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Hongrie: Viktor Orban s'assure de pouvoirs quasi illimités via une "loi coronavirus"

| AFP | 1063 | 3 par 4 internautes
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors de son discours annuel sur l'état de la nation, à Budapest le 16 février 2020
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors de son discours annuel sur l'état de la nation, à Budapest le 16 février 2020 ( Attila KISBENEDEK / AFP )

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a obtenu lundi le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances dans le cadre d'un état d'urgence à durée indéterminée qui fait craindre un basculement autoritaire dans ce pays de l'UE, au motif de lutter contre le nouveau coronavirus.

En Hongrie, mais aussi à l'étranger, le texte est vu par ses détracteurs comme un instrument destiné à cimenter le contrôle du gouvernement national-conservateur, en prenant la pandémie comme prétexte.

La loi instaure également jusqu'à cinq ans de prison pour la diffusion de "fausses nouvelles" sur le virus ou les mesures du gouvernement, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l'objet de telles accusations.

Les nouvelles dispositions permettent au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l'état d'urgence en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l'aval du Parlement. Aucune élection ne peut se tenir dans ce contexte.

Sous ce régime, le gouvernement peut "suspendre l'utilisation de certaines lois par décret (...) et introduire d'autres mesures extraordinaires", par ordonnances gouvernementales, dans le but de garantir "santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que l'économie".

"Carte blanche"

"A la fin de la période d'urgence, toutes les compétences du Parlement seront entièrement rétablies", a assuré Viktor Orban après le vote, balayant le spectre d'une prolongation indéfinie des pleins pouvoirs de facto en vigueur.

Mais la politique menée depuis une décennie par cet ancien dissident anticommuniste converti au nationalisme fait craindre à l'opposition qu'il abuse de ces moyens exceptionnels : depuis 2010 les gouvernements dirigés par Orban ont déjà, selon de nombreuses organisations indépendantes, multiplié les atteintes à l'Etat de droit dans le domaine de la justice, de la société civile, de la liberté de la presse.

Des parlementaires n'ont pas hésité à dénoncer un "coup d'Etat", un "cap vers la dictature". Les adversaires de la réforme ont exhorté le pouvoir à encadrer l'état d'urgence, comme c'est le cas dans les autres pays de l'UE.

Alors qu'Amnesty International s'indigne d'une "carte blanche à la restriction des droits humains", le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, a prudemment expliqué que la Commission européenne "évalue les mesures d'urgence prises par les Etats membres en matière de droits fondamentaux".

C'est "particulièrement le cas pour la loi votée aujourd'hui", a-t-il écrit sur Twitter.

"Démons imaginaires"

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'était déjà inquiété la semaine dernière de ces nouveaux développements en Hongrie, tout comme le Conseil de l'Europe, le Représentant de l'OSCE pour la liberté des médias et neuf organisations de défense de la presse.

Toutes ces critiques "combattent des démons imaginaires et ne s'attachent pas à la réalité", avait rétorqué la ministre de la Justice Judit Varga.

Viktor Orban avait lui-même brocardé des réactions alarmistes, s'agaçant des "geignards européens" qui veulent empêcher son pays de se défendre contre le virus.

Un porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, a insisté lundi sur le fait que l'état d'urgence est limité dans le temps par le pouvoir de révocation dont dispose encore le Parlement, et par la pandémie elle-même qui "se terminera un jour, espérons-le", a-t-il écrit.

Le pouvoir de révocation du Parlement est formel alors que le parti Fidesz de Viktor Orban dispose d'une majorité des deux-tiers au sein de l'assemblée. Lundi, la loi d'état d'urgence a été approuvée par 137 voix contre 53.

Le député d'opposition Akos Hadhazy souligne que le gouvernement n'avait besoin d'aucune "compétence extraordinaire" dans ce contexte de pandémie car la majorité tire déjà toutes les ficelles du pouvoir. A ses yeux, l'état d'urgence est "un piège pour l'opposition" désormais accusée par le gouvernement d'être "du côté du virus".

"Le but d'Orban était de présenter un projet de loi qui ne puisse être soutenu par les députés de l'opposition, de façon à les blâmer de ne pas soutenir le gouvernement en temps de crise", décrypte l'analyste Andras Biro-Nagy, du groupe de réflexion Policy Solutions basé à Budapest.

La Hongrie, qui a fermé ses frontières aux étrangers et instauré des mesures de confinement de la population, comptait lundi 447 cas de nouveau coronavirus, qui a fait 15 morts dans ce pays de 9,7 millions d'habitants.

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