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Le pape et la douleur de la Colombie

| AFP | 390 | Aucun vote sur cette news
Le pape devant la croix de la réconciliation nationale, le 8 septembre 2017 à Villavicencio, en Colombie
Le pape devant la croix de la réconciliation nationale, le 8 septembre 2017 à Villavicencio, en Colombie ( EFRAIN HERRERA / Présidence colombienne/AFP )

"Je suis Birleyda Ballesteros (...) victime de cinq crimes, et ce n'est pas pour moi un motif d'orgueil, mais rien que d'en parler, je ressens tristesse et douleur".

Vêtue de blanc, soigneusement maquillée, cette Colombienne de 39 ans, qui a difficilement survécu au conflit armé, a parcouru 500 km pour voir le pape François à Villavicencio, où elle a partagé son histoire avec l'AFP.

"Je n'aime pas parler de ce 22 décembre 1992 lorsque trois guérilleros des Farc sont entrés dans le salon de coiffure".

Birleyda Ballesteros vivait à Turbo, localité isolée de l'une des régions les plus violentes de Colombie, dans la région bananière de l'Uraba.

"J'ai cru qu'ils voulaient une coupe", dit-elle, "mais l'un d'eux a fermé la porte et ils m'ont emmenée dans une pièce à l'arrière. Tous les trois ont fait ce qu'ils ont fait. Ils m'ont dit que c'était pour se moquer parce que j'étais une pimbêche, très orgueilleuse".

Le pape salue la foule depuis sa papamobile à son arrivée à Villavicencio, le 8 septembre 2017 en Colombie
Le pape salue la foule depuis sa papamobile à son arrivée à Villavicencio, le 8 septembre 2017 en Colombie ( Luis Acosta / AFP )

Tendue, elle serre les cuisses, se tord les mains, s'interroge: "Pourquoi ont-ils fait ça? Je ne m'en étais pas remise qu'un mois plus tard j'ai dû abandonner le village."

"Je suis la deuxième de cinq enfants, et un commandant des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie, ex-guérilla marxiste), surnommé +Cola e'rata+ (Queue de rat), a voulu recruter mon plus jeune frère, qui avait alors dix ans, Je m'y suis opposée et l'ai affronté."

"Où tu t'en vas ou tu sais ce qui va t'arriver", l'a-t-il menacée.

- Violence sans trêve -

"Ils nous ont tout pris. Avec mon mari William Molina, on est parti à Medellin. Mais la fuite n'est pas synonyme de tranquillité. En septembre 2005, mon frère Veimar a disparu".

"Il avait 25 ans et il était parti travailler à Necocli. Nous avons parlé le 15 septembre, puis je n'ai plus jamais entendu sa voix. Un proche nous a dit que des paramilitaires l'avaient assassiné".

"Parfois, Maman, qui il y a onze ans a fui la guerre au Panama, me demande si j'ai des nouvelles. Dans la rue, à des moments, je crois le voir".

Birleyda Ballesteros est ensuite partie à Apartado, où elle a dirigé des associations de victimes de plus d'un demi-siècle de cette guerre fratricide.

Mais la violence l'a rattrapée. "Mon mari est resté à Medellin. Dans les quartiers populaires vivaient beaucoup d'ex-guérilleros de l'EPL. Ils ont voulu forcer William, le père de nos trois enfants Ferney (23 ans), Eva (20) et Nicole (12), à travailler pour eux. Il a refusé. Je lui disais de venir à Apartado, mais les balles ne lui en ont pas laissé le temps".

Il avait 39 ans. Il a été assassiné par d'ex-combattants de l'Armée populaire de libération (EPL), guérilla maoïste qui opérait dans l'Uraba jusqu'à sa démobilisation en 1991. Beaucoup d'entre eux ont fini dans les rangs de milices paramilitaires d'extrême droite.

"Certains jours, je ne peux rester seule à la maison parce que les souvenirs me torturent. La nuit, je dors avec la télévision allumée."

- Penser aux enfants -

Cette survivante du conflit est aujourd'hui coordinatrice des victimes du département d'Antioquia, où se trouve l'Uraba et dont Medellin est le chef-lieu.

"J'ai soutenu l'accord de paix entre le gouvernement et les Farc. Je ne veux pas que d'autres vivent ce que j'ai vécu".

La militante des droits humains regarde vers l'avenir. "Nous devons penser à nos enfants, qui naissent violents. Dans l'Uraba, il y a des tas de bandes, des jeunes armés de machettes qui ne sentent aucun amour pour l'autre".

Birleyda Ballesteros a reçu vendredi la bénédiction du pape. Mais elle était déjà prête à parler avec "ceux qui nous ont fait du mal pour qu'ils nous disent la vérité et nous demandent pardon de tout coeur".

"Je serais disposée à travailler avec ceux qui ont été violents, qui sont les responsables de cette destruction, mais qu'ils sachent que s'ils ont fait des dégâts, c'est à eux de reconstruire".

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