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Craignant un assaut du régime, des centaines de Syriens fuient Idleb

| AFP | 279 | Aucun vote sur cette news
Des Syriens habitant le sud de la province d'Idleb, ultime bastion rebelle dans le pays en guerre, fuient les bombardements du régime de Bachar al-Assad, le 6 septembre 2018
Des Syriens habitant le sud de la province d'Idleb, ultime bastion rebelle dans le pays en guerre, fuient les bombardements du régime de Bachar al-Assad, le 6 septembre 2018 ( Aaref WATAD / AFP )

Craignant un assaut imminent du régime, des centaines de civils ont commencé à fuir dans la province d'Idleb, à la veille de négociations tripartites cruciales en Iran, censées sceller le sort de cet ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans la Syrie en guerre.

Transportant matelas, bidons d'eaux et affaires chargées à la vite dans des voitures ou de petits camionnettes, certaines de ces familles déplacées sont arrivées jeudi dans le nord d'Idleb, proche de la frontière turque, a constaté un collaborateur de l'AFP.

Jeudi, les forces du président syrien Bachar al-Assad et l'aviation russe ont de nouveau bombardé le sud-est de la province, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Un civil a été tué et six ont été blessés jeudi par les tirs d'artillerie du régime tandis qu'un centre des Casques blancs, ces secouristes en zones rebelles, a été mis hors-service par les tirs de roquettes et une frappes aérienne russe, selon l'OSDH et le directeur du centre joint par l'AFP.

Déterminé à reprendre l'ensemble du pays, le pouvoir syrien a massé de nombreux renforts aux abords de la province d'Idleb. Dominée par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), cette province compte aussi de nombreux rebelles et déplacés et l'ONU craint une catastrophe humanitaire en cas d'assaut.

"Nous sommes partis à cause des frappes. Les bombardements étaient fous, aléatoires", confie Abou Nasser, qui a fui la localité d'Al-Tah, dans le sud d'Idleb. "On ne sait même pas où on peut aller, lâche-t-il.

Une fillette syrienne déplacée montre sa main blessée lors d'un bombardement des forces favorables au régime syrien sur la province d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie. Photo du 6 septembre 2018
Une fillette syrienne déplacée montre sa main blessée lors d'un bombardement des forces favorables au régime syrien sur la province d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie. Photo du 6 septembre 2018 ( Aaref WATAD / AFP )

Au milieu d'un paysage désertique au sol rocailleux, des hommes s'activent autour d'une structure en métal pour ériger de nouvelles tentes, près des camps de Kafr Loucine qui abritent déjà de nombreux déplacés de la guerre en Syrie.

Assis sous une tente avec leur famille, des enfants exhibent des bandages, sur le flanc et à la main, après avoir été blessés dans des bombardements.

- "Le monde regarde" -

Les Nations unies ont prévenu qu'une offensive à Idleb, une province abritant trois millions d'habitants, pourrait faire jusqu'à 800.000 déplacés.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a mis en garde contre une "déflagration humanitaire" en cas d'assaut du régime Assad, qualifiant Idleb de "bombe à retardement".

Outre ceux qui fuient vers le nord d'Idleb, des habitants rejoignent aussi des secteurs rebelles dans la province voisine d'Alep, selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, évoquant "près de 180 familles, soit environ un millier de personnes".

Des Syriens déplacés dans la province d'Idleb, le 5 septembre 2018
Des Syriens déplacés dans la province d'Idleb, le 5 septembre 2018 ( Amer ALHAMWE / AFP )

L'ONG Save The Children a mis en garde contre des conséquences "dévastatrices d'une offensive", et déploré que "les enfants (...) soient confrontés à de nouvelles frappes aériennes".

La Russie, grande alliée du régime syrien, a elle affiché sa détermination à éradiquer jihadistes et rebelles, qu'elle qualifie tous pêle-mêle de "terroristes".

"Nous avons tué, nous tuons et nous tuerons les terroristes (...) Et peu importe qu'ils se trouvent à Alep, à Idleb ou en d'autres points de la Syrie", a martelé jeudi la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, citée par les agences de presse russes.

L'aviation est un atout crucial du régime et de son allié russe dans leurs assauts pour reprendre les bastions rebelles et jihadistes au prix d'importantes pertes humaines et de destructions colossales.

"Le monde regarde et les Etats-Unis regardent", a prévenu mercredi le président américain Donald Trump.

- Sommet crucial -

Washington a convoqué vendredi une réunion du Conseil de sécurité, le jour même où se tiendra à Téhéran un sommet entre les présidents d'Iran et de Russie, alliés du régime syrien, et de Turquie, parrain des rebelles.

Les présidents iranien Hassan Rohani, turc Recept Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine lors d'un sommet à Ankara le 4 avril 2018
Les présidents iranien Hassan Rohani, turc Recept Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine lors d'un sommet à Ankara le 4 avril 2018 ( ADEM ALTAN / AFP/Archives )

C'est à Idleb qu'ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils, évacués d'autres fiefs insurgés repris par le régime.

Une offensive prendrait pour cible principalement des secteurs périphériques d'Idleb, et certaines zones insurgées des provinces voisines, selon des experts. Le régime a surtout dans le viseur les jihadistes de HTS, un groupe formé par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

En attendant les résultats du sommet de Téhéran, l'envoyé spécial de l'ONU, Staffan de Mistura, a appelé à éviter "un bain de sang", alors que selon lui l'assaut pourrait être donné "autour du 10 septembre".

Une victoire à Idleb serait hautement symbolique pour le pouvoir, qui avec l'appui militaire crucial de Moscou, a réussi à reprendre près des deux-tiers du pays.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante par le régime de manifestations populaires en faveur de réformes démocratiques. Elle a fait plus de 350.000 morts et des millions de réfugiés.

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