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Jérusalem: Trump met ses alliés arabes dans l'embarras

| AFP | 157 | 5 par 1 internautes
Photo obtenue auprès du palais royal saoudien montrant le roi Salmane, les présidents américain Donald Trump et égyptien Abdel Fattah Al Sissi, ainsi que la Première dame des Etats-Unis Melania Trump, le 21 mai 2017 à Ryad
Photo obtenue auprès du palais royal saoudien montrant le roi Salmane, les présidents américain Donald Trump et égyptien Abdel Fattah Al Sissi, ainsi que la Première dame des Etats-Unis Melania Trump, le 21 mai 2017 à Ryad ( BANDAR AL-JALOUD / Saudi Royal Palace/AFP/Archives )

Les alliés arabes de Washington sont tiraillés entre leur puissant partenaire et une opinion publique hostile à Israël, après la reconnaissance mercredi de Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu par le président américain Donald Trump.

L'Egypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie, alliés clé des Etats-Unis dans la région, qui ont établi des liens géopolitiques ou de dépendance financière vis-à-vis de Washington, se retrouvent aujourd'hui dans une position délicate.

Outre les condamnations, réprobations ou mises en garde d'usage, il est cependant peu envisageable, selon les experts, que ces pays bousculent leur alliance avec les Américains.

"La décision (de M. Trump) représente un embarras sérieux pour les régimes alliés à Washington, surtout parce qu'il est peu probable qu'ils aillent plus loin dans leur opposition à la position américaine", a déclaré à l'AFP Oraib Al Rantawi, directeur du Centre Al-Quds pour les études politiques à Amman.

- Perte de légitimité -

L'initiative américaine porte pourtant un rude coup, notamment à la Jordanie, gardienne des lieux saints de Jérusalem depuis près d'un siècle et qui a signé un accord de paix avec Israël en 1994.

Photo montrant notamment le président américain avec le roi saoudien Salmane, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et le roi jordanien Abdallah II, le 21 mai 2017 à Ryad
Photo montrant notamment le président américain avec le roi saoudien Salmane, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et le roi jordanien Abdallah II, le 21 mai 2017 à Ryad ( MANDEL NGAN / AFP/Archives )

En soutenant "les politiques de judaïsation, de colonisation", Washington touche à "ce que l'on peut qualifier de légitimité religieuse du régime jordanien" sur Jérusalem, explique M. Al Rantawi.

Amman n'a toutefois pas choisi de réagir de façon trop virulente mercredi, même si elle a qualifié la décision américaine de "violation du droit international".

L'Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de La Mecque et Médine, ne peut non plus rester indifférente au sort de Jérusalem, troisième lieu saint de l'islam.

Selon Giorgio Cafiero, PDG de Gulf State Analytics, cabinet de conseil en gestion des risques basé à Washington, Ryad souhaite même un rapprochement avec Israël basé sur une opposition commune à l'influence régionale de l'Iran. Mais pas à n'importe quel prix.

Les Saoudiens "tiennent à éviter toute action ou inaction (...) qui offre au régime iranien plus de vigueur à son récit selon lequel Téhéran, et non Ryad, est la capitale du Moyen-Orient la plus engagée" dans la défense des Palestiniens, estime M. Cafiero.

Ryad a condamné mercredi la décision de M. Trump en la jugeant "injustifiée et irresponsable".

- 'Caution arabe' -

Mais, dans les coulisses, le prince héritier Mohamed ben Salmane entretient d'excellentes relations avec le gendre du président Trump, Jared Kushner, chargé de trouver une issue au conflit, affirme James Dorsey, expert en politique du Moyen-Orient à l'Université de Wurzburg.

"Dans ce scénario, l'Arabie saoudite assurerait une caution arabe pour un plan de paix mis en avant par M. Kushner", estime l'expert.

"Sur le plan officiel", il ne faut donc "pas s'attendre à de changements importants" dans les relations entre Washington et ses alliés, ajoute Mohamed Kamel el-Sayed, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire.

La décision de l'administration Trump va en revanche nourrir davantage "la haine des populations à l'égard de la politique américaine dans la région", prévient-il.

Et ce alors que "les populations ne sont pas satisfaites des pouvoirs en place en Egypte, en Arabie Saoudite ou en Jordanie", souligne Said Okasha, analyste au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, au Caire.

En Egypte, premier pays arabe a avoir signé la paix avec Israël en 1979, la population reste majoritairement hostile à l'Etat hébreu.

Dans un pays qui a connu la destitution de deux présidents depuis 2011 et se trouve en proie à une crise économique aiguë, tout facteur d'instabilité potentiel est regardé de près par Abdel Fattah Al-Sissi, qui tient le pays d'une main de fer.

Mais l'aide militaire américaine, qui atteint 1,3 milliards de dollars par an, est dans le même temps jugée cruciale par le régime sécuritaire de M. Sissi.

D'où la réaction prudente du Caire, qui a estimé mardi que le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem risquait de "compliquer" la situation.

Les observateurs de la vie politique arabe craignent que cette passivité des régimes arabes ne profite aux forces d'opposition interne, notamment les islamistes qui évoquent souvent la cause palestinienne au moment de dénoncer les régimes en place.

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