrompue".

Au coeur de la crise entre les deux pays, l'accord nucléaire iranien de 2015 signé entre Téhéran et les grandes puissances -dont les Etats-Unis-, que Donald Trump voue aux gémonies et menace de dénoncer dans les prochaines semaines.

Le président américain doit en effet "certifier" d'ici mi-octobre auprès du Congrès que Téhéran respecte bien ses engagements, censés garantir la nature exclusivement pacifique de son programme nucléaire. Une non certification ouvrirait la voie à une réimposition de sanctions déjà levées, ce qui équivaudrait selon certains diplomates européens à "une mort politique" de l'accord.

Le président Trump "n'a pas donné un signal clair qu'il prévoit de se retirer. Ce qui est clair, c'est qu'il n'est pas heureux avec cet accord", a déclaré mercredi l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley sur CBS.

- 50/50 -

Mais l'éventualité inquiète les autres signataires de l'accord, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne. "Nous exhortons sans cesse les Etats-Unis à ne pas le déchirer. Je dois dire que les chances sont peut-être de 50/50", a dit le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson au Guardian.

"Le JCPOA (acronyme de l'accord) est un résultat important du multilatéralisme. C'est un exemple de la façon de résoudre une crise internationale à travers la politique et la diplomatie", a insisté pour sa part à Pékin le porte-parole de la diplomatie chinoise Lu Kang.

La veille, le président français Emmanuel Macron avait vigoureusement défendu devant l'ONU le texte de 2015, le jugeant "utile, essentiel à la paix". Et malgré sa relation amicale avec le président américain, il a ensuite reconnu qu'il ne "comprenait pas" quelle alternative proposait Donald Trump.

Le bras de fer est au menu d'une réunion à New York des pays signataires du texte historique, qui donnera lieu à la première rencontre entre le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif depuis le changement d'administration américaine en janvier.

Les Etats-Unis ne resteront dans l'accord que si des "changements" sont "introduits", car le texte "doit vraiment être revisité", a prévenu mardi Rex Tillerson.

Un retour des sanctions, casus belli pour Téhéran, risque de faire voler en éclats un pacte bâti sur leur levée progressive en échange de l'engagement iranien de ne pas se doter de l'arme atomique.

72e de l'Assemblée générale des Nations unies
72e de l'Assemblée générale des Nations unies ( Kun TIAN / AFP )

Hormis le soutien d'Israël, les Etats-Unis sont isolés, d'autant que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de vérifier le respect des engagements des Iraniens, a sans cesse validé leur attitude depuis la conclusion de l'accord en juillet 2015.

L'Iran défend bec et ongles ce texte et refuse toute renégociation, soutenu en cela par les Européens et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

"L'accord n'appartient pas à un pays ou à un autre, il appartient à la communauté internationale", avait déclaré en début de semaine la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

- Pyongyang 'observe de près' -

Pour tenter de le sauver, la France a mis sur la table la possibilité d'apporter un "complément" pour l'après-2025, date à laquelle tomberont certaines restrictions imposées par l'accord. Les Américains pensent en effet que "le défaut le plus flagrant" du texte est qu'il "ne fait que remettre le problème à plus tard", selon Rex Tillerson.

Les Européens essayent aussi de convaincre Washington de ne pas mélanger la politique nucléaire iranienne avec ses autres griefs à l'égard de l'Iran, comme son programme balistique et la "déstabilisation" de la région (en Syrie, au Liban, au Yémen).

Plusieurs diplomates s'inquiètent en outre des répercussions négatives d'une volte-face américaine sur l'Iran, alors que la communauté internationale espère encore faire revenir Pyongyang à la table des négociations.

Selon Stewart Patrick, chercheur au Council on Foreign Relations, "les Nord-Coréens observent de près comment est traité l'Iran", pour voir "quel serait leur propre sort s'ils devaient un jour accepter de renoncer à leurs armes nucléaires".

Behnam Ben Taleblu, du groupe de pression conservateur Foundation for Defense of Democracies, très critique envers l'accord iranien, pense au contraire qu'une "ligne dure contre Téhéran" renforcerait la "crédibilité des Etats-Unis" et les placerait en position de force lors d'éventuelles futures négociations avec la Corée du Nord.

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