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Suspense sur la direction de l'Unesco avec un duel France-Qatar

| AFP | 200 | Aucun vote sur cette news
L'ex-ministre française de la Culture AUdrey Azouley à Paris le 13 octobre 2017
L'ex-ministre française de la Culture AUdrey Azouley à Paris le 13 octobre 2017 ( Thomas SAMSON / AFP )

Suspense et rebondissements auront marqué jusqu'au bout l'élection très politique du prochain directeur général de l'Unesco, qui se jouera vendredi soir entre la candidate française et le représentant du Qatar, au lendemain du retrait annoncé des Etats-Unis et d'Israël.

Lors d'un vote intermédiaire en début d'après-midi, les 58 membres du Conseil exécutif de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, ont préféré la Française Audrey Azoulay à l'Egyptienne Moushira Khattab, par 31 voix contre 25 (deux votes blancs), pour affronter le Qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari à l'ultime tour de scrutin.

Dans la foulée, l'Egypte a officiellement apporté son soutien à la candidate française.

L'ex-ministre de la Culture du Qatar Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari à Paris le 13 octobre 2017
L'ex-ministre de la Culture du Qatar Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari à Paris le 13 octobre 2017 ( Thomas SAMSON / AFP )

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukry, présent à Paris, "incite tous ses amis à voter pour la France", a déclaré à l'AFP un membre de la campagne de la candidate égyptienne.

Mmes Azoulay et Khattab étaient arrivées ex-aequo jeudi soir, avec 18 suffrages chacune, derrière le candidat du Qatar (22 voix) qui a fait la course en tête depuis le début de processus de sélection lundi, malgré les fortes rivalités avec plusieurs pays arabes qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha.

En juin, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar en l'accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l'Iran.

Ces quatre pays arabes ont imposé un embargo au Qatar qui a pour sa part rejeté toutes les accusations portées contre lui, y voyant une ingérence dans sa politique étrangère.

Ce scénario inédit avait contraint l'Unesco, dont le siège est à Paris, à organiser une sorte de vote intermédiaire pour départager les deux candidates face au qatari, ancien ministre de la culture, conseiller au palais royal depuis 2016, sur qui par ailleurs de vieux soupçons d'antisémitisme ont récemment resurgi, relayés par le Centre Simon Wiesenthal Europe et l'Anti-Defamation Ligue (ADL) aux Etats-Unis.

Les sites classés à l'Unesco
Les sites classés à l'Unesco ( Simon MALFATTO / AFP )

En coulisses, la bataille fait rage pour savoir qui prendra le leadership d'une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les Etats-Unis et Israël ont porté "un coup dur" avec l'annonce jeudi de leur départ, selon la directrice générale sortante de l'organisation, la Bulgare Irina Bokova.

Sans attendre le résultat de l'élection, Washington et Tel Aviv ont voulu ainsi exprimer leur exaspération face à une organisation qu'ils accusent d'être anti-israélienne.

Mais Washington n'a pas non plus caché que sa décision était liée à "ses inquiétudes concernant l'accumulation des arriérés à l'Unesco" au budget de laquelle les Etats-Unis ont suspendu leur contribution financière régulière il y a six ans.

- 'Politisation' -

C'est l'admission en 2011 de la Palestine au sein de l'Unesco qui avait entraîné cette interruption des paiements de la part d'Israël et des Etats-Unis, des montants qui représentent près du quart du budget de l'agence.

Le directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, le 22 septembre 2009 à Paris
Le directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, le 22 septembre 2009 à Paris ( FRANCOIS GUILLOT / AFP/Archives )

Dès avant l'annonce de jeudi, François Chaubet, un professeur français d'histoire contemporaine, estimait d'ailleurs qu'"un des enjeux" de l'élection serait de "ramener les Etats-Unis dans les contributeurs". Partis une première fois en 1984, ils étaient revenus en 2002.

"Pour honorer ses slogans nationalistes, Trump a choisi de faire le sacrifice de l'Unesco, c'était la décision qui coûtait le moins cher...", a commenté l'historien français Bertrand Badie.

"Si Donald Trump était partisan des institutions multilatérales, cela se saurait", a pour sa part relevé François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation de la recherche stratégique.

La décision américaine a néanmoins été une "triste nouvelle" ou un motif de "regret", voire de "déception", à Paris, à Moscou, dans les instances dirigeantes de l'ONU et de l'Unesco, mais aussi dans les milieux culturels et universitaires américains.

Pour Mme Bokova, "c'est l'universalité de l'organisation qui est en jeu". Et le multilatéralisme dans l'ADN de l'organisation, ajoute-t-on de sources diplomatiques.

Vendredi, Berlin a appelé de ses voeux à "une Unesco forte". Mais le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a également rappelé que le gouvernement allemand "critiquait aussi depuis quelque temps la politisation (du) travail très important" effectué par l'Unesco "par certains membres".

"Nous mettons tous nos espoirs dans le ou la futur(e) secrétaire général(e) et attendons que cette nouvelle personne à la tête mène les réformes de l’organisation", a-t-il ajouté.

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