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Entre Israël et l'Egypte, quarante ans de "paix froide"

| AFP | 411 | Aucun vote sur cette news
Mohamed Anouar al-Sadate dans son bureau près du Caire, avec en arrière plan une photo de son oncle Anouar, le président égyptien qui signa la paix avec Israël. Photo du 13 septembre 2018
Mohamed Anouar al-Sadate dans son bureau près du Caire, avec en arrière plan une photo de son oncle Anouar, le président égyptien qui signa la paix avec Israël. Photo du 13 septembre 2018 ( Mohamed el-Shahed / AFP )

Quarante ans après les accords de Camp David, Israël et l'Egypte vivent une paix "froide", les relations diplomatiques entre Etats n'ayant pas réussi à réchauffer les sentiments de la population égyptienne envers ses voisins israéliens.

"Il existe toujours une barrière psychologique entre nous et le peuple israélien", reconnaît l'ancien député Mohamed Anouar al-Sadate. En cause, selon ce défenseur des droits de l'Homme, l'occupation continue par Israël des Territoires palestiniens.

Dans son bureau en banlieue cossue du Caire, il arbore toutefois fièrement un portrait de son oncle, le défunt président Anouar al-Sadate qui osa briser un tabou et accepter, le 17 septembre 1978, un accord de paix avec Israël lors de la conférence de Camp David, aux Etats-Unis.

Ce geste lui valut d'être mis au ban par d'autres pays arabes. Trois ans plus tard, Anouar al-Sadate fut assassiné par des extrémistes.

Sadate a eu "un grand courage et une vision d'avenir" bien que "la paix soit toujours restée froide", souligne son neveu.

Si de nombreux Egyptiens se réjouissent de l'absence de guerre, ils ne laissent voir aucun enthousiasme envers Israël.

"L'acceptation par l'Egypte d'une normalisation totale (avec Israël) dans les sphères diplomatiques, politiques et certains secteurs économiques" n'a pas abouti à une "normalisation culturelle ou populaire", relève le professeur de sciences politiques à l'Université du Caire Mostafa Kamal Sayed.

Interrogé dans les rues du Caire sur l'accord de Camp David, Mohamed Abdel Moneim, un salarié de 32 ans, se borne à souligner qu'"il n'y a pas de conflit, il n'y a pas de sang".

Pour Mohammad Oussam, un employé de banque au Caire, "la normalisation a échoué sur le plan populaire à cause des événements liés aux Palestiniens". Il cite aussi des bombardements par Israël "d'écoles et de camps de réfugiés au Liban", pendant la guerre dans ce pays (1975-1990), "des choses inoubliables".

"Les Israéliens n'ont pas adhéré aux principes de paix avec les Palestiniens ou les Arabes", affirme de son côté Mohammad, conscrit de 24 ans.

Un sentiment partagé par Islam Emam, 28 ans, rencontré dans un café de la capitale égyptienne: "On parle de paix, de normalisation alors qu'ils tuent nos frères et prennent leur terre", lance-t-il en référence aux Palestiniens.

Il tempère cependant en affirmant viser le gouvernement israélien et pas le peuple israélien dont il ne "sait rien". "Au final, aucun peuple ne choisit vraiment son gouvernement".

- Pas de poignée de main -

L'inimitié face aux Israéliens se cristallise régulièrement autour des événements sportifs.

La star du football Mohamed Salah avait été critiqué en Egypte lorsqu'il a dû disputer un match de Ligue des Champions en Israël en 2013, alors qu'il officiait au club suisse du FC Bâle. Il s'était justifié en se disant loin des considérations politiques.

Trois ans plus tard, en 2016, le judoka égyptien Islam el-Chihabi refusait de serrer la main de son rival israélien Or Sasson aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro. Un geste jugé peu sportif qui a suscité la gêne des autorités égyptiennes.

Pour Nael el-Thoukhy, écrivain et traducteur de l'hébreu, le judoka est "une victime de la société" égyptienne et des pressions sociales exercées sur ceux qui feraient preuve d'une volonté de se rapprocher d'Israël.

Dans les talk-shows télévisés, qui se délectent des polémiques sur les réseaux sociaux, la question d'Israël figure dans la liste des sujets privilégiés pour susciter les controverses, au même titre que les droits des homosexuels --dans un pays très conservateur-- et la remise en cause de certains préceptes religieux, également taboue.

Plus de 65% de la population égyptienne actuelle est née après la période de guerre entre Israël et l'Egypte et les accords de Camp David, selon les chiffres officiels, mais le rejet d'Israël est une constante.

La sphère politique n'est pas épargnée, même si les deux pays entretiennent des relations au plus haut niveau.

En mars 2016, le député égyptien Tewfik Okacha a payé le prix fort pour avoir invité l'ambassadeur d'Israël à dîner chez lui. Accusé d'avoir discuté "de questions en lien avec la sécurité nationale égyptienne", il a été exclu du Parlement après un vote des deux-tiers des députés.

Même au niveau touristique, la paix n'a guère incité les Egyptiens à s'intéresser à leur voisin. En 2017, sur 3,8 millions de touristes ayant visité Israël, seulement 7.200 étaient égyptiens.

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