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La photo de classe, un rituel toujours vivace

| AFP | 267 | Aucun vote sur cette news
Une photo de classe prise dans un lycée de filles à Paris en 1890 est exposée au musée national de l'Education à Rouen
Une photo de classe prise dans un lycée de filles à Paris en 1890 est exposée au musée national de l'Education à Rouen ( HO / MUSEE NATIONAL DE L'EDUCATION/AFP )

Comme chaque automne, la quasi totalité des 12 millions d'élèves français vont poser pour la photo de classe. Un rituel né il y a 150 ans mais toujours vivace, auquel restent très attachés parents et enfants.

"C'est un objet très symbolique, à mi-chemin entre l'école, que la photo représente, et la sphère privée, car ces images sont très souvent conservées, voire transmises au sein d'une famille", explique Delphine Campagnolle, directrice du musée national de l'Education, à Rouen, qui organise jusqu'à fin décembre une exposition autour de ce thème.

Elle apparait très vite après l'invention de la photographie (1839) et se répand au sein des institutions religieuses, des lycées prestigieux puis accompagne l'essor de l'école de la IIIe République à partir des années 1870.

La photo de classe est alors un instrument de communication, explique Sylvain Wagnon, historien de l'éducation à l'université de Montpellier. Les premières photos ne sont pas tant pour les parents que pour les établissements, qui les conservent précieusement et les exposent, afin de montrer aux familles le sérieux de leurs professeurs et de leurs infrastructures (salles de sciences, réfectoire etc.).

Photo de classe d'une école communale à Paris en 1890, exposée au musée national de l'Ecuation à Rouen
Photo de classe d'une école communale à Paris en 1890, exposée au musée national de l'Ecuation à Rouen ( HO / MUSEE NATIONAL DE L'EDUCATION/AFP )

L'école publique de Jules Ferry se met aussi en scène. Enfants sagement alignés, instituteur ou institutrice vêtu sobrement au milieu du groupe d'élèves, cette photo de classe veut transmettre jusqu'aux tréfonds des campagnes l'excellence de l'école républicaine et laïque. L'école libre, elle, valorise les symboles religieux.

Les photographies sont souvent prises devant l'établissement. Et vendues comme cartes postales que les habitants des villages ou voyageurs de passage peuvent acheter. L'école est alors un monument, "un palais du savoir", rappelle Sylvain Wagnon.

Certains photographes s'efforcent de sortir du cadre contraint de la photo de classe. Et mettent en scène de véritables tableaux vivants, avec des pyramides de garçons en tenue sportive ou de jeunes enfants émergeant de buissons de fleurs devant l'école.

- Un vent de liberté -

La photo de classe traduit ensuite les bouleversements apportés par mai 68. La mixité existait depuis longtemps pour les petites classes à la campagne, mais elle se généralise à tous les âges à partir des années 70. Les blouses disparaissent et laissent place aux vêtements de couleurs pop propres à cette décennie.

Le photographe entre dans la classe car l'école veut alors valoriser les temps d'apprentissage et montrer aux familles les nouvelles approches pédagogiques, qui s'éloignent du face-à-face traditionnel entre maître et élèves, indique Mme Campagnolle.

Photo fournie par le musée national de l'Education à Rouen d'élèves posant à l'école militaire des Andelys en 1929,
Photo fournie par le musée national de l'Education à Rouen d'élèves posant à l'école militaire des Andelys en 1929, ( HO / MUSEE NATIONAL DE L'EDUCATION/AFP )

Un vent de liberté souffle chez les plus grands. Les adolescents rigolent, s'enlacent, voire adoptent la position du lotus (une photo du lycée public de Rouen Pierre-de-Corneille) ou affublent leur professeur d'oreilles de lapin (lycée privé Saint-Jean-de-Béthune à Versailles).

Et aujourd'hui, alors que les smartphones permettent à quiconque de multiplier les selfies ou les photos de proches, les familles restent attachées à la photo de classe.

"Je les prends chaque année, mes enfants inscrivent le nom des élèves au dos et je colle les photos dans un album, un pour chacun", raconte Agnès Le Boudec, mère de quatre enfants, qui conserve ainsi "une trace de leurs années d'école". "Ils aiment les regarder, revoir des camarades de leurs premières années, et ils adorent feuilleter mes propres photos de classe!".

Photo de classe de l'école Saint-Paul à Angoulême en 1933
Photo de classe de l'école Saint-Paul à Angoulême en 1933 ( HO / MUSEE NATIONAL DE L'EDUCATION/AFP )

Paul, 15 ans, en Seconde dans un lycée parisien, explique ce qui fait la spécificité de la photo de classe: "elle est prise dans la cour d'honneur du lycée, le plus bel endroit" de l'établissement, et "elle rassemble toute la classe".

Depuis une dizaine d'années, les plus grands posent pour deux photos: la "sérieuse" et la "fun". Pour cette dernière, les élèves portent un accessoire sur lequel ils se sont mis d'accord (lunettes de piscine, chapeau etc.), voire se déguisent.

Pour montrer que "les années d'école sont aussi de bons moments passés avec les copains", selon Sylvain Wagnon.

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