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Ryad admet que Khashoggi a été tué dans son consulat d'Istanbul, aucune trace du corps

| AFP | 501 | 4.50 par 2 internautes
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014 à Manama, à Bahreïn
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014 à Manama, à Bahreïn ( MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP/Archives )

L'Arabie saoudite a admis samedi, 17 jours après la disparition de Jamal Khashoggi, que le journaliste saoudien avait été tué à l'intérieur du consulat du royaume à Istanbul, sans toutefois révéler d'informations permettant de localiser son corps.

Estimant que beaucoup de questions restaient sans réponse, Berlin, Londres, Paris et l'ONU, mais aussi des ONG, ont appelé à une enquête approfondie permettant de faire toute la lumière sur cette affaire qui a suscité une onde de choc mondiale et terni l'image de Ryad.

Dans le même temps, les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant notamment une vaste forêt proche d'Istanbul, et Ankara a annoncé qu'elle allait "tout" révéler sur le sort du journaliste.

La confirmation de sa mort a été relayée peu avant l'aube par l'agence de presse officielle saoudienne SPA, qui a évoqué, citant le parquet, une "rixe" au consulat du royaume à Istanbul.

"Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l'ont reçu au consulat ont débouché sur une bagarre et sur une rixe à coups de poing (...), ce qui a conduit à sa mort", a indiqué dans un communiqué le procureur général Saoud al-Mojeb. Il n'a pas précisé où se trouvait le corps de M. Khashoggi.

Des manifestants portant des masques de Donald Trump et du prince saoudien Mohammed ben Salmane rassemblés devant la Maison Blanche pour demander justice dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 19 octobre 2018 à Washington
Des manifestants portant des masques de Donald Trump et du prince saoudien Mohammed ben Salmane rassemblés devant la Maison Blanche pour demander justice dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 19 octobre 2018 à Washington ( Jim WATSON / AFP )

Deux hauts responsables ont été limogés et 18 suspects ont été arrêtés, tous Saoudiens, a précisé le parquet.

Jusqu'ici, Ryad affirmait que M. Khashoggi, qui était entré le 2 octobre au consulat d'Istanbul pour des démarches administratives, en était ressorti, qualifiant de "sans fondement" des accusations de responsables turcs selon lesquelles le journaliste avait été tué au consulat.

- Explications "insuffisantes" -

En confirmant la mort de M. Khashoggi, l'Arabie saoudite, dont l'image a terriblement souffert, a annoncé la destitution d'un haut responsable du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, et celle d'un important conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani, deux proches collaborateurs du jeune et puissant prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé MBS.

Un policier turc procède à une fouille du consulat saoudien à Istanbul, le 15 octobre 2018
Un policier turc procède à une fouille du consulat saoudien à Istanbul, le 15 octobre 2018 ( Bulent KILIC / AFP/Archives )

Renvoyer ces deux hommes "c'est aller aussi près de MBS qu'il est possible d'aller", a relevé l'expert Kristian Ulrichsen, du Baker Institute de l'université de Rice, aux Etats-Unis.

"Si (la révélation) au goutte à goutte de détails supplémentaires (sur la mort de M. Khashoggi) continue, il n'y aura plus rien pour protéger MBS", a-t-il ajouté.

Une forêt proche d'Istanbul, où les enquêteurs turcs ont poursuivi des recherches, le 19 octobre 2018
Une forêt proche d'Istanbul, où les enquêteurs turcs ont poursuivi des recherches, le 19 octobre 2018 ( OZAN KOSE / AFP )

Critique envers MBS, M. Khashoggi vivait en exil depuis 2017 aux Etats-Unis où il collaborait notamment avec le Washington Post.

A un journaliste qui demandait au président américain Donald Trump, grand allié de l'Arabie saoudite, s'il jugeait "crédible" la version annoncée par Ryad samedi, ce dernier a répondu: "Oui, oui".

"Encore une fois, il est tôt, nous n'avons pas fini notre évaluation, ou enquête, mais je pense qu'il s'agit d'un pas très important", a-t-il affirmé.

Mais pour la chancelière allemande Angela Merkel, les explications de Ryad sont "insuffisantes" et les "raisons de fond" derrière la mort du journaliste doivent être dévoilées.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a lui aussi estimé que "de nombreuses questions restent (..) sans réponse", demandant dans un communiqué "une enquête exhaustive et diligente pour établir l'ensemble des responsabilités".

Un peu plus tôt, le ministère britannique des Affaires étrangères avait, lui, appelé à ce que les "personnes responsables de cet acte horrible soient jugées".

- "Dissimulation saoudienne" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est déclaré "profondément troublé" après l'annonce saoudienne, soulignant "la nécessité d'une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances du décès".

Les conclusions saoudiennes ne sont "pas dignes de confiance", a pour sa part indiqué Amnesty International dans un communiqué. Selon l'ONG, une enquête indépendante "sera la seule garantie contre ce qui apparaît de plus en plus comme une dissimulation saoudienne des circonstances de l'assassinat de Khashoggi".

Demande également réitérée par Reporters sans frontières (RSF), qui a appelé à maintenir la "pression" sur Ryad.

Un groupe de journalistes basé à Istanbul, dont Jamal Khashoggi faisait partie, a réclamé la condamnation des "vrais responsables".

"Nous demandons que non seulement ces 18 hommes (suspects arrêtés), mais aussi ceux qui leur ont donné les ordres soient punis", a déclaré Turan Kislakci, chef de l'association turco-arabe des médias (TAM).

La presse turque a publié ces derniers jours de nouvelles révélations accablantes pour les Saoudiens, selon lesquelles Jamal Khashoggi a été torturé et assassiné dans le consulat dès le jour de sa disparition.

Dans une interview posthume diffusée par le magazine Newsweek, Khashoggi affirmait ne pas appeler au renversement du pouvoir saoudien, "parce que ce n'est pas possible", mais simplement souhaiter "une réforme du régime".

Il dénonçait le style "autoritaire" du prince héritier, affirmant qu'en dépit de ses réformes, il dirigeait le royaume comme son grand-père. "C'est un leader tribal démodé", avait-il dit.

mah-ac-burs/plh-ras/mer/all

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