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Impasse à l'ONU sur le sort de l'accord nucléaire iranien

| AFP | 186 | Aucun vote sur cette news
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov (G), l'ambassadrice britannique Karen Pierce (2G), le politicien britannique Alistair Burt (3G), le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson (5G) la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini (7D), le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (5D) et d'autres officiels lors d'une rencontre aux Nations Unies à New York le 20 septembre 2017
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov (G), l'ambassadrice britannique Karen Pierce (2G), le politicien britannique Alistair Burt (3G), le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson (5G) la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini (7D), le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (5D) et d'autres officiels lors d'une rencontre aux Nations Unies à New York le 20 septembre 2017 ( Craig Ruttle / POOL/AFP )

Les signataires de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien se sont retrouvés mercredi dans une ambiance tendue à l'ONU, pour la première fois depuis l'élection de Donald Trump, sans parvenir à sortir de l'impasse provoquée par la menace américaine de dénoncer le texte.

Dans un climat rendu plus explosif chaque jour par les déclarations incendiaires du président américain contre l'Iran, les chefs de la diplomatie américaine Rex Tillerson et iranienne Mohammad Javad Zarif se sont retrouvés dans la même pièce pour la première fois.

Avec eux, les autres signataires de l'accord historique de Vienne: Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne.

La réunion, qui a duré plus d'une heure, a été "difficile", selon une source européenne, selon qui MM. Tillerson et Zarif ont eu des "échanges directs" assez longs. "Le ton était très concret, il n'y a pas eu de cris, nous ne nous sommes pas lancés des chaussures dessus", a assuré le secrétaire d'Etat américain, jugeant "utile d'entendre" le point de vue des autres parties.

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, qui préside la commission du suivi, a souligné à l'issue de la rencontre que tous les participants étaient tombés "d'accord pour juger que le texte est jusqu'ici respecté par tous".

"L'accord fonctionne", a-t-elle martelé. "Nous avons déjà une crise nucléaire, nous n'avons pas besoin d'une deuxième", a-t-elle ajouté, en référence à la Corée du Nord, au coeur des angoisses internationales.

Le texte de 2015 impose de strictes restrictions au programme nucléaire iranien, en échange d'une levée des sanctions, et l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) a estimé à plusieurs reprises que Téhéran respectait ses engagements.

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson lors d'une conférence de presse aux Nations Unies, le 20 septembre 2017 à New York
Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson lors d'une conférence de presse aux Nations Unies, le 20 septembre 2017 à New York ( Brendan Smialowski / AFP )

Mais Donald Trump, qui voue aux gémonies ce texte, "l'une des pires transactions dans laquelle les Etats-Unis soient jamais entrés", menace de le dénoncer.

D'ici le 15 octobre, il doit en effet "certifier" devant le Congrès américain que Téhéran respecte ses engagements. S'il ne le fait pas, il rouvrira la voie à une réimposition de sanctions pourtant levées dans le cadre du texte, et sa décision équivaudrait à "une mort politique" de l'accord, selon des diplomates.

La réunion de mercredi n'a pas permis de lever le doute sur les intentions américaines: "nous n'avons pas de visibilité réelle sur ce que sera leur décision", selon la source européenne.

Les déclarations qui ont suivi la réunion n'incitent pas à l'optimisme: les Etats-Unis "ont de gros problèmes" avec l'accord, a confirmé Rex Tillerson.

- Renégocier ? -

Pour tenter d'amadouer les Américains, l'idée de rouvrir des discussions sur certaines des échéances de l'accord ainsi que sur des sujets annexes, comme le rôle de l'Iran au Moyen-Orient, est soulevée par certains, dont le président français Emmanuel Macron.

L'accord nucléaire n'est pas "suffisant", compte tenu de "la pression croissante que l'Iran exerce dans la région", a-t-il déclaré mercredi.

Le président français a aussi cité "l'activité accrue de l'Iran sur le plan balistique" (un volet qui ne fait pas partie de l'accord de 2015) qui selon lui pourrait donner lieu à de nouvelles sanctions.

Il faudra aussi "ouvrir une discussion sur l'après-2025", date à laquelle tombent les premières restrictions sur le programme nucléaire iranien. Cette échéance, "inacceptable" pour le président Trump, est prévue par l'accord de 2015, qui couvre en tout une période de 25 ans.

Des diplomates français ont insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas de "renégocier" l'accord mais de le "compléter".

Mais le président iranien Hassan Rohani, présent à l'Assemblée générale de l'ONU, a douché les espoirs de réouverture des débats: discuter avec un gouvernement américain qui choisirait de "bafouer ses engagements internationaux" serait une "perte de temps", a-t-il prévenu. Selon lui, "chaque mot de chaque moindre phrase" de l'accord nucléaire a déjà été âprement négocié par les signataires et "retirer une seule brique ferait s'effondrer tout l'édifice".

La cheffe de la diplomatie européenne a elle aussi été très claire: nul besoin de "renégocier" l'accord.

"L'objet de l'accord nucléaire est lié au programme nucléaire", a-t-elle fait valoir, et à cet égard, "l'accord fonctionne".

"Il y a d'autres sujets en dehors de ce que couvre cet accord, et ces sujets peuvent être discutés dans d'autres enceintes", par exemple au niveau bilatéral, a-t-elle affirmé.

- Pyongyang 'observe de près' -

Plusieurs diplomates s'inquiètent en outre des répercussions négatives d'une volte-face américaine sur l'Iran, alors que la communauté internationale espère encore faire revenir la Corée du Nord à la table des négociations pour lui faire renoncer à ses propres ambitions nucléaires.

Selon Stewart Patrick, chercheur au Council on Foreign Relations, "les Nord-Coréens observent de près comment est traité l'Iran", pour voir "quel serait leur propre sort s'ils devaient un jour accepter de renoncer à leurs armes nucléaires".

Behnam Ben Taleblu, du groupe de pression conservateur Foundation for Defense of Democracies, très critique envers l'accord iranien, pense au contraire qu'une "ligne dure contre Téhéran" renforcerait la "crédibilité des Etats-Unis" et les placerait en position de force lors d'éventuelles futures négociations avec la Corée du Nord.

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