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Besançon: l'anesthésiste laissé libre sous contrôle judiciaire, le parquet fait appel

| AFP | 862 | 3 par 2 internautes
Le docteur Frédéric Péchier, à Besançon, le 29 mars 2017
Le docteur Frédéric Péchier, à Besançon, le 29 mars 2017 ( SEBASTIEN BOZON / AFP/Archives )

L'anesthésiste Frédéric Péchier, mis en examen pour 17 nouveaux cas d'empoisonnements de patients, a été laissé libre sous contrôle judiciaire dans la nuit de jeudi à vendredi, mais le parquet de Besançon va faire appel de cette décision.

Après plusieurs heures d'audience à huis clos, la juge des libertés et de la détention (JLD) a laissé le médecin de 47 ans repartir libre sous contrôle judiciaire, alors que le parquet avait réclamé son placement en détention provisoire.

"C'est une décision juste et opportune", a réagi auprès de l'AFP Me Randall Schwerdorffer, l'un des avocats de l'anesthésiste, désormais mis en examen pour 24 cas d'empoisonnements sur personnes vulnérables, dont neuf mortels.

Déjà interdit de pratiquer sa profession depuis sa précédente mise en examen en 2017, le médecin a désormais également interdiction de se rendre à Besançon et dans la commune voisine où il réside.

"Le parquet va bien évidemment faire appel de cette décision dès aujourd'hui" (vendredi), a indiqué à l'AFP le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux. Il sera examiné "dans un délai de 15 jours", a-t-il précisé.

"Ascenseur émotionnel"

Pour les victimes, "qui vivent depuis deux ans un véritable ascenseur émotionnel", le maintien en liberté "est assez incompréhensible", avait déclaré un peu plus tôt Me Frédéric Berna, avocat de parties civiles, qui avait dit "espérer" un appel.

Les avocats de l'anesthésiste Frédéric Péchier, Me Jean-Yves Le Borgne (d) et Me Randall Schwerdorffer, le 16 mai 2019 au tribunal de Besançon
Les avocats de l'anesthésiste Frédéric Péchier, Me Jean-Yves Le Borgne (d) et Me Randall Schwerdorffer, le 16 mai 2019 au tribunal de Besançon ( SEBASTIEN BOZON / AFP )

Mis en examen en 2017 pour sept premiers cas d'empoisonnement -- dont deux mortels -- et laissé libre sous contrôle judiciaire, M. Péchier est soupçonné d'"empoisonnement sur personnes vulnérables" sur 17 autres personnes, dont 7 sont décédées.

En début de soirée, vêtu d'un jean et d'une doudoune orange sans manche, il était arrivé à l'audience devant la JLD l'air fatigué et hirsute, selon une journaliste de l'AFP. Son épouse, ses deux filles et ses parents étaient présents au début de l'audience, avant que le huis clos ne soit prononcé.

Il avait été déféré au tribunal de Besançon jeudi matin, après 48 heures de garde à vue. Selon M. Manteaux, l'anesthésiste a reconnu à la fin de son interrogatoire que "des actes criminels, des empoisonnements, ont bien été commis à la clinique Saint-Vincent" mais il a nié en être l'auteur.

"Je n'ai à aucun moment vu (dans le dossier) qu'il y ait eu une quelconque reconnaissance d'empoisonnement par le Dr Péchier", avait réagi Me Jean-Yves Le Borgne, l'un de ses avocats.

Pour le procureur au contraire, le médecin est "apparu comme le dénominateur commun" des événements indésirables graves (EIG) relevés par le corps médical entre 2008 et 2016.

Le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux, lors d'une conférence de presse après le procès de l'anesthésiste Frédéric Péchier, le 16 mai 2019
Le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux, lors d'une conférence de presse après le procès de l'anesthésiste Frédéric Péchier, le 16 mai 2019 ( SEBASTIEN BOZON / AFP )

Les 17 nouveaux cas d'empoisonnements présumés, retenus parmi 66 EIG suspects signalés, concernent des patients âgés de 4 à 80 ans.

Ces patients opérés pour des interventions mineures ont pour la plupart fait des arrêts cardiaques lors des opérations.

Le mode opératoire, selon le procureur, consistait "à polluer des poches de soluté de réhydratation ou des poches de paracétamol avec des anesthésiques locaux ou du potassium".

"Éléments concordants"

Le Dr Péchier n'a jamais été pris sur le fait mais il est au coeur d'"un faisceau d'éléments concordants", a assuré le magistrat. Selon lui, ces EIG s'inscrivaient "dans un contexte de conflit aigu avec ses collègues anesthésistes ou chirurgiens" de la clinique Saint-Vincent de Besançon.

L'anesthésiste "se trouvait le plus souvent à proximité immédiate de la salle opératoire", a-t-il relevé, posant des "diagnostics précoces" lorsque "rien ne permettait à ce stade de suspecter un surdosage en potassium ou aux anesthésiques locaux".

De son côté, Me Le Borgne a fustigé "une sorte d'emballement judiciaire", estimant que "les éléments d'enquête ne prouvent (...) rien".

Cette nouvelle mise en examen intervient après une enquête préliminaire de deux ans, pour les besoins de laquelle quatre corps ont été exhumés en 2018.

Avocat des parents de la plus jeune victime présumée, un enfant de quatre ans en 2016, opéré des amygdales et qui a survécu à deux arrêts cardiaques, Me Jean-Michel Vernier a évoqué leur "colère" et leur intention de se porter partie civile.

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