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Le magazine Un Garçon Coquin bouscule la "masculinité" nigériane

| AFP | 243 | 3 par 1 internautes
Richard Akuson, le rédacteur en chef du magazine A Nasty Boy (Un garçon coquin), à Lagos, le 22 août 2017
Richard Akuson, le rédacteur en chef du magazine A Nasty Boy (Un garçon coquin), à Lagos, le 22 août 2017 ( EMMANUEL AREWA / AFP/Archives )

Attention aux apparences, A Nasty Boy (Un garçon coquin) n'est pas un magazine gay: au Nigeria, où l'homosexualité est passible de 14 années de prison, photographier des hommes en robe, cela s'appelle "interroger la masculinité".

Richard Akuson, qui a lancé en février ce magazine en ligne, n'a que 23 ans mais son assurance et son impertinence lui valent déjà une célébrité qui ne cesse de croître au fil des mois.

Tout a démarré avec un mini-short moulant. "Un jour, je me suis lancé le défi de me promener toute une journée dans les rues d'Abuja (la capitale fédérale, ndlr) en short en soie", raconte-t-il à l'AFP. "Les gens me dévisageaient, m'insultaient ouvertement. Ça a été une expérience assez douloureuse."

Un mannequin pose pour le magazine A Nasty Boy dans un hôtel de Lagos, le 22 août 2017
Un mannequin pose pour le magazine A Nasty Boy dans un hôtel de Lagos, le 22 août 2017 ( EMMANUEL AREWA / AFP )

Il décide alors de raconter son expérience sur Bella Naija, le magazine people numéro 1 du Nigeria, où il travaille à l'époque comme rédacteur en chef mode.

Son post "Pourquoi j'ai décidé de me promener dans Abuja en mini-short moulant" fait mouche: les commentaires affluent, tantôt pour tenter de le ramener à la raison, tantôt pour le féliciter de sa prouesse provocatrice...

"Vu les réactions, je me suis dit qu'il y avait un vrai débat à engager pour interroger notre masculinité", explique Richard.

"L'homme nigérian doit sans cesse protéger ce que notre société définit comme la masculinité: ne pas pleurer, avoir un très, très gros ego, peu de compassion et beaucoup d'argent. Paradoxalement, je pense que c'est ce qui rend (les hommes ici) très fragiles et si durs avec les autres", lance-t-il, satisfait de ne plus faire partie de la majorité.

- Androgynes -

Aujourd'hui, "Richie" a organisé une séance photo dans un hôtel un peu reculé de Lagos, la mégalopole économique et culturelle d'Afrique de l'Ouest.

Séance photo pour le magazine dans un hôtel un peu reculé de Lagos, le 22 août 2017
Séance photo pour le magazine dans un hôtel un peu reculé de Lagos, le 22 août 2017 ( EMMANUEL AREWA / AFP )

Dans une chambre au papier peint fleuri, il distribue aux mannequins les tenues sélectionnées. Avec ses quatre modèles androgynes, deux femmes et deux hommes, le rédacteur en chef veut "transgresser les genres".

"Abstrakt, ça te va de porter une robe ?"

Abstrakt, 21 ans, n'aime pas rentrer dans des cases. Sur son T-shirt, il est même écrit "A dire vrai, je ne suis pas normal". Il se décrit comme "musicien, mannequin et taré" sur son compte Instagram.

Des mannequins lors d'une séance photo dans un hôtel de Lagos, le 22 août 2017
Des mannequins lors d'une séance photo dans un hôtel de Lagos, le 22 août 2017 ( EMMANUEL AREWA / AFP )

Mais, tout de même, l'idée de porter une jupe ne semble pas l'emballer.

Il s'exécute pourtant, "pour la mode", dit-il, qui explose à Lagos depuis quelques années. Et pour mettre un grand coup de pied dans la fourmilière des conventions.

"Et toi... tu mettras cette veste de costume d'homme", lance Richie à une jolie jeune fille au visage fin et aux longues nattes qui lui recouvrent le dos. Pas de soutien-gorge, pas de pantalon, la veste en velours vert bouteille d'un célèbre designer nigérian lui tombe en bas du dos, sur un collant opaque.

- Controverse -

"J'adore la controverse, j'ai toujours été rebelle", explique Ajoke Animashaun, étudiante en droit et mannequin entre deux cours. "Au Nigeria, on est trop conservateur. Les filles doivent être toujours bien habillées, avoir toujours les ongles faits... eh bien, pas moi!", s'amuse-t-elle en montrant ses mains unicolores.

Si l'absence de manucure peut passer pour un détail, à Lagos, c'est un acte féministe quasiment révolutionnaire.

Les photos publiées dans le magazine en ligne - qui deviendra un magazine papier dans quelques mois - sont pour le moins déroutantes dans un pays où tout ce qui touche à l'homosexualité, à la bisexualité ou au mélange des genres est vu comme une abomination religieuse.

Le jeune Wole Lawal, mannequin professionnel
Le jeune Wole Lawal, mannequin professionnel ( EMMANUEL AREWA / AFP )

Des hommes maquillés posent sur une plage de Lagos, le regard transpirant de sensualité. Dans un autre article, des hommes en perruque afro, juchés sur des talons hauts, soulèvent leur mini-jupe en jean.

Les photos sont certes provocatrices, mais jamais vulgaires, et leur qualité d'exécution ferait pâlir les plus grands magazines de mode de Paris ou de New York.

Le jeune Wole Lawal, mannequin professionnel au visage recouvert de paillettes, a troqué ses bottines en cuir achetées à Londres pour un pantalon large multicolore. Comme Fela Kuti, le roi de l'afro-beat nigérian, il est torse nu "les tétons à l'air... climatisé", s'amuse-t-il.

"Nasty Boy donne l'occasion de montrer une autre facette de ce que nous sommes", confie ce top modèle de 22 ans à la voix grave. "Ça nous permet aussi d'imaginer pendant un moment ce que ça fait d'être une femme. Et, je dois dire... ça n'a vraiment pas l'air facile."

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