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Yémen: des pourparlers début décembre en Suède, l'émissaire de l'ONU à Sanaa

| AFP | 430 | 5 par 2 internautes
L'émissaire de l'ONU pour le Yémen Martin Griffiths à son arrivée à l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, le 21 novembre 2018
L'émissaire de l'ONU pour le Yémen Martin Griffiths à son arrivée à l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, le 21 novembre 2018 ( MOHAMMED HUWAIS / AFP )

Washington a annoncé mercredi la tenue de pourparlers de paix pour le Yémen début décembre en Suède, alors que l'émissaire de l'ONU s'est rendu à Sanaa, sur fond de combats pour le contrôle de la ville stratégique de Hodeida.

Des discussions entre le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite, et les rebelles Houthis, appuyés par l'Iran, se tiendront "tout début décembre" en Suède, a déclaré le ministre américain de la Défense Jim Mattis.

L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, également membres de la coalition, "sont à fond derrière" ces négociations, a-t-il assuré à des journalistes au Pentagone.

Cette annonce intervient peu après l'arrivée de l'émissaire de l'ONU, Martin Griffiths, dans la capitale yéménite Sanaa que contrôlent les rebelles.

Le Yémen est quasiment divisé en deux, les forces progouvernementales contrôlant le sud et une bonne partie du centre tandis que les rebelles tiennent Sanaa ainsi que le nord et une bonne partie de l'ouest dont la ville de Hodeida.

Pour favoriser les efforts de paix, les Houthis se sont dit ouverts à une cessation de hostilités si la coalition progouvernementale cesse ses attaques.

Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi a d'ores et déjà annoncé sa participation aux consultations de paix dont la date n'a pas encore été fixée.

"Il semble que très, très tôt en décembre, en Suède, nous verrons à la fois les rebelles Houthis et le gouvernement reconnu par l'ONU, le gouvernement du président Hadi", a déclaré M. Mattis.

Les derniers pourparlers, organisés sous l'égide de l'ONU à Genève en septembre, avaient échoué, les rebelles n'ayant pas fait le déplacement, disant craindre pour leur sécurité.

- Dilemme à Hodeida -

En attendant, Hodeida sur la mer Rouge, essentielle pour l'acheminement de l'aide humanitaire, a connu une deuxième nuit de combats entre rebelles Houthis, qui contrôlent la ville et son port, et les forces loyalistes qui tentent de les en déloger.

Après une journée calme mardi, de violents combats ont eu lieu dans la nuit dans les quartiers sud et est de la ville, selon un correspondant de l'AFP et des habitants.

Des blindés des forces progouvernementales yéménites dans une zone industrielle détruite par les combats le 19 novembre 2018 dans la ville portuaire de Hodeida cruciale pour l'arrivée de l'aide humanitaire, le 19 novembre 2018
Des blindés des forces progouvernementales yéménites dans une zone industrielle détruite par les combats le 19 novembre 2018 dans la ville portuaire de Hodeida cruciale pour l'arrivée de l'aide humanitaire, le 19 novembre 2018 ( STRINGER / AFP )

Dans la nuit précédente, de lundi à mardi, les combats, les plus violents depuis la désescalade du 14 novembre, s'étaient concentrés dans l'est de Hodeida.

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a déclaré avoir pris en charge plus de 500 blessés depuis le 1er novembre, et s'est dit "très préoccupée" pour ses patients et personnels médicaux à Hodeida, menacés par les combats tout proches.

Hodeida, par où passe 75% de l'aide humanitaire, constitue un enjeu clé de ce conflit qui a déjà fait quelque 10.000 morts et plongé 14 millions de personnes dans une situation de pré-famine, selon l'ONU.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se prononcer à une date indéterminée sur une résolution, dont un projet a été présenté par la Grande-Bretagne, appelant à une trêve dans la ville et le passage, sans obstacles, de l'aide humanitaire.

Cette résolution est "destinée à obtenir un consensus des deux parties pour permettre à des discussions d'avoir lieu (...) à Stockholm", a affirmé mercredi le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt.

La communauté internationale se trouve devant un "rude" dilemme à Hodeida, estime dans un rapport le centre de réflexion International Crisis Group (ICG), ajoutant que Martin Griffiths "fait face à l'épreuve la plus difficile de son mandat".

"Si ses efforts de médiation réussissent à empêcher une bataille destructrice pour Hodeida, il pourrait donner un élan qui relancerait le processus de paix", estime l'ICG.

Une femme yéménite porte son enfant souffrant de famine à l'hôpital de Taez, dans le sud-ouest du Yémen, le 21 novembre 2018
Une femme yéménite porte son enfant souffrant de famine à l'hôpital de Taez, dans le sud-ouest du Yémen, le 21 novembre 2018 ( Ahmad AL-BASHA / AFP )

Si les Houthis perdent le contrôle de la ville, la population, déjà au bord de la famine, risque "quelque chose de bien pire, car de nouvelles perturbations dans l'approvisionnement en produits de base pourraient se révéler catastrophiques", estime le centre de réflexion.

Sur le terrain, l'ICG souligne à la fois la détermination des rebelles à garder le contrôle de la ville et les faiblesses des forces progouvernementales.

- "85.000 enfants morts de faim" -

Dans une étude publiée mercredi, l'ONG Save The Children a estimé à 85.000 le nombre d'enfants morts de faim ou de maladie depuis l'intensification de la guerre au Yémen en 2015.

"Nous sommes horrifiés par le fait qu'environ 85.000 enfants soient morts de faim. Pour chaque enfant tué par des bombes et des balles, des douzaines meurent de faim et on peut l'éviter", a déploré dans un communiqué de Save The Children, Tamer Kirolos, son directeur pour le Yémen.

Les combats de ces dernières semaines ont fait de nombreux déplacés parmi les habitants de Hodeida.

L'un d'eux, Mohammed Rached, dont la maison a été visée par des bombardements, campe depuis une semaine avec sa famille dans la zone de Aser, à l'ouest de Sanaa, sous une tente exposée au vent et au froid.

"Mes enfants souffrent du froid et aucune ONG n'est venue à notre secours", déplore-t-il.

Son épouse, Salama, ne souhaite qu'une chose: "la fin de la guerre, rentrer dans ma maison et voir mes enfants réintégrer leur école".

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