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Le Kurdistan irakien prêt à geler les résultats du référendum d'indépendance

| AFP | 250 | Aucun vote sur cette news
Le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani (D) lors d'une réunion à Kirkouk le 12 septembre 2017
Le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani (D) lors d'une réunion à Kirkouk le 12 septembre 2017 ( MARWAN IBRAHIM / AFP/Archives )

Le Kurdistan irakien a proposé mercredi de geler les résultats de son référendum d'indépendance, un pas en arrière pour tenter de sortir d'une crise avec Bagdad dans laquelle il a déjà beaucoup perdu.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, en visite à Ankara, n'a pas commenté cette initiative mais de nouveau dénoncé une consultation tenue "de façon unilatérale et sans aucune considération pour le reste de l'Irak".

Cependant, le porte-parole des unités paramilitaires du Hachd al-Chaabi, qui épaulent l'armée irakienne tant face au groupe Etat islamique (EI) que face aux combattants kurdes (peshmergas), a rejeté sèchement cette proposition.

Il y a un mois jour pour jour, cette région autonome dans le nord de l'Irak organisait en grande pompe une consultation populaire et le "oui" l'emportait massivement dans l'euphorie. Aussitôt éclatait une crise sans précédent avec Bagdad, soutenu par les voisins turc et iranien désireux de couper court aux velléités indépendantistes de leurs propres minorités kurdes.

Assuré aussi du rejet du scrutin par les Etats-Unis et d'autres, soucieux de "l'unité de l'Irak", un acteur majeur de la lutte antijihadistes, M. Abadi a envoyé ses troupes.

Des membres des forces irakiennes en position devant le champ pétrolier de Bai Hassan, le 19 octobre 2017 près de Kirkouk
Des membres des forces irakiennes en position devant le champ pétrolier de Bai Hassan, le 19 octobre 2017 près de Kirkouk ( AHMAD AL-RUBAYE / AFP )

Ces forces ont repris en quelques jours à peine la quasi-totalité des zones disputées d'Irak aux peshmergas, dans une démonstration de force qui s'est en de rares endroits soldée par des combats ayant fait une trentaine de morts.

L'unique condition pour éviter ces mouvements militaires, avaient prévenu les responsables à Bagdad --jusqu'au président Fouad Massoum, lui-même kurde--, était l'annulation pure et simple des résultats du référendum.

- 'Dialogue ouvert' -

Jusqu'à ce jour, le Kurdistan, en pleine tourmente politique et économique, refusait toute condition préalable à l'ouverture d'un dialogue.

Mais, mardi, de nouveaux affrontements ont éclaté entre forces kurdes et irakiennes dans le nord frontalier de la Turquie, et Bagdad se montre déterminé à reprendre l'ensemble des points de passage et autres terminaux à la région autonome.

Pour éviter "la guerre" et "la destruction du tissu social", Erbil a en conséquence proposé de "geler les résultats" de son référendum et d'entamer "un dialogue ouvert" avec Bagdad. Dans son communiqué publié tôt mercredi, la région autonome se dit aussi prête à "un cessez-le-feu immédiat".

Le pétrole au Kurdistan irakien
Le pétrole au Kurdistan irakien ( Gillian HANDYSIDE / AFP )

Cette proposition n'a "aucune valeur", a répondu le porte-parole du Hachd, Ahmed al-Assadi. "Geler signifie reconnaître le référendum, or la demande du gouvernement irakien était claire: c'est l'annulation", a-t-il affirmé à l'AFP.

En position de force depuis la débandade en 2014 des forces fédérales face à la percée jihadiste, Erbil a désormais perdu gros. Sur son référendum, elle n'a pas obtenu le soutien international espéré.

Sur le terrain, elle a quasiment perdu tous les territoires où ses peshmergas s'étaient déployés au-delà de ses frontières administratives.

A l'issue des opérations de "restauration du pouvoir central" dans les zones disputées, notamment la riche province de Kirkouk, elle a perdu les immenses champs de pétrole qui aurait pu assurer la viabilité économique d'un hypothétique Etat kurde, assurent les experts.

L'Iran a toutefois rouvert mercredi un de ses trois postes-frontières avec le Kurdistan.

- Barzani discret et affaibli -

"Aujourd'hui, plus personne n'est avec nous, à part Dieu", se lamente Mohammed Ali, 59 ans, commerçant à Erbil. Le problème, renchérit Charoukh Souran, étudiant de 21 ans, est plutôt à chercher en interne: "les Kurdes ne sont pas unis, la moitié de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK, le parti du défunt président Jalal Talabani) a trahi le peuple", accuse-t-il.

En vertu d'un accord tenu secret avec Bagdad, les peshmergas de l'UPK se sont retirés sans combat avant l'arrivée des troupes irakiennes.

L'ONU, qui jusqu'à la veille du référendum du 25 septembre plaidait pour un plan alternatif de négociations, a réitéré sa proposition d'aider à des pourparlers entre Bagdad et Erbil. Paris, de son côté, a salué un "geste positif" d'Erbil et dit espérer que Bagdad "puisse donner suite".

La veille, conséquence de la crise que traverse le Kurdistan, le Parlement kurde a reporté les élections législatives et présidentielle prévues le 1er novembre.

La classe politique se déchire et l'opposition kurde a réclamé la démission du président Massoud Barzani, très discret depuis 10 jours et considérablement affaibli. Elle a demandé la constitution d'un "gouvernement de salut national" pour éviter à cette région, qui traverse une grave crise économique, plus de divisions et de déboires politiques face à Bagdad.

Ces derniers jours, Erbil et Bagdad ont chacun émis des mandats d'arrêt visant de hautes personnalités politiques et militaires adverses.

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