5 390.46 PTS
+0.20 %
5 383.50
+0.18 %
SBF 120 PTS
4 288.02
+0.14 %
DAX PTS
13 059.84
+0.39 %
Dowjones PTS
23 557.99
+0.14 %
6 409.29
+0.36 %
Nikkei PTS
22 550.85
+0.12 %
Suivez-nous sur Facebook
Suivez-nous sur Google +
Suivez-nous sur Twitter
Suivez-nous sur Youtube

En Chine, une ethnie tibétaine délaisse sa liberté sexuelle

| AFP | 168 | 3 par 1 internautes
Une femme de l'éthnie tibétaine des Zhaba sur le toit de sa maison dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan, le 28 mai 2017
Une femme de l'éthnie tibétaine des Zhaba sur le toit de sa maison dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan, le 28 mai 2017 ( Johannes EISELE / AFP )

Plus jeune, Trinley Norbu escaladait au clair de lune la maison des filles qu'il convoitait, avant de pénétrer dans leur chambre. Mais aujourd'hui les aventures d'un soir, jadis la norme chez son ethnie tibétaine du sud-ouest de la Chine, n'ont plus beaucoup la cote.

Pour ce chauffeur routier de 37 ans, l'aptitude à la varappe a longtemps constitué un moyen de séduction bien plus efficace qu'une invitation à dîner ou au cinéma, dans sa communauté dominée par les femmes et basée dans la province du Sichuan.

Forts de 14.000 membres, les Zhaba rejettent le mariage, au profit d'une vie sexuelle sans engagement de fidélité. La tradition ici, ce sont les "mariages ambulants": un terme qui désigne ces virées coquines, en référence aux longues marches entreprises par ces messieurs pour rejoindre leur compagne d'un soir.

Mais cette pratique disparaît progressivement de cette région isolée des contreforts du plateau tibétain. Car aujourd'hui, les femmes exigent un engagement un peu plus fort de la part de leurs partenaires sexuels, explique Trinley Norbu.

L'arrivée d'internet, des smartphones et des séries télévisées sentimentales sud-coréennes, couplée au développement des moyens de transport et des opportunités d'études, ont inexorablement exposé les Zhaba à d'autres modes de vie.

"Les femmes commencent désormais à vouloir les mêmes choses qu'ailleurs: des mariages fixes et des biens matériels comme une maison ou une voiture", explique-t-il.

Et un défi encore plus grand se profile à l'horizon: la construction dans les environs d'un des plus grands barrages du monde entraînera prochainement l'engloutissement de la vallée. Les villageois devront se loger ailleurs et seront donc dispersés.

Trinley Norbu, un membre de l'éthnie tibétaine matriarcale des Zhaba, montre comment il grimpe aux murs de la maison de la femme qu'il convoite, le 27 mai 2017 dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan
Trinley Norbu, un membre de l'éthnie tibétaine matriarcale des Zhaba, montre comment il grimpe aux murs de la maison de la femme qu'il convoite, le 27 mai 2017 dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan ( Johannes EISELE / AFP )

"C'est désolant. Ils ont mis notre région sens dessus dessous et on n'a pas notre mot à dire là-dedans", peste Trinley Norbu, qui travaille pourtant sur le chantier de l'ouvrage.

- Une jalousie nouvelle -

Son ami Khando Tsering fixe les gigantesques piliers de béton inachevés d'une autoroute qui bientôt réduira de moitié le temps de transport vers la ville la plus proche et apportera le tourisme à cette enclave autrefois préservée du monde moderne.

"L'économie va se développer et le comportement des gens va être perverti. Tout sera question d'argent et nos traditions locales vont disparaître", prédit-il.

Le "mariage ambulant" a commencé à décliner dans les années 80 avec la politique de limitation des naissances. Celle-ci a institué des amendes pour les mères dont les enfants n'avaient pas de père déclaré, les obligeant de facto à obtenir des certificats de mariage officiels.

La percée des mariages classiques depuis 30 ans a développé chez les Zhaba la notion de jalousie, un sentiment jusque-là rarement exprimé ouvertement, souligne dans une étude l'anthropologue Feng Min, de l'Université normale du Qinghai (nord-ouest).

Selon cette étude portant sur 232 foyers, seuls 49% d'entre eux perpétuaient encore en 2004 la tradition des unions libres.

Une femme et sa famille prennent leur petit-déjeuner, constitué notamment de thé et de beurre de yak, le 28 mai 2017, à Zhaba, dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan
Une femme et sa famille prennent leur petit-déjeuner, constitué notamment de thé et de beurre de yak, le 28 mai 2017, à Zhaba, dans la vallée du fleuve Yalong, dans la province chinoise du Sichuan ( Johannes EISELE / AFP )

Les enfants nés dans ces familles traditionnelles Zhaba restent auprès de leur mère. Quant aux pères, ils peuvent certes offrir un soutien financier, mais vivent en général avec leurs propres mères.

"Je n'ai pas de mari. Le père de mes enfants habite ailleurs", explique la matriarche Dolma Lhamo, 60 ans, en allant entretenir ses champs de pommes de terre avec deux de ses filles.

Pema Bazhu, une commerçante, raconte qu'elle habitait auparavant avec sa mère, sa grand-mère, ses soeurs et ses oncles. Mais elle est partie vivre avec son mari et leur fils de 2 ans. "C'est plus pratique et c'est mieux pour élever les enfants."

- 'Plus aussi drôle qu'avant' -

Quand Tsultrim Paldzone, 30 ans, était plus jeune, lui et ses amis participaient à un rituel de séduction. Lors des fêtes ou des jours de marché, ils dérobaient aux filles qu'ils voulaient séduire un jeton qu'elles gardaient sur elle. Un attribut qu'ils devaient ensuite leur rendre lors d'une visite nocturne...

"Quand elle était d'accord, elle courait un peu plus lentement. Et si elle était vraiment contre, alors elle ne vous laissait pas prendre le jeton, peu importe l'abnégation dont vous faisiez preuve !", explique en riant ce peintre de fresques.

Dolma Lhamo (c), 60 ans, et ses filles de l'éthnie tibétaine des Zhaba, dans la vallée du fleuve Yalong dans la province chinoise du Sichuan, le 28 mai 2017
Dolma Lhamo (c), 60 ans, et ses filles de l'éthnie tibétaine des Zhaba, dans la vallée du fleuve Yalong dans la province chinoise du Sichuan, le 28 mai 2017 ( Johannes EISELE / AFP )

A l'époque, les voitures étaient rares. Et il se rappelle d'avoir un jour marché 10 kilomètres, du coucher du soleil jusqu'à minuit, pour atteindre la maison de son amoureuse d'un soir.

Aujourd'hui, personne dans la petite communauté n'habite à plus d'une demi-heure de trajet en moto l'un de l'autre. Les rendez-vous galants sont calés à l'avance via la populaire messagerie pour smartphone WeChat et la fausse pudeur du jeu du jeton a pratiquement disparu.

"Il n'y a plus de défi. Ce n'est clairement plus aussi drôle qu'avant", regrette Tsultrim Paldzone.

La bureaucratie administrative, elle aussi, rend plus difficile la perpétuation des mariages ambulants. Car les enfants nés hors mariage en Chine ont un accès beaucoup plus difficile aux soins médicaux ou à la scolarisation.

Aujourd'hui, ceux qui veulent perpétuer les mariages ambulants sont contraints de trouver des proches ou des personnes extérieures - célibataires - pour obtenir des certificats de mariage de complaisance, explique Tsultrim Paldzone. "Le gouvernement ne nous laisse pas faire les choses comme nous l'entendons."

 ■

Copyright © 2017 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
1 avis
Note moyenne : 3
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote

OFFRE BOURSE DU MOMENT

Jusqu'à
1000 € OFFERTS

sur vos frais de courtage !*

Valable pour toute 1ère ouverture de compte avant le 30 novembre 2017

CODE OFFRE : RENTREE17

Je profite de l'offre

* Voir conditions
N'oubliez pas pour profiter de l'offre, indiquez le code promo : RENTREE17 lors de votre ouverture de compte.

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 24/11/2017

      CASINO, GUICHARD-PERRACHON Société anonyme au capital de 169 825 403,88 EUR Siège social : 1, Cours Antoine Guichard 42000 SAINT-ETIENNE 554 501 171 R.C.S.…

Publié le 24/11/2017

Le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B, C a progressé de 100 en octobre par rapport à septembre en France, à 5 616 000 personnes, a annoncé le Ministère du travail. Il a…

Publié le 24/11/2017

  ACANTHE DEVELOPPEMENT Société Européenne au capital de 19 991 141 euros Siège social : 2 rue de Bassano - 75116 PARIS RCS PARIS 735 620 205 - SIRET 735 620 205 00121…

Publié le 24/11/2017

Fouad Chéhady est nommé responsable de la Transformation et de l’Excellence opérationnelle, membre du comité exécutif de Natixis. Il est rattaché à Laurent Mignon, Directeur général de…

Publié le 24/11/2017

Saint-Gobain a acquis 90% des actions d'Isoroc Pologne ainsi que la marque Isoroc en Europe. Saint-Gobain détient déjà la société Isoroc Russie et la marque correspondante depuis 2016. Isoroc…

CONTENUS SPONSORISÉS