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Italie: un M. Austérité chez le président, les populistes crient à la trahison

| AFP | 471 | Aucun vote sur cette news
Photo de Carlo Cottarelli prise le 9 octobre 2012 à Tokyo
Photo de Carlo Cottarelli prise le 9 octobre 2012 à Tokyo ( STEPHEN JAFFE / IMF/AFP/Archives )

En plein chaos politique, le président italien Sergio Mattarella recevait lundi Carlo Cottarelli, incarnation de l'austérité budgétaire, pour le charger vraisemblablement de diriger le pays vers de nouvelles élections, après avoir mis son veto dimanche à un gouvernement populiste sans garantie de maintien dans l'euro.

M. Cottarelli, 64 ans, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) surnommé "M. Ciseaux" pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014, est arrivé dans la matinée en train depuis Milan et s'est rendu directement au palais du Quirinal, siège de la présidence.

Actuel directeur de l'Observatoire des comptes publics, il devrait être chargé de former un gouvernement technique qui n'a cependant quasiment aucune chance d'obtenir la confiance du Parlement et devrait voir son rôle limité à préparer les prochaines élections dans la troisième économie de la zone euro.

Dimanche soir, Giuseppe Conte, juriste novice en politique, porté à la tête du gouvernemnent par les chefs du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) Luigi Di Maio et de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini, avait jeté l'éponge face au veto de M. Mattarella sur un ministre des Finances anti-euro.

Les deux alliés avaient refusé de leur côté de transiger: pour eux, Paolo Savona, 81 ans, un économiste d'expérience, défenseur d'un "plan B" pour sortir de l'euro, était le seul en mesure de défendre les intérêts de l'Italie à Bruxelles.

Le président italien Sergio Mattarella le 27 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome
Le président italien Sergio Mattarella le 27 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome ( Vincenzo PINTO / AFP )

La fermeté du président a aussitôt déchaîné la colère des populistes. "Disons-le clairement qu'il est inutile d'aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financiers et bancaires qui les font. Toujours les mêmes", s'est insurgé M. Di Maio.

"L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles", a rugi M. Salvini.

Le président a pourtant tenté de s'expliquer devant la presse: "La désignation du ministre de l’Économie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d'alarme pour les opérateurs économiques et financiers".

Après avoir approuvé en début de matin lundi, les marchés financiers se sont de nouveau tendus: la Bourse de Milan a frôlé les +2% avant de repartir à la baisse, tandis que le spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, a ouvert en recul avant de remonter à 206 points, son niveau de vendredi soir.

Le chef du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) Luigi Di Maio, le 21 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome
Le chef du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) Luigi Di Maio, le 21 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome ( ANDREAS SOLARO / AFP/Archives )

En effet, un éventuel gouvernement Cottarelli sera confonté à la colère du M5S et de la Ligue, majoritaires au Parlement et vent debout contre lui.

M. Salvini a dénoncé "un Monsieur Personne qui représente la finance internationale", et M. Di Maio "un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l'éducation, l'agriculture..."

L'unique mission de M. Cottarelli devrait donc être de mener le pays à de nouvelles élections, dans un climat qui s'annonce électrique.

"Après ce soir, il est vraiment difficile de croire dans les lois et les institutions de l'Etat", a fait valoir M. Di Maio, dont le parti avait obtenu plus de 32% des voix lors des législatives de mars. "D'accord, retournons aux urnes. Mais si j'obtiens 40% et que je reviens au Quirinal avec Savona, cela changera quelque chose ?"

Le chef de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, le 21 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome
Le chef de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, le 21 mai 2018 au Quirinale, le palais présidentiel, à Rome ( ANDREAS SOLARO / AFP )

L'heure était aussi à la colère chez les alliés eurosceptiques de MM. Salvini et Di Maio. La cheffe de l'extrême droite française, Marine Le Pen, a dénoncé "un coup d'Etat" de l'UE en Italie, tandis que Nigel Farage, le croisé du Brexit, a prévenu que la "fureur" des électeurs italiens se traduirait par "davantage de voix" pour les eurosceptiques.

M. Salvini s'est d'ailleurs résolument tourné vers les prochaines élections, en évoquant aussi une possible réforme électorale pour éviter une nouvelle impasse: "Voter servira dix fois plus la prochaine fois. Ce sera un référendum: on gagne ou on meurt".

Le chef de la Ligue est en pleine ascension: après avoir obtenu 17% aux dernières législatives, il est actuellement autour de 22% d'intentions de vote dans les sondages. Mais pour remporter les élections, il devra renouer avec ses alliés de droite, qui ont vivement critiqué le résultat de ses négociations avec le M5S.

Or, Silvio Berlusconi, tout comme le Parti démocrate (centre gauche), se sont rangés du côté de M. Mattarella dimanche soir. "Si Berlusconi vote la confiance à Cottarelli, l'alliance est rompue", a prévenu M. Salvini lundi matin.

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