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Le Venezuela plongé dans le noir, le régime dénonce une "guerre de l'électricité"

| AFP | 288 | Aucun vote sur cette news
Vue du quartier Chacao à Caracas lors de la grande panne d'électricité, le 7 mars 2019
Vue du quartier Chacao à Caracas lors de la grande panne d'électricité, le 7 mars 2019 ( Matias DELACROIX / AFP )

Comme une plaie supplémentaire: une gigantesque panne électrique plongeait jeudi soir Caracas et la majeure partie du Venezuela dans le noir complet, attribuée par le gouvernement de Nicolas Maduro au "sabotage" de la principale centrale du pays.

"Nous avons de nouveau été visés par la guerre de l'électricité. Cette fois, ils ont attaqué la centrale hydroélectrique de Guri", la principale du pays dans le sud, a déclaré le ministre de l'Energie électrique, Motta Dominguez.

Sur Twitter, le président Maduro a accusé les Etats-Unis. "La guerre de l'électricité annoncée et dirigée par l'impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chavez. Patriotes, unissez-vous!", a écrit M. Maduro.

Des gens traversent une rue de Caracas pendant la gigantesque panne d'électricité, le 7 mars 2019
Des gens traversent une rue de Caracas pendant la gigantesque panne d'électricité, le 7 mars 2019 ( YURI CORTEZ / AFP )

Pour sa part, Juan Guaido, l'opposant autoproclamé président par intérim et reconnu par une cinquantaine de pays, a attribué la panne à l'incurie du gouvernement de M. Maduro, qu'il considère comme un "usurpateur".

"Plus de six heures sans lumière à Caracas, c'est un record. Chaos, inquiétude, indignation. Cette panne témoigne de l'inefficacité de l'usurpateur. La renaissance du circuit électrique et celle du Pays passent par la fin de l'usurpation", a tweeté M. Guaido.

Le courant a été brusquement coupé dans Caracas à 16h50 heure locale (20h50 GMT) et la panne durait toujours vers 03h40 GMT, affectant tous les quartiers de la capitale et les services comme le métro et les feux de circulation, a constaté l'AFP.

Le match de football de Copa Libertadores prévu au stade Metropolitano entre les clubs vénézuélien du Deportivo Lara et équatorien d'Emelec a dû être suspendu en raison de la panne de courant, le 7 mars 2019 à Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela)
Le match de football de Copa Libertadores prévu au stade Metropolitano entre les clubs vénézuélien du Deportivo Lara et équatorien d'Emelec a dû être suspendu en raison de la panne de courant, le 7 mars 2019 à Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela) ( Ronaldo SCHEMIDT / AFP )

Les lignes téléphoniques et internet ont été également brusquement interrompues ainsi que la distribution de l'eau dans les immeubles, assurée par des pompes électriques.

Les coupures de courant sont habituelles au Venezuela, confrontée à une grave crise économique, voire chroniques dans l'ouest. Mais elles sont plus rares à Caracas, surtout de cette ampleur.

Hormis les bâtiments alimentés par générateur, la ville, considérée comme l'une des plus dangereuses au monde et régulièrement désertée après la tombée du jour, était totalement plongée dans l'obscurité.

"Epuisés"

Selon les habitants de Caracas, obligés pour la plupart de rentrer du travail à pied, provoquant des marées humaines sur les trottoirs, cette panne est l'une des plus importantes subies depuis plusieurs mois.

Deux personnes marchent dans une rue de Caracas pendant la panne de courant, le 7 mars 2019
Deux personnes marchent dans une rue de Caracas pendant la panne de courant, le 7 mars 2019 ( YURI CORTEZ / AFP )

"On est fatigués, épuisés...", a confié à l'AFP Estefania Pacheco, vendeuse dans un quartier du centre et mère de deux enfants, obligée de parcourir à pied 12 km pour regagner son domicile dans l'est de Caracas.

Selon les informations de la presse locale, la panne affectait le Venezuela de part en part, avec des coupures signalées dans la moitié des Etats, de Zulia, Tachira, Merida et Lara dans l'ouest à Miranda, Vargas, Aragua et Carabobo au centre-nord, jusque Cojedes (centre), Monagas et Anzoategui (est), ainsi que l'Etat de Bolivar dans le sud.

"Ils ont saboté la centrale (hydroélectrique de) Guri... C'est une guerre de l'électricité menée contre l'Etat. Nous ne le permettrons pas! Nous sommes en train de travailler pour restaurer le service public", a affirmé sur Twitter la Compagnie nationale d'électricité (publique), Corpoelec.

Guri, dans l'Etat de Bolivar, est l'une des principales centrales électriques d'Amérique latine, avec celle d'Itaipu, entre le Brésil et le Paraguay.

Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication, le 24 février 2019 à Caracas
Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication, le 24 février 2019 à Caracas ( RONALDO SCHEMIDT / AFP/Archives )

"C'est un sabotage qui était prévu pour durer plusieurs jours, mais le courant sera rétabli dans les heures qui viennent", a affirmé le ministre de la Communication Jorge Rodriguez.

S'exprimant à la radio, près de quatre heures après le début de la panne, M. Rodriguez a dénoncé "une action criminelle". "Et à ces criminels, nous le disons: ils ne vont pas s'en sortir comme ça!", a-t-il lancé. Selon lui, il s'agit "d'un sabotage technique effectué directement sur le site de la centrale".

Plan de sécurité

Depuis un an, le président Maduro a demandé aux forces armées d'activer un plan spécial de sécurité pour protéger les installations électriques, mais les pannes continuent.

Des photos postées sur Twitter, jeudi soir, montrant des soldats gardant le site, mettent en doute leur efficacité.

Les experts accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.

Nicolas Maduro (à gauche) et Juan Guaido
Nicolas Maduro (à gauche) et Juan Guaido ( FEDERICO PARRA, Juan BARRETO / AFP/Archives )

Dans les quartiers du nord-ouest de la ville, favorables à l'opposition, les résidents sont sortis aux fenêtres et en voiture pour entamer un bref concert de casseroles et de sifflets, un "cacerolazo" de contestation du gouvernement, alors que le pays est plongé dans une grave crise politique et économique.

Depuis le 23 janvier, le Venezuela compte deux présidents: Nicolas Maduro, qui a entamé un deuxième mandat contesté en raison des accusations de fraude qui pèsent sur sa réélection; et Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale, qui s'est à ce titre proclamé président par intérim et est reconnu par une cinquantaine de pays.

En outre, le PIB s'est effondré de 50% depuis 2014, avec une hyperinflation de 10 millions pour cent et un salaire minimum mensuel de 18.000 bolivars (6 dollars environ) qui permet tout juste d'acheter deux poulets.

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