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Crise des Rohingyas: Suu Kyi dénonce la "désinformation"

| AFP | 142 | Aucun vote sur cette news
La dirigeante birmane et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, le 30 août 2016 à Naypyidaw
La dirigeante birmane et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, le 30 août 2016 à Naypyidaw ( ROMEO GACAD / AFP/Archives )

Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le gouvernement birman, a dénoncé mercredi l'"iceberg de désinformation" donnant selon elle une vision trompeuse de la crise des musulmans rohingyas, qui alarme la communauté internationale.

C'est le premier commentaire officiel, depuis le début des troubles fin août de la prix Nobel de la paix, très critiquée à l'étranger pour son silence sur le sort de cette minorité musulmane, qui fuit par dizaines de milliers au Bangladesh.

Des enfants rohingyas réfugiés venant de l'État Rakhine en Birmanie sont installés sous une tente dans un camp de réfugiés près de Teknaf au Bangladesh, le 5 septembre 2017
Des enfants rohingyas réfugiés venant de l'État Rakhine en Birmanie sont installés sous une tente dans un camp de réfugiés près de Teknaf au Bangladesh, le 5 septembre 2017 ( K M ASAD / AFP )

La compassion internationale à l'égard des musulmans rohingyas est le résultat d'un "énorme iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes", a-t-elle déclaré lors d'un échange téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Ce dernier a à plusieurs reprises condamné la réponse du gouvernement birman à cette crise, parlant de "génocide" dans cette région du nord-ouest de la Birmanie, l’État Rakhine.

Distribution d'aide à des réfugiés rohingyas ayant fui l'État Rakhine en Birmanie, dans un camp de réfugiés près de Teknaf au Bangladesh, le 5 septembre 2017
Distribution d'aide à des réfugiés rohingyas ayant fui l'État Rakhine en Birmanie, dans un camp de réfugiés près de Teknaf au Bangladesh, le 5 septembre 2017 ( K M Asad / AFP )

Une accusation rejetée par Aung San Suu Kyi, qui a toujours défendu l'action de l'armée, et affirmé que son pays fait "en sorte que tous les habitants voient leurs droits protégés".

D'après les organisations humanitaires, outre les 146.000 réfugiés, principalement Rohingyas, arrivés au Bangladesh depuis le 25 août, des milliers de personnes seraient en route et certaines toujours bloquées à la frontière.

"J'ai marché pendant sept jours avec ma famille portant ma mère de 90 ans sur mon dos", raconte Ali Ahammad, un Rohingya de 38 ans, maigre et épuisé.

Depuis Ukhia à la frontière avec le Bangladesh, on aperçoit de la fumée s'élèvant probablement d'un village en feu dans l'État Rakhine en Birmanie, le 4 septembre 2017
Depuis Ukhia à la frontière avec le Bangladesh, on aperçoit de la fumée s'élèvant probablement d'un village en feu dans l'État Rakhine en Birmanie, le 4 septembre 2017 ( K.M. ASAD / AFP )

Nombre de Rohingyas tentent leur chance sur des rafiots de pêche à travers la rivière Naf, qui marque une frontière naturelle entre la Birmanie et la pointe sud-est du Bangladesh. Une solution risquée, les flots de ce cours d'eau pouvant être particulièrement capricieux en cette période de mousson en Asie du Sud.

Mercredi, les corps de cinq enfants noyés dans le naufrage de leur bateau se sont échoués côté Bangladesh.

"J'ai dû vendre les bijoux en or de mon mariage pour payer le bateau pour arriver au Bangladesh. Nous sommes saufs mais nous ne sommes aujourd'hui plus que des réfugiés sans le sou" renchérit Gul Bahar, mère rohingya de six enfants.

Des musulmans rohingyas réfugiés en provenance de l'État Rakhine en Birmanie se reposent près d'Ukhia à la frontière avec le Bangladesh, le 4 septembre 2017
Des musulmans rohingyas réfugiés en provenance de l'État Rakhine en Birmanie se reposent près d'Ukhia à la frontière avec le Bangladesh, le 4 septembre 2017 ( K.M. ASAD / AFP )

Les violences ont commencé par l'attaque le 25 août de dizaines de postes de police par les rebelles de l'Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), qui dit vouloir défendre la minorité rohingya.

Depuis, l'armée birmane a déclenché une vaste opération dans cette région pauvre et reculée, l’État Rakhine, qui a fait 400 morts.

Jusqu'à présent, les Rohingyas n'avaient presque jamais recouru à la lutte armée. La donne a changé en octobre 2016 avec les premières attaques de l'ARSA.

- Manifestation à Jakarta -

Depuis des décennies, la minorité musulmane des Rohingyas, qui compte environ un million de personnes en Birmanie, est victime de discriminations en Birmanie.

Manifestation pour exiger la fin des violences contre la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie, le 6 septembre 2017 à Jakarta
Manifestation pour exiger la fin des violences contre la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie, le 6 septembre 2017 à Jakarta ( GOH Chai Hin / AFP )

Considérés comme des étrangers au sein de la Birmanie, pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides, même si certains vivent dans ce pays depuis des générations.

Ils n'ont pas accès au marché du travail, aux écoles, aux hôpitaux. Et la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l'hostilité à leur encontre, avec des affrontements meurtriers.

Une situation qui rendait le silence d'Aung San Suu Kyi inacceptable à l'étranger. Mercredi, des milliers de musulmans ont manifesté à Jakarta pour exiger la fin des violences.

Prenant la tête des protestations internationales, la jeune prix Nobel de la paix Malala Yousafzai avait critiqué lundi la gestion du drame par la Birmanie évoquant "le traitement honteux dont font l'objet les Rohingyas".

Certains analystes estiment que la prix Nobel de la Paix est impuissante face à la montée des bouddhistes extrémistes et face à une armée qui reste très forte y compris politiquement dans un pays qui fut pendant près de 50 ans une dictature militaire.

Après une enquête sur la précédente flambée de violence, l'ONU avait dénoncé la vaste entreprise de répression "généralisée et systématique" menée essentiellement par l'armée à l'encontre des Rohingyas. Les Nations Unis estimaient que cela avait abouti à un "nettoyage ethnique" et "très probablement" à des crimes contre l'humanité.

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