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Le recruteur présumé de l'EI en Allemagne face à la justice

| AFP | 301 | 3 par 1 internautes
Le prédicateur irakien
Le prédicateur irakien "Abou Walaa", architecte présumé du recrutement du groupe jihadiste État islamique en Allemagne, le 26 septembre 2017 au tribunal de Celle dans le nord de l'Allemagne ( Julian Stratenschulte / dpa/AFP )

Le prédicateur irakien "Abou Walaa" est jugé depuis mardi en tant qu'architecte présumé du recrutement du groupe jihadiste État islamique en Allemagne, un réseau dans lequel aurait notamment gravité l'assaillant du marché de Noël de Berlin.

Ahmad Abdulaziz Abdullah, alias "Abou Walaa", 33 ans, comparaît à Celle, dans le nord du pays, avec quatre complices présumés, Hasan Celenk, un Turc de 51 ans, Boban Simeonovic, un Germano-Serbe de 37 ans, Mahmoud Omeirat, un Allemand de 28 ans et Ahmed Fifes Youssouf, un Camerounais de 27 ans.

Hasan Celenk, un Turc de 51 ans, complice présumé du prédicateur irakien
Hasan Celenk, un Turc de 51 ans, complice présumé du prédicateur irakien "Abou Walaa", le 26 septembre 2017 au tribunal de Celle (nord) ( Julian Stratenschulte / dpa/AFP )

Tous sont accusés d'appartenance à l'EI et de soutien à cette "organisation terroriste étrangère". Ils risquent 10 ans de réclusion criminelle.

Un important dispositif de sécurité quadrillait les environs du tribunal mardi, armes automatiques à la main et équipés de gilets pare-balles. La salle d'audience était aussi sous protection renforcée.

Les débats, appelés à durer au moins jusqu'en février 2018, vont "donner un aperçu détaillé des mécanismes" d'un réseau jihadiste, "ce qui en fait le procès d'islamistes le plus intéressant depuis des années", relève le Spiegel qui a consacré une longue enquête à l'affaire.

Mahmoud Omeirat, un Allemand de 28 ans, complice présumé d'
Mahmoud Omeirat, un Allemand de 28 ans, complice présumé d' "Abou Walaa", architecte présumé du recrutement du groupe jihadiste État islamique en Allemagne, le 26 septembre 2017 au tribunal de Celle (nord) ( Julian Stratenschulte / dpa/AFP )

Pour l'accusation, Abou Walaa a monté dans sa mosquée de Hildesheim une véritable entreprise d'embrigadement pour envoyer en Syrie et en Irak des combattants jihadistes. Au moins huit personnes sont ainsi parties, dont des frères jumeaux allemands qui ont commis un sanglant attentat suicide en Irak en 2015.

Le principal accusé était arrivé en Allemagne comme demandeur d'asile en 2001 et a été arrêté en novembre 2016 après une longue enquête du renseignement intérieur. Ce mari de deux femmes et père de sept enfants, selon le Spiegel, aurait aussi effectué de mystérieux séjours en Irak.

- "Sans visage" -

Très prudent et discret, il était surnommé "le prédicateur sans visage", car ses prêches en ligne, très regardés dans la jihadosphère, ne le montraient jamais de face.

Boban Simeonovic, un Germano-Serbe de 37 ans (devant, G), et Ahmed Fifes Youssouf (D), un Camerounais de 27 ans, complices présumés d'Abou Walaa, le 26 septembre 2017 au tribunal de Celle (nord)
Boban Simeonovic, un Germano-Serbe de 37 ans (devant, G), et Ahmed Fifes Youssouf (D), un Camerounais de 27 ans, complices présumés d'Abou Walaa, le 26 septembre 2017 au tribunal de Celle (nord) ( Julian Stratenschulte / dpa/AFP )

Avec ses complices, sa principale mission était selon l'accusation d'organiser la radicalisation de recrues puis leur voyage vers les territoires de l'EI. Mais il aurait été aussi question dans la mosquée de plans d'attentats.

Parmi les personnes ayant fréquenté le groupe, on retrouve au moins l'un des trois adolescents qui, âgés de 16 ans, ont posé une bombe en avril 2016 dans un temple sikh en Allemagne, blessant trois hommes dont un grièvement. Tous ont été condamnés à des peines de prison ferme en mars 2017.

Mandat de recherche le 21 décembre 2016 du Tunisien Anis Amri, qui a tué 12 personnes en roulant en camion dans la foule du marché de Noël à Berlin
Mandat de recherche le 21 décembre 2016 du Tunisien Anis Amri, qui a tué 12 personnes en roulant en camion dans la foule du marché de Noël à Berlin ( Handout / BKA/AFP/Archives )

Par ailleurs, Anis Amri, le Tunisien responsable de l'attaque au camion bélier du marché de Noël de Berlin (12 morts en décembre 2016), paraît avoir fréquenté ce réseau et eu des contacts avec Boban Simeonovic, un ingénieur en chimie, qui l'aurait accueilli dans une école islamique de Dortmund.

Selon le Spiegel, Amri aurait aussi participé à une marche de survie qui devait préparer les candidats au jihad en Syrie.

Enfin, le demandeur d'asile tunisien, tué dans sa fuite en Italie par la police, a fréquenté aussi une mosquée berlinoise connue pour ses liens avec le jihadisme et où Abou Walaa a eu l'occasion de prêcher. Un contact direct entre les deux hommes n'a cependant jamais été établi.

- Repenti -

L'accusation appuie son dossier pour l'essentiel sur le témoignage d'un informateur du renseignement intérieur allemand qui pendant des mois a récolté indices et éléments de preuves contre le prédicateur irakien. Craignant pour sa vie, ce témoin à charge devrait être exempté de témoigner à l'audience.

Le camion conduit par le Tunisien Anis Amri qui a roulé dans la foule du marché de Noël de Berlin, tuant 12 personnes, est emmené le 20 décembre 2016 du lieu de l'attentat
Le camion conduit par le Tunisien Anis Amri qui a roulé dans la foule du marché de Noël de Berlin, tuant 12 personnes, est emmené le 20 décembre 2016 du lieu de l'attentat ( Odd ANDERSEN / AFP/Archives )

Selon le Spiegel, l'autre informateur clé est un combattant jihadiste désabusé qui, de retour des territoires de l'EI, a accepté de coopérer et de raconter comment le réseau d'Abou Walaa l'a fait partir via Bruxelles et la Turquie.

La nébuleuse jihadiste a connu ces dernières années un essor certain en Allemagne où 10.300 personnes sont classées par les services de renseignement comme islamistes radicaux, contre 3.800 en 2011. Environ 1.300 personnes sont considérées comme susceptibles de basculer dans la violence.

Plusieurs centaines d'entre elles sont jugées "dangereuses" par les autorités, comme l'était Anis Amri. Celui-ci avait néanmoins échappé à la surveillance des policiers, en usant de multiples identités et profitant du manque de coordination des différents services régionaux de police.

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