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Kaboul: le sang et la colère dans la mosquée visée par l'EI

| AFP | 598 | Aucun vote sur cette news
Un Afghan à l'intérieur d'une mosquée chiite après un attentat meurtrier, le 21 octobre 2017 à Kaboul
Un Afghan à l'intérieur d'une mosquée chiite après un attentat meurtrier, le 21 octobre 2017 à Kaboul ( WAKIL KOHSAR / AFP )

Devant la mosquée chiite de l'ouest de Kaboul dévastée vendredi soir par un attentat du groupe jihadiste Etat islamique qui a provoqué la mort d'au moins 56 fidèles en prière, les habitants et les proches viennent aux nouvelles samedi et une nouvelle fois condamnent l’impéritie du gouvernement afghan.

Le lieu reste empreint d'une forte odeur de sang séché et de corps déchiquetés. Les murs maculés sont éclaboussés de sang jusqu'à plus de deux mètres de hauteur, les vitres brisées, les tapis rouges jonchés d'éclats, de vêtements, de chaussures.

Cinquante-cinq personnes au moins ont été blessées dans cette opération revendiquée samedi matin par l'EI qui précise, s'il en était besoin, que l'assaillant, un "Turkmène", a "fait exploser sa ceinture au milieu de la foule".

Attentat-suicide à Kaboul
Attentat-suicide à Kaboul ( Simon MALFATTO / AFP )

L'homme, qui a pu entrer déguisé en femme, selon un responsable de quartier, a d'abord ouvert le feu sur l'assemblée avant de se faire exploser, quand la prière du soir touchait à sa fin. Selon un témoin direct de la scène, "il portait des grenades tout autour de la taille".

D'autres grenades, qui n'ont pas explosé, ont d'ailleurs été retrouvées au sol parmi les débris et les effets éparpillés de ses victimes, a relevé le photographe de l'AFP.

"Que fait notre gouvernement? On continue de nous attaquer à l'intérieur de nos mosquées, combien de temps encore devrons-nous le supporter?", demande un commerçant riverain, Rasool, étranglé par l'émotion. "On n'en peut plus de vivre ici, même dans les lieux sacrés on n'est pas en sécurité".

Des Afghans pleurent à l'intérieur d'une mosquée chiite visée par un attentat, le 21 octobre 2017 à Kaboul
Des Afghans pleurent à l'intérieur d'une mosquée chiite visée par un attentat, le 21 octobre 2017 à Kaboul ( WAKIL KOHSAR / AFP )

Ibrahim, un représentant de la communauté de Dasht-e-Barchi, quartier majoritairement chiite de l'ouest de la capitale, assure avoir compté "42 corps" quand il est arrivé sur les lieux.

- Pas de fouilles côté femmes -

"C'était un chaos complet, les gens étaient paniqués. Je ne peux pas dire le nombre des blessés car ils étaient évacués en ambulances, en voitures privées et camions de la police. Mais parmi les morts, j'ai vu quatre femmes et six enfants", détaille-t-il.

Pourtant, affirme-t-il, "la sécurité était importante à l'entrée de la mosquée. Tous les hommes ont été fouillés".

"Le terroriste a pu se dissimuler sous un long voile de femme pour se glisser dans la foule" avance-t-il. "Nous n'avons pas de fouilles côté femmes, alors que du côté des hommes il aurait été identifié et abattu, ou arrêté; car nous connaissons tout le monde dans le quartier".

Des Afghans à l'intérieur d'une mosquée chiite après un attentat meurtrier, le 21 octobre 2017 à Kaboul
Des Afghans à l'intérieur d'une mosquée chiite après un attentat meurtrier, le 21 octobre 2017 à Kaboul ( WAKIL KOHSAR / AFP )

L'homme est en colère: "à quoi sert-elle, la police, une fois que l'explosion a eu lieu? C'est avant qu'il faut prendre des mesures de sécurité. On est sans arrêt victimes de ces attentats", dénonce-t-il. Selon lui - et d'autres témoins rencontrés par l'AFP - la police est arrivée sur place plus d'une heure après les faits.

Depuis juillet 2016, la minorité chiite d’Afghanistan a été régulièrement frappée, à Kaboul, Herat (ouest) et Mazar-i-Sharif (nord) par l'EI, groupe extrémiste sunnite apparu en 2015 dans l'est du pays et qui considère le chiisme comme une hérésie.

Ces attaques en série, particulièrement au moment des grandes célébrations, avaient conduit les autorités, de concert avec les dirigeants religieux, à renforcer la protection des mosquées chiites pendant les célébrations de l'Achoura, au début du mois.

Des civils, armés, sont chargés d'assister les forces de police pour bloquer toute intrusion suspecte à distance des lieux de prière.

"Nous avons subi de nombreuses pertes en vies précieuses dans cette série d'attaques contre les chiites. Si notre gouvernement est incapable de nous protéger, qu'il démissionne", lance l'homme, témoin direct du carnage revenu sur les lieux. "Qu'il laisse d'autres responsables plus compétents prendre sa place".

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