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A Hong Kong, fuite spectaculaire de manifestants assiégés par la police

| AFP | 2241 | 4.71 par 7 internautes
Un protestataire descend d'un pont à l'aide de cordes pour échapper au siège de la police à l'Université polytechnique de Hong Kong, le 18 novembre 2019
Un protestataire descend d'un pont à l'aide de cordes pour échapper au siège de la police à l'Université polytechnique de Hong Kong, le 18 novembre 2019 ( ANTHONY WALLACE / AFP )

Des dizaines de manifestants hongkongais assiégés par la police dans un campus ont réussi lundi soir à s'enfuir, après une nouvelle menace d'intervention de Pékin pour régler la crise politique dans le territoire autonome du sud de la Chine.

Retranchés dans l'Université polytechnique (PolyU), actuel bastion de la contestation, ces protestataires sont descendus en rappel d'une passerelle, puis ont été récupérés sur une route en contrebas par des personnes à moto.

Les heurts se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi, alors que la police menace désormais d'utiliser des "balles réelles" face aux "armes létales" des manifestants radicaux - qui ont jeté briques et cocktails Molotov contre les forces de l'ordre.

Hong Kong : affrontements à l'université polytechnique
Hong Kong : affrontements à l'université polytechnique ( / AFP )

Dans une tactique apparemment coordonnée, des dizaines de milliers de personnes ont afflué vers le campus universitaire pour tenter d'en rompre le siège. Des affrontements avaient lieu aux alentours.

Des dizaines de personnes restaient sur le campus dans la nuit, a déclaré un des protestataires à l'AFP. Des manifestants mineurs ont cependant été autorisés à partir.

Jugeant la violence "inacceptable d'où qu'elle vienne", le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a estimé lundi qu'il incombait au gouvernement de Hong Kong de "rétablir le calme" dans le territoire, en prenant notamment "des mesures claires pour répondre aux demandes de l'opinion".

L'Union européenne a souligné que les actions des forces de l'ordre "doivent rester strictement proportionnées et les libertés fondamentales, y compris le droit de réunion pacifique des Hongkongais, doivent être respectées", par la voix de la cheffe de la diplomatie Federica Mogherini.

La mobilisation en cours dans l'ex-colonie britannique depuis plus de cinq mois a basculé la semaine dernière dans une phase beaucoup plus radicale et violente, qui a entraîné notamment la fermeture des écoles.

Des manifestants hongkongais assiégés par la police dans un campus s'enfuient le 18 novembre 2019.
Des manifestants hongkongais assiégés par la police dans un campus s'enfuient le 18 novembre 2019. ( Ye Aung Thu / AFP )

L'exécutif hongkongais, qui est aligné sur Pékin, s'est refusé à accéder aux revendications des manifestants. Ceux-ci demandent notamment l'avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d'habitants, et une enquête sur ce qu'ils présentent comme des violences policières.

La Chine a maintes fois averti qu'elle ne tolérerait pas la dissidence, et l'inquiétude monte face à l'éventualité d'une intervention pour mettre fin à la crise.

"Pas les bras croisés"

Des soldats de l'armée chinoise, présents à Hong Kong depuis la rétrocession de l'ex-colonie en 1997, sont sortis ce weekend de leur caserne pour déblayer certaines rues de leurs barricades. Une apparition rarissime qui a encore alimenté l'hypothèse d'une opération militaire.

Et l'ambassadeur de Chine au Royaume-Uni a donné lundi du crédit supplémentaire à cette option.

"Le gouvernement de Hong Kong fait tout son possible pour reprendre le contrôle de la situation", a déclaré Liu Xiaoming lors d'une conférence de presse.

Des manifestants fuient pour se mettre à couvert des tirs de gaz lacrymogènes de la police dans une université assiégée de Hong Kong, le 18 novembre 2019.
Des manifestants fuient pour se mettre à couvert des tirs de gaz lacrymogènes de la police dans une université assiégée de Hong Kong, le 18 novembre 2019. ( Anthony WALLACE / AFP )

"Mais si elle devenait incontrôlable, le gouvernement central ne restera certainement pas les bras croisés. Nous avons la résolution et le pouvoir suffisants pour mettre fin aux troubles".

Plus tôt lundi, la police avait arrêté des dizaines de manifestants aux abords du campus - frappant certains d'entre eux avec des matraques alors qu'ils étaient au sol.

"A part sortir et se rendre, je ne vois pas d'autre option envisageable pour eux", avait déclaré Cheuk Hau-yip, un commandant de la police, quelques heures avant l'évasion spectaculaire de manifestants.

La police a qualifié le campus de "zone d'émeute". Or la participation à une émeute est passible de 10 ans de prison.

Flèche

La contestation était montée d'un cran lundi dernier à Hong Kong avec une nouvelle stratégie baptisée "Éclore partout" ("Blossom Everywhere"), qui consiste à multiplier les actions - blocages, affrontements, vandalisme - pour éprouver au maximum les capacités de la police.

Un manifestant s'apprête à tirer à l'arc sur de policiers qui asiègent une université de Hong Kong où sont retranchés des contestataires pro-démocratie, le 18 novembre 2019.
Un manifestant s'apprête à tirer à l'arc sur de policiers qui asiègent une université de Hong Kong où sont retranchés des contestataires pro-démocratie, le 18 novembre 2019. ( Anthony WALLACE / AFP )

Conséquence: un blocage quasi-général des transports en commun la semaine dernière pendant cinq jours. Lundi, les écoles n'ont pas rouvert.

Cette stratégie a eu pour effet d'ancrer la contestation dans plusieurs lieux comme les campus, alors que les manifestants préconisaient au cours des mois précédents d'être insaisissables et fluides "comme l'eau".

Et cette nouvelle phase a été marquée par une aggravation de la violence des deux camps, comme l'ont montré les images d'un policier blessé à la jambe dimanche par une flèche tirée par un manifestant près de la PolyU.

La police dit avoir tiré lundi trois balles près du campus, en précisant que personne n'avait été blessé. Les forces de l'ordre ne se sont servis que lors d'incidents isolés de leur arme de service, sans faire de mort.

Manifestants et journalistes contemplent un incendie devant les portes d'une université de Hong Kong occupée par des contestataires et assiégée par la police, le 18 novembre 2019.
Manifestants et journalistes contemplent un incendie devant les portes d'une université de Hong Kong occupée par des contestataires et assiégée par la police, le 18 novembre 2019. ( Anthony WALLACE / AFP )

Face aux groupes de protestataires jetant briques et cocktails Molotov, la police a privilégié l'usage de lacrymogènes, balles en caoutchouc ou canons à eau.

Lundi, une jeune femme de 19 ans se faisant appeler "K" faisait part du désespoir des manifestants retranchés dans la PolyU.

"Etrangler l'économie"

"Certains pleuraient, certains étaient furieux (...), parce qu'ils n'ont pas d'issue car il n'est plus possible de sortir du campus", a-t-elle témoigné.

Des volontaires aspergent un manifestant touché par des gaz lacrymogènes de la police, dans une université de Hong Kong occupée par des contestataires, le 18 novembre 2019.
Des volontaires aspergent un manifestant touché par des gaz lacrymogènes de la police, dans une université de Hong Kong occupée par des contestataires, le 18 novembre 2019. ( Anthony WALLACE / AFP )

A quelques centaines de mètres de l'université, la police a aussi tiré des lacrymogènes pour disperser des manifestants qui ont érigé des barricades.

Les protestataires entendent poursuivre les blocages pour "étrangler l'économie" d'un des principaux centres financiers de la planète, désormais en récession.

La compagnie aérienne scandinave SAS a annoncé lundi réduire de cinq à quatre ses liaisons hebdomadaires vers Hong Kong au départ de Copenhague "en raison d'une baisse de la demande".

Victoire très symbolique pour les manifestants, la Haute cour a jugé lundi anticonstitutionnelle l'interdiction du port du masque qui avait été décidée par le gouvernement pour désamorcer la contestation.

Le président Xi Jinping a adressé la semaine dernière sa mise en garde la plus claire à ce jour, affirmant que la contestation menaçait le principe "Un pays, deux systèmes" qui a présidé à la rétrocession en 1997.

Un porte-parole du ministre chinois de la Défense, Wu Qian, a estimé lundi que "mettre fin aux violences et restaurer l'ordre est la tâche la plus urgente à Hong Kong".

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