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Droits TV: Al-Khelaïfi, l'inattendu négociateur en chef du foot français

| AFP | 250 | Aucun vote sur cette news
Le président du PSG et de beIN, Nasser Al-Khelaïfi, avant un match de Ligue 1 à Rennes, le 18 août 2019
Le président du PSG et de beIN, Nasser Al-Khelaïfi, avant un match de Ligue 1 à Rennes, le 18 août 2019 ( JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP/Archives )

De dirigeant discret à chef de file: le patron du PSG et de beIN Nasser Al-Khelaïfi, mandaté par la Ligue pour négocier avec Canal+ sur les droits TV impayés, est en première ligne pour défendre l'économie des clubs français... malgré les accusations de conflits d'intérêts.

Du comité exécutif de l'UEFA, où il siège en tant que représentant de la puissante association des clubs européens (ECA), à l'Organisation mondiale de la santé, qu'il a assuré de son soutien pour lutter contre le Covid-19, Al-Khelaïfi "est mobilisé sur tous les fronts", glisse un membre de son entourage.

Principal objectif pour le dirigeant qatarien (46 ans) aux multiples casquettes: sauver les intérêts économiques du foot français et les recettes issues des droits TV, Canal+ ayant bloqué ses versements depuis la suspension du championnat pour cause de pandémie de coronavirus.

Associé à Olivier Sadran (Toulouse), Jacques-Henri Eyraud (Marseille) et Jean-Pierre Rivère (Nice), "NAK" a été mandaté par le Bureau de la Ligue (LFP) pour convaincre la chaîne cryptée de verser la somme de 110 millions d'euros, dont une partie (43 M EUR) serait due, selon plusieurs dirigeants, car elle correspond à des matches "déjà livrés". Un argument que Canal+ réfute.

"Je ne suis pas sûr qu'à la place de Nasser, dans la même situation, beaucoup auraient accepté la mission", a confié Bernard Caïazzo, le président du syndicat des clubs de L1, dimanche lors d'un point presse téléphonique. "Si nous avions un seul doute sur son engagement, nous ne l'aurions pas (désigné)", a-t-il ajouté.

Conflits d'intérêts ?

"Nasser ne s'est pas proposé, on lui a demandé. Il faut être clair", confirme Gérard Lopez, président de Lille.

Missionner Al-Khelaïfi, également patron de beIN Media Group (maison mère de beIN Sports, l'autre diffuseur du Championnat de France), a toutefois soulevé des questions sur d'éventuels conflits d'intérêt. Notamment s'il devait également négocier... avec beIN, qui a aussi interrompu ses paiements.

Si la présidente de la LFP Nathalie Boy de la Tour, un temps réticente pour des raisons juridiques, s'est rangée à la décision de son Bureau, l'accusation est venue de Jaume Roures, patron de Mediapro, diffuseur principal de la L1 à partir de la saison prochaine.

Le président de Mediapro, l'Espagnol Jaume Roures, en conférence de presse à Paris, le 12 décembre 2019
Le président de Mediapro, l'Espagnol Jaume Roures, en conférence de presse à Paris, le 12 décembre 2019 ( FRANCK FIFE / AFP/Archives )

"Je n'arrive pas à comprendre comment Nasser dirige une négociation où il est partie prenante (...) C'est incompréhensible", fustige-t-il jeudi dans un entretien au quotidien L'Equipe.

Pour étayer ses propos, le dirigeant catalan pointe l'"alliance stratégique" entre ses deux concurrents, beIN ayant signé un accord de distribution exclusive avec Canal+ tout en lui cédant pour 330 M EUR une partie des droits de diffusion de la L1 jusqu'en 2024.

Inquiet de voir son futur "produit" s'affaiblir, le patron de Mediapro s'est même dit prêt "à prendre la place de Canal+ et beIN" pour diffuser la fin de saison 2019-2020 "si les choses ne s'arrangent pas".

Une proposition que "nous devrions étudier", a répondu Al-Khelaïfi, non sans ironie, dans L'Equipe.

"La seule chose qui compte, c'est de sauver tout le monde et pour cela on envoie nos meilleurs (éléments)", a prévenu dimanche Nicolas Holveck, le nouveau président de Rennes.

Plus de 200 M EUR en jeu pour Paris

"On pourrait penser qu'il est celui d'entre nous qui peut être le plus rassuré, qu'il reste dans son coin et s'occupe de personne, et c'est tout le contraire. Il est d'un investissement incroyable", a encore appuyé le dirigeant rennais.

Dans un contexte où l'influent Jean-Michel Aulas (Lyon) semble prendre du recul, pourquoi le puissant patron parisien mouille-t-il autant la chemise ?

Le patron du Paris-SG, Nasser Al-Khelaïfi, en conférence de presse à Paris, le 12 juillet 2017
Le patron du Paris-SG, Nasser Al-Khelaïfi, en conférence de presse à Paris, le 12 juillet 2017 ( Thomas Samson / AFP/Archives )

Malgré l'appui de son richissime propriétaire qatarien, les risques pour les finances du PSG sont énormes: si le championnat venait à ne pas reprendre, le manque à gagner parisien est estimé à 215 millions d'euros.

Pour un club qui a multiplié par six ses revenus depuis 2011 (637,8 M EUR lors de l'exercice 2018-2019), grâce notamment à la signature de contrats de sponsoring XXL, cela représente 30% du chiffre d'affaires annuel !

"C'est une période très importante. On ne joue pas l'avenir du club, mais notre marge de manœuvre future", explique une source interne.

Car en dépit de l'assouplissement temporaire des règles du fair-play financier, le PSG reste contraint dans ses dépenses depuis ses investissements mirifiques (400 M EUR) de l'été 2017 et une imposante masse salariale estimée à 337 M EUR.

Sans compter la perspective d'un marché des transferts atone qui risque de le priver de nouvelles liquidités. D'où le nécessaire dégel des droits TV, seule ressource potentielle à même de limiter la casse...

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