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Gifle électorale pour le camp progressiste à Taïwan, le mariage gay rejeté

| AFP | 426 | Aucun vote sur cette news
Une supportrice du principal parti d'opposition, le Kuomintang, à Taipei, le 24 novembre 2018
Une supportrice du principal parti d'opposition, le Kuomintang, à Taipei, le 24 novembre 2018 ( Chris STOWERS / AFP )

Les défenseurs de la cause gay à Taïwan s'inquiétaient dimanche du devenir du mariage pour tous, au lendemain de scrutins en guise de gifle infligée à la présidente progressiste Tsai Ing-wen.

Plusieurs référendums organisés samedi se sont soldés par une victoire des défenseurs de la famille contre les partisans du mariage pour tous, un résultat présenté par Amnesty International comme un "rude coup et un pas en arrière pour les droits de l'Homme à Taïwan".

Ces consultations se sont tenues en parallèle à des élections locales au cours desquelles les Taïwanais ont infligé une défaite cinglante au Parti progressiste démocratique (PPD) de Mme Tsai, qui a quitté la direction de sa formation.

Ces résultats pourraient bien compromettre les espoirs de réélection de la présidente en 2020.

Le Kuomintang (KMT), principal parti d'opposition considéré comme plus enclin au compromis avec Pékin, a enregistré de nets progrès dans un contexte de pressions accrues de la Chine.

La Chine continentale et Taïwan sont dirigés par des régimes rivaux depuis 1949, après une guerre civile entre communistes établis à Pékin et nationalistes du Kuomintang (KMT) réfugiés à Taipei. Pékin considère toujours Taïwan comme partie intégrante de son territoire susceptible d'être reprise par la force.

Tsai Ing-wen, élue en 2016, avait présenté ces élections comme une manière de "dire au monde" que Taïwan n'allait jamais plier devant Pékin, ce qui a accru la pression militaire et diplomatique dans la région.

Depuis son arrivée au pouvoir, elle n'a cessé de présenter son île comme un bastion de la démocratie face à une Chine continentale de plus en plus autoritaire.

- "Une société conservatrice" -

Taïwan s'était attiré en mai 2017 les louanges des organisations de défense des droits de l'Homme quand sa Cour constitutionnelle avait rendu un arrêt favorable au mariage entre personnes du même sexe, faisant de l'île le premier territoire d'Asie à statuer ainsi.

Des militants LGBT durant une conférence de presse à Taipei le 24 novembre 2018
Des militants LGBT durant une conférence de presse à Taipei le 24 novembre 2018 ( SAM YEH / AFP )

La Cour avait donné deux ans au gouvernement pour mettre en oeuvre cet arrêt. Mais sous la pression des conservateurs, le gouvernement n'a guère bougé depuis.

A en croire les experts, les résultats des référendums de samedi montrent que l'opinion taïwanaise est loin d'être unanime en faveur du mariage pour tous.

"Taïwan est une société conservatrice et n'est pas encore mûre pour porter l'étiquette progressiste dont certains l'ont affublée", estime Jonathan Sullivan, directeur de l'Institut de politique chinoise à l'Université de Nottingham.

Certaines ONG n'en exhortent pas moins Mme Tsai à mettre en oeuvre sa politique progressiste.

"Le gouvernement doit accélérer et prendre toutes les mesures nécessaires pour l'égalité et la dignité de tous", a indiqué Amnesty, en estimant que le référendum ne devait pas servir d'"excuse" pour ne pas mettre en oeuvre l'arrêt de la Cour.

Certains politologues pensent cependant que ces élections locales ont été un vote sanction d'une politique du PPD dont les Taïwanais n'auraient pas ressenti les bénéfices.

Bien que le PIB de l'île progresse, nombreux sont les électeurs qui se sont dits en colère contre la baisse des retraites et du nombre de jours fériés.

Des sympathisants traditionnels du PPD avaient avant le scrutin annoncé leur intention de sanctionner le parti au pouvoir en déplorant les effets néfastes sur l'économie de son intransigeance vis-à-vis de Pékin.

Pendant la campagne électorale, Mme Tsai et les responsables du PPD avaient accusé à plusieurs reprises la Chine d'avoir diffusé des "fake news", ce que Pékin avait démenti. Des enquêtes ont été ouvertes sur des soupçons d'ingérence chinoise dans la campagne, au travers du financement de certains candidats.

"Ces résultats ne sont pas un blanc-seing accordés aux autres partis, mais ils montrent à quel point Taïwan est, comme d'autres pays, divisé et très frustré, et a à coeur de le dire", a déclaré Kerry Brown, professeur au King's College de Londres.

Les espoirs de réelection de Mme Tsai apparaissent désormais sérieusement entamés. Mais certains considèrent néanmoins qu'elle conserve ses chances, faute de candidat évident à sa place.

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