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L'heure du jugement pour Jawad Bendaoud

| AFP | 125 | Aucun vote sur cette news
Jawad Bendaoud au Palais de justice le 24 janvier 2018
Jawad Bendaoud au Palais de justice le 24 janvier 2018 ( / AFP )

Epilogue d'un procès hors norme pour Jawad Bendaoud: le logeur de deux jihadistes des attentats du 13 novembre 2015, qui a toujours clamé son innocence, saura mercredi après-midi s'il est parvenu à convaincre le tribunal.

Condamnation ou relaxe? Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires terroristes, rendra ce jugement très attendu à 16H00.

Il conclura le premier procès en lien avec ces attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Un procès retentissant avec quelque 700 parties civiles, plus de 100 avocats (mais seulement six pour la défense), des rires déclenchés par les propos décalés de Jawad Bendaoud, des larmes des victimes des attentats.

Jawad Bendaoud, parfois surnommé "le logeur de Daech", est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes". Cet homme de 31 ans, un délinquant multirécidiviste, encourt six ans de prison pour avoir mis à disposition d'Abdelhamid Abaaoud, l'un des cerveaux présumés des attentats, et de son complice, Chakib Akrouh, un squat où ils s'étaient repliés à Saint-Denis.

Ils étaient arrivés le 17 novembre au soir dans l'appartement où ils sont morts le lendemain tôt dans l'assaut des policiers du Raid.

Jawad Bendaoud a été interpellé peu après, alors qu'il venait d'expliquer à des journalistes de l'AFP et de BFMTV que l'assaut avait eu lieu chez lui. Il était devenu la risée d'un pays traumatisé par les attaques les plus meurtrières qu'ait connues la France.

Depuis le 18 novembre 2015, il nie avoir su que les deux hommes faisaient partie des commandos jihadistes. "Je ne savais pas que c'étaient des terroristes", a-t-il martelé lors de son procès qui a démarré le 24 janvier. "Même pour 150.000 euros, je n'aurais pas hébergé des terroristes."

- 'Dans la case voyou' -

"Je ne suis pas dans la case terroriste, mais dans la case voyou, délinquant, racaille", a renchéri son voisin dans le box, Mohamed Soumah, également jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes". Ce dernier a joué le rôle d'intermédiaire, en mettant en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux jihadistes, et Jawad Bendaoud.

La juge Isabelle Prévost-Desprez, chargée de juger Jawad Bendaoud, photographiée le 2 juillet 2015 à Bordeaux.
La juge Isabelle Prévost-Desprez, chargée de juger Jawad Bendaoud, photographiée le 2 juillet 2015 à Bordeaux. ( / AFP )

Le procureur Nicolas Le Bris a été en partie convaincu par les arguments de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah. "Il n'y a pas suffisamment d'éléments pour pouvoir affirmer qu'ils connaissaient et savaient que ces deux fuyards avaient participé aux attentats", a dit le procureur. En revanche, "ni Mohamed Soumah ni Jawad Bendaoud ne pouvaient ignorer qu'ils apportaient leur aide à des criminels en fuite", a-t-il ajouté.

Quatre ans de prison ferme ont été requis contre ces deux prévenus, pour qui le procureur a demandé un maintien en détention.

Les réquisitions les plus lourdes ont visé le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime". Il est le cousin d'Abdelhamid Abaaoud et le frère d'Hasna Aït Boulahcen, qui est morte aux côtés des jihadistes dans l'assaut du Raid. Le procureur a requis cinq ans de prison avec mandat de dépôt contre lui.

Youssef Aït Boulahcen a cherché à "masquer un projet d'attentat d'Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau", dans le quartier de La Défense cette fois, selon le procureur. Lui a nié être lié au groupe Etat islamique, "cette idéologie de destruction". "Je respecte scrupuleusement la loi française, je travaille, je paie mes impôts", s'est-il défendu. "Oui, Abdelhamid Abaaoud est mon cousin germain, mais ce n'est pas de ma faute."

Les avocats des trois prévenus ont demandé la relaxe.

Mais, dans son ultime déclaration dans ce procès, Jawad Bendaoud a lancé: "Je parie à 80% que je vais être condamné. Il y a l'opinion publique, les familles des victimes".

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