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En Afrique du Sud, la violence politique embrase à nouveau le KwaZulu-Natal

| AFP | 224 | Aucun vote sur cette news
Le quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud
Le quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud ( RAJESH JANTILAL / AFP )

Dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal (est), la politique est un jeu dangereux. Depuis l'an dernier, plus de 40 militants y ont été abattus, victimes d'une guerre sans merci pour le contrôle de la branche locale du Congrès national africain (ANC) au pouvoir.

En bordure de la ville côtière de Durban, voici le tristement célèbre quartier de Glebelands.

Derrière les murs de briques de ce complexe de 71 foyers à l'origine destiné aux travailleurs migrants s'entassent dans le plus complet dénuement jusqu'à 20.000 personnes. Parmi eux se recrutent la plupart des acteurs des règlements de comptes politico-criminels qui embrasent la région.

Un résident de Glebelands parle de la situation dans le quartier, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud
Un résident de Glebelands parle de la situation dans le quartier, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud ( RAJESH JANTILAL / AFP )

"C'est ici que les hommes politiques viennent chercher leurs tueurs à gage", confie un résident de Glebelands qui refuse de décliner son identité par peur de représailles.

Dans un abri criblé d'impacts de balles, ce père de famille de 48 ans est le témoin quotidien et impuissant de ces sanglants jeux de pouvoir. "C'est comme si le gouvernement n'existait plus", lâche-t-il, "il nous a totalement abandonnés".

A la tête d'une association d'aide aux résidents, Vanessa Burger tient un journal détaillé de tous les meurtres imputés aux "porte-flingues" recrutés à Glebelands.

Son bilan a recensé 93 morts depuis 2014, la plupart victimes de représailles politiques.

- 'Tueurs à gages' -

Vanessa Burger, à la tête d'une associatino d'aide aux résidents du quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud
Vanessa Burger, à la tête d'une associatino d'aide aux résidents du quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud ( RAJESH JANTILAL / AFP )

Seule une infime part de ces meurtres a été sanctionnée par des condamnations. Une quasi impunité qui nourrit l'idée qu'ils sont commandités par les factions qui se disputent le contrôle de la branche provinciale du l'ANC, sous l'oeil complice de la police.

"Ce recours à des tueurs issus des quartiers pour éliminer des rivaux (...) est forcément le fait de politiques", juge Mme Burger, "sinon, ces tueurs auraient été éliminés depuis longtemps".

Le KwaZulu-Natal est l'un des bastions politiques de l'ANC. Le contrôle de ses instances provinciales s'avère donc vital pour l'issue de la bataille qui s'est engagée pour la succession du président Jacob Zuma à la tête du parti.

Dans la dernière ligne droite qui sépare le parti de sa conférence élective de décembre, les meurtres se sont accélérés. Plus une semaine ne passe sans qu'un ou plusieurs délégués de l'ANC ne tombent sous les balles d'un tueur.

Une résidente du quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud
Une résidente du quartier de Glebelands, le 23 septembre 2017 à Durban, en Afrique du Sud ( RAJESH JANTILAL / AFP )

Lorsque le secrétaire général de la branche provinciale de la Ligue des jeunes de l'ANC, Sindiso Magaqa, a été abattu de quinze balles dans une embuscade en juillet, sa famille a rapidement pointer du doigt les responsables.

"Tout est lié à (la conférence de) décembre", a déclaré un oncle de la victime. "Nous aimons l'ANC mais lorsqu'il se livre à ça, nous avons très peur..."

- Lutte de pouvoir -

La culture de la violence ne se cache plus.

Le mois dernier, une vidéo de deux gardes du corps d'un responsable régional de l'ANC a fait frissonner les réseaux sociaux. "Ce chien va mourir aujourd'hui", y lâchait l'un d'eux à l'encontre d'un rival, fusil d'assaut et pistolet automatique brandis en évidence.

Ce climat de guerre n'est pas une nouveauté au KwaZulu-Natal.

Au début des années 1990, au crépuscule de l'apartheid, la province fut déjà le théâtre sanglant des règlements de comptes entre l'ANC et le parti rival zoulou Inkatha.

Vingt-trois ans après la fin officielle du régime raciste blanc, c'est au tour des factions de l'ANC de s'y entretuer.

Comme au niveau national, la branche province de l'ANC est écartelée entre les deux principaux candidats à la succession de Jacob Zuma: son vice-président Cyril Ramaphosa et son ex-épouse Nkosazana Dlamini-Zuma.

En cas de victoire de l'ANC aux élections générales de 2019, l'heureux élu deviendrait chef de l'Etat.

La compétition est d'autant plus vive dans le KwaZulu-Natal que M. Zuma et son ancienne femme en sont originaires et y disposent toujours de nombreux soutiens.

- 'Escalade' -

En tournée dans la province, Mme Dlamini-Zuma a exigé l'arrêt des violences. "On ne peut pas laisser cette culture se perpétuer", a-t-elle jugé, "tuer est un crime".

Les autorités ont mis en place il y a un an une commission d'enquête confiée à un célèbre avocat, Marumo Moerane, pour élucider les ressorts des violences et, si possible, les enrayer.

Les témoins s'y succèdent mais jusque-là sans effet.

"Dans cette partie du pays, les menaces de mort sont un mécanisme normal de contrôle du pouvoir", déplore le professeur Richard Pithouse, de l'université du Witwatersrand à Johannesburg. "Tous ceux qui sont arrivés au sommet ont baigné dans cette culture de violence politique."

Devant la presse, tous les responsables de l'ANC plaident pour un retour au calme. "Nous devons régler tout ça rapidement avant une nouvelle escalade", insiste son chef provincial, Sihle Zikalala.

Mais les plus pessimistes doutent de l'efficacité de ces appels à la raison. Et anticipent déjà un embrasement généralisé de la province avant les élections générales de 2019.

"Il ne fait aucun doute que la violence va continuer", prédit le militant associatif Sbu Zikode, "2019 s'annonce comme un moment très inquiétant pour ce pays".

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