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Corps en décomposition et prisons désertes dans Raqa sans jihadistes

| AFP | 238 | Aucun vote sur cette news
Un combattant des Forces démocratiques syriennes marche dans Raqa le 18 octobre 2017
Un combattant des Forces démocratiques syriennes marche dans Raqa le 18 octobre 2017 ( BULENT KILIC / AFP )

Il y a quelques jours à Raqa, des jihadistes retranchés dans l'hôpital national se battaient jusqu'au dernier souffle. Mercredi, un silence de mort régnait autour du bâtiment où des mouches s'agglutinaient au-dessus de deux corps en décomposition.

Le complexe hospitalier et le stade de football, tout juste repris par les Forces démocratiques syriennes (FDS) --une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue part Washington-- étaient les deux dernières poches du groupe Etat islamique (EI) dans Raqa.

Les jihadistes avaient fait de cette ville du nord de la Syrie leur principal bastion dans le pays en guerre, la transformant pendant trois ans en un laboratoire de l'horreur de leur califat autoproclamé.

Mercredi, près des corps en décomposition, des Corans, des médicaments et un petit carnet noir rempli de dates et de numéros étaient dispersés sur le sol. "Numéro Whatsapp de ma femme, Oum Islam la Marocaine" peut-on lire à côté d'un numéro de téléphone syrien.

Un des cadavres porte encore une ceinture d'explosifs.

D'après les FDS, 22 jihadistes étrangers ont été tués au cours de l'assaut final sur l'hôpital, où des opérations de ratissage et déminage doivent être lancées dans les prochains jours.

Au moins deux explosions, très certainement causées par des mines posées par les jihadistes, ont été entendues dans la ville mercredi.

- 'Ils nous ont humiliés' -

Un combattant des Forces démocratiques syriennes à Raqa le 18 octobre 2017
Un combattant des Forces démocratiques syriennes à Raqa le 18 octobre 2017 ( BULENT KILIC / AFP )

Dans le stade municipal abandonné, deux bulldozers sont déjà à l'oeuvre, formant des monticules de gravats.

Sous les gradins, les jihadistes avaient transformé l'espace en prison. Dans les petites cellules de fortune, des civils accusés de contrevenir aux lois ultraconservatrices que l'EI faisait appliquer étaient détenus pendant des jours entiers.

Ahmad al-Hassan, un combattant des FDS, a été l'un d'eux.

A l'occasion de sa première visite à Raqa mercredi, il est revenu voir la cellule où il avait été détenu en 2015 pendant sept jours, avec 35 hommes.

Son crime? Avoir tenté d'empêcher un combattant de l'EI d'arrêter sa femme pour avoir brièvement montré son visage dans la rue.

Debout, dans un corridor sombre, il peine à trouver les mots. "C'est ici qu'ils nous ont humiliés", lâche-t-il.

Sur le mur d'une autre cellule, un message écrit à la main, au feutre noir. "Que Dieu nous sauve! Que Dieu nous aide!".

Plusieurs mois de combats et de frappes aériennes menées par la coalition internationale antijihadistes conduite par les Etats-Unis ont entièrement défiguré la ville.

Les quartiers périphériques, les premiers à avoir été repris aux jihadistes, ont été très endommagés. Ceux du centre-ville, théâtre pendant des semaines de violents combats, n'offrent plus qu'un paysage de désolation et de ruines.

Des immeubles de plusieurs étages et des commerces ont été réduits en un amas indescriptible de béton déchiqueté, de tuyaux et de câbles électriques.

Aucun civil n'est visible. Seuls quelques objets émergeant des décombres rappellent que des dizaines de milliers de personnes ont un jour vécu dans cette ville: un cahier, des "larmes de cristal" d'un lustre, un coussin en forme de coeur avec des motifs de dessins animés, une armoire où pendent encore des chemises d'hommes...

Ismaïl Khalil, un combattant des FDS originaire de Raqa, marche dans une rue ravagée partant du rond-point d'Al-Naïm, tristement célèbre pour les exécutions que l'EI y menait.

"Ils disent qu'ils veulent reconstruire Raqa. Reconstruire quoi?", déplore le combattant de 35 ans, à la large carrure, hochant du chef avec tristesse.

"Même en 20 ans on ne pourra pas reconstruire. Cette ville a été totalement détruite."

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